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La situation est loin de s’arranger entre les jeunes de Missira et la mairie de la CII depuis jeudi 2 septembre, suite au morcellement de la cour de l’école du quartier par les autorités communales. Lesquelles ont vendu à l’opérateur économique Simpara une superficie de 9a 97ca pour la construction de 30 magasins pour commerçants. Puis après cet acte ignoble, le maire s’est envolé avec ce dernier pour la Mecque. Après une première démolition le 3 septembre dernier, les jeunes sont à nouveau passés à l’action pour saccager le chantier, le dimanche 5 septembre, aux environs de 21 heures.

En effet, l’espace sportif et le bloc scientifique de l’établissement sont concernés par les nouvelles constructions. Il nous est revenu de source sûre que la transformation d’une partie de l’établissement en bail résulte d’un protocole d’accord signé le 5 août entre la mairie de la commune les partenaires de l’école et la société civile.

Dans ce protocole d’accord, la mairie dit s’engager « à investir annuellement 30% du loyer du bail dans l’école de Missira, veiller au respect du cahier de charges établi à cet effet, à son exécution correcte suivant ledit cahier de charges et à informer à tout moment, les différentes parties sur l’état d’exécution des travaux ».

La signature du présent protocole d’accord engage les parties respectives à tout mettre en œuvre pour la concrétisation et la réalisation du projet de construction des magasins et de salles de classes à l’école de Missira suivant le plan annexé.

Précisons, au passage, que ce protocole d’accord a une durée de cinquante ans au terme de laquelle les deux parties s’entendront sur une possibilité de renouvellement. Ont apposé leurs signatures sur le document, outre le maire Youssouf Coulibaly, le Directeur Coordinateur, le chef de quartier de missira, le Directeur de CAP, le président du Comité de gestion et le président de l’Association des parents d’élève.

Outre l’engagement de la mairie, c’est au tour des partenaires de l’école et de la société civile, c’est-à-dire, ceux chargés de veiller sur l’établissement qui, en concluant ce deal avec la mairie s’engagent à « autoriser la mise en œuvre de ce projet et l’exécution des travaux suivant le plan fourni par le promoteur via la mairie de la C II, libérer les espaces pour la construction des magasins et des salles de classes, respecter toutes les directives émanant de la mairie de la CII et celles prises dans le cadre de la concertation ».

C’est après avoir paraphé le protocole d’accord que le maire Youssouf Coulibaly et l’opérateur économique du nom de Simpara se sont envolés pour la Mecque dans le cadre de la Omra.

Les constructions, pour rappel, ont aussitôt commencé, le mercredi 1er septembre, dans la cour de l’établissement, un des plus vieux du pays. L’école de Missira est, pour la petite histoire, l’une des plus grandes du pays et compte à son actif près de 200 salles de classe.

Les jeunes, qui sont sortis, une fois de plus, dimanche dernier ont été rejoints sur le terrain par d’autres venus de Missira 2 et d’une partie de l’Hipppodrome. Ils sont tous d’anciens étudiants de cet établissement. Qui considèrent la transformation du bloc scientifique et de l’aire de jeu en bail comme une atteinte pure et simple à leur souveraineté. Considérant en cela l’école comme un patrimoine.

Aux dernières nouvelles, de nombreux parents d’élèves venus à la rescousse, ont désapprouvé le projet visant à transformer certaines parties de l’école en bail.

Pour eux, rien ne pouvait justifier le projet. Une pétition de plus de mille signataires était disponible dans plusieurs coins et recoins du quartier. La liste est appelé à s’allonger dans les jours à venir. Mahmoud Traoré, Cheik Oumar Sanogo, Mamadou Sanogo, Sékou Sidibé, Boubacar Ballo, Adama Diallo, Oumar Mallé et Mamadou Sanogo dit Français, entre autres jeunes que nous avons rencontré le weekend dernier dans l’enceinte de l’établissement, sont passés dans notre rédaction pour réaffirmer toute leur détermination d’aller jusqu’au bout. Ils disent avoir une dette morale vis-à-vis de cet établissement dans lequel ils ont passé les plus beaux moments de leur vie.

Sur le conseil de l’avocat Fousseni Djiré, les jeunes ont engagé une procédure judiciaire auprès du tribunal de première instance de la commune II à l’encontre de la mairie. Ils demandent une annulation pure et simple de la vente des magasins et réclament des dommages et intérêts.

L’ancien Conseiller municipal de la CII Birama Kassogué, un notable de Missira, Chevalier et Commandeur de l’Ordre national du Mali, ne croyait pas si bien dire lorsqu’il dit soutenir « les enfants dans leur action. L’endroit appartient à l’espace scolaire. Il ne saurait en être autrement ».

Il est à rappeler que, l’année dernière, l’école primaire de Bozola avait connu des problèmes similaires. Elle avait été cédée à un opérateur économique par les mêmes autorités municipales pour qu’il en fasse des magasins. Il aura fallu une vive réaction de toute la population pour que ce projet soit annulé.

A suivre.

Abdoulaye DIARRA

07 Septembre 2010.