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Pour avoir chassé les familles Traoré de Kourousalé (cercle de Kati) de leurs champs et tenté d’incendier leurs habitations, sept personnes proches du chef de village de la localité, Amadou Kéïta, croupissent, depuis lundi 11 mai, à la Brigade territoriale de la gendarmerie de Bamako. Ce dernier rebondissement met au grand jour la fragilité de la paix et de la cohésion sociale dans ce village situé à une quarantaine de km de Bamako, dans le cercle de Kati.

Nous annoncions dans L’Indépendant N° 2181 du jeudi 9 avril 2009 que pour avoir privé les familles Traoré d’eau et leur avoir interdit de se rendre au grand marché du village ou de servir des biens publics de la communauté que le chef de village de Kourousalé (cercle de Kati) Amadou Kéïta, avait été interpellé, mercredi 8 avril, par la Brigade territoriale de la gendarmerie de Bamako.

Eh bien, ce différend entre les familles Traoré et les autochtones de Kourousalé, qui a pour origine un périmètre agricole de 42 hectares dont les deux parties réclament la propriété, vient de connaître un nouveau rebondissement avec l’interpellation, dans la journée du lundi 11 mai, de sept personnes proches du chef de village.

En effet, selon de nombreux témoignages, dans la journée du 6 mai une centaine de jeunes de Kourousalé s’en sont pris aux champs des Traoré, en les vidant d’abord des bétails avant de les défricher. Après ce forfait, ils se sont dirigés vers les concessions des Traoré en tentant de les incendier. Une case aurait même pris feu, heureusement que l’incendie a été rapidement circonscrit par certains habitants bien intentionnés de la localité.

Informé de la situation, le Commandant adjoint de la Brigade Territoriale de la Gendarmerie de Bamako, l’Adjudant chef Wouis Dicko, s’est aussitôt dépêché sur le terrain en compagnie de certains de ses éléments pour faire régner l’ordre.

Ainsi, il s’avère que, sans une intervention prompte des autorités, l’affaire de Kourousalé aurait dégénéré en affrontements sanglants intercommunautaires aux conséquences imprévisibles.

Car les autochtones du village considèrent ces Traoré, malgré le fait qu’ils se sont installés depuis la nuit des temps dans ce village, comme des «étrangers». Considérant en cela que tous les champs qu’ils possèdent ne sont pas leurs propriétés, mais bien celles du village. Aussi, il y a de cela un mois, un très proche du chef de village de Kourousalé, Amadou Kéïta, a été catégorique sur le sort de ces gens.

Pour lui, «ils ont le choix de respecter les ordres du chef de village, ou de quitter la localité». Un calme précaire est revenu dans le village de Kourousalé, la tension y demeure malgré tout et la localité ressemble, de nos jours, à une poudrière qui peut exploser à tout moment. Car les deux communautés se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. Et les précédentes mesures arbitraires prises par le chef de village, qui est aussi curieusement l’imam de la localité, sont pour le moins, répréhensibles. Il n’a pas hésité à interdire, durant six jours, les Traoré de s’approvisionner en eau à partir de la borne-fontaine alors que les puits sont à sec.

Même si l’affaire reste pendante devant la justice, ce nouveau rebondissement interpelle le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné. Il se doit de réaffirmer l’autorité de l’Etat partout pour que la cohésion sociale, l’unité nationale – comme prôné par la devise du Mali, «un peuple un but une foi» – l’emportent sur des considérations égocentriques.


Le maire délégué de la commune du Mandé en garde-à-vue

Suite à l’interpellation de sept habitants du village Kourousalé, le maire délégué de la commune du Mandé, Souleymane Camara, réputé très proche du chef de village, est également en garde-à-vue depuis lundi dernier. Motif invoqué par l’intéressé lui-même, «c’est l’ officier supérieur de la gendarmerie, du nom de Mamadou Moussa Traoré, originaire de la localité qui m’en veut à mort. Il soutient que c’est moi qui ai commandité cette affaire. Il me reproche d’être à la base de toutes les souffrances des Traoré dans le village, il m’a passé à tabac lundi 11 mai avant d’instruire à ses subornées de me garder- à-vue».

Faux, rétorque l’officier supérieur de la gendarmerie que nous avons approché. Pour lui, le maire délégué fut le premier à porter la main sur lui, «parce qu’il estime que c’est moi qui ai interpellé les sept personnes. Il m’a trimbalé dans l’enceinte même de la Brigade Territoriale. C’est, non contents de son attitude que mes collègues gendarmes ont jugé nécessaire de le garder pour son comportement pour le moins indélicat».

Kassim TRAORE

13 Mai 2009