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Enfin, les rideaux sont tombés sur le 4e congrès de l’Adéma, considéré à raison comme étant celui de tous les dangers tant les enjeux étaient énormes. Si l’unité du parti a pu être sauvée, il n’est pas certain que les effluves de cette empoignade fratricide ne régénèrent, dans un proche avenir, des inimitiés à même de mettre à mal cette cohésion retrouvée.

On l’avait annoncé en grande pompe. Avec tambours et cornemuses, les «abeilles» ont crié sur tous les toits leur volonté de démontrer aux yeux de l’opinion nationale qu’elles demeurent la première force politique du pays. Ce 4e congrès était donc l’occasion d’en donner des garanties solides. Nonobstant les nombreuses anicroches, qui ont souvent émaillé leurs différentes rencontres, Dioncounda Traoré et ses camarades avaient donné, à la veille de cette messe, l’impression d’être visités par la sérénité.

En grand seigneur, le président sortant Dioncounda Traoré a mené la baraque à bon port non sans difficultés. Il fallait pour lui, sauver d’abord sa tête face aux ogres du parti. Pour ce faire, il se lança très tôt dans une longue et pénible randonnée qui l’avait conduite dans les coins les plus reculés du pays.

Tantôt signant des actes de fusion avec certaines formations politiques, tantôt recevant des responsables politiques de son parti pour discuter de la bonne cause. Le président réélu de l’Adéma savait que sa tête était mise à prix. D’où cette offensive générale en direction de la base. Le résultat est aujourd’hui là. Malgré le peu d’aura qu’on lui concède et son manque d’emprise sur le parti, il a réussi à démêler l’écheveau.

A ses basques, il y avait autant de compétences que lui. Le plus menaçant restait le secrétaire chargé de la décentralisation du parti, Oumarou Ag Ibrahim, dont la candidature aurait reçu l’onction de plus influent que lui. Fort donc de cette bénédiction, ce dernier, selon nos sources, a appuyé sur le champignon. Discrètement, il passa en revue toutes les stratégies à même de déboulonner le président Dioncounda.

Il reçut l’aval et le soutien de certains vice-présidents du parti prêts à nager avec lui dans la gadoue, pourvu que le résultat soit probant. Mais comme par enchantement, il verra ses espoirs fondre comme beurre au soleil puisqu’il sera à nouveau dissuadé dans son entreprise.

Les tractations entre Dioncounda Traoré et certains responsables politiques du pays dont l’influence était certaine sur Oumarou Ag Ibrahim auraient permis de noyer très vite la chandelle. On aurait pensé au cas Mountaga Tall lors de la dernière élection du bureau de l’Assemblée nationale. Voilà Dioncounda ainsi sauvé.

Place maintenant aux choix des vice-présidents qui n’ont respecté que la nouvelle donne au sein du parti. Soumeylou Boubèye Maïga, revenant d’une posture peu glorieuse, écarté qu’il était, pourrait se réjouir d’une 5e vice-présidence. Pendant ce temps, Iba N’Diaye, lui, tissait sa toile afin de rester dans le sillon de Dioncounda.

Derrière lui suivra ensuite une armada de ministres, tous nouveaux promus qui « étrenneront » très bientôt leur savoir-faire dans les municipales qui pointent à l’horizon. Stratégiquement, ceux-ci pourraient constituer un groupe d’influence qui, par manque d’ambitions personnelles, pourraient trouver, même en dehors du parti, un joker présidentiable capable d’assurer leurs arrières. L’option Dioncounda, fut-il président du parti, agrée très peu. Il faudrait donc multiplier les initiatives.

C’est donc à ce niveau que tout se jouera. Qui d’autres pourraient combler donc les attentes ? Simple question mais question essentielle qui pourrait trouver réponse dans les méandres de la pensée de cette foultitude de vice-présidents, grands décideurs parmi lesquels Dioncounda Traoré n’a pas que des amis. Voilà pourquoi le plus dur reste à venir et pour l’ADEMA et pour le président réélu si tant est que ce dernier nourrit de réelles ambitions pour les présidentielles de 2012.


Amadou Sangho

28 Octobre 2008