Partager

Les marchands sont confrontés à la délicate gestion des invendus. Certains font face à de grosses pertes et risquent même la banqueroute.

L’effet boomerang. L’encyclopédie virtuelle, Wikipédia, définit cette expression comme un mécanisme psychologique, politique ou économique, où une action qui abouti à la conséquence inverse de celle recherchée. C’est sans doute ce à quoi les vendeurs de moutons sont confrontés aujourd’hui, à Bamako. Ils pensaient, grâce à une surenchère entretenue ayant fait grimper inexorablement le prix du mouton, pouvoir s’enrichir sur le dos du consommateur. 

Cela en invoquant comme raison la rareté du produit qui aurait été provoquée par la crise sécuritaire et la cherté de l’aliment bétail. à l’arrivée, ils se retrouvent avec des dizaines de moutons invendus sous les bras.  

Au lendemain de la fête de l’Aid Al-Adha, célébrée mardi 22 juillet au Mali, Bamako est toujours inondée de moutons. Sur les rives gauche et droite du fleuve Niger dans la ville des Trois caïmans, plusieurs centaines de moutons continuent de bêler dans les « garbals » (marché à bétail en langue peul) et autres coins aménagés pour l’occasion. Pour nombre de vendeurs de cet animal recommandé au musulman comme sacrifice (à condition d’en avoir les moyens) à l’occasion de cette fête, les ventes n’ont pas été à la hauteur des attentes cette année. 

Un tour mercredi au garbal de Faladiè a suffi pour s’en convaincre. Là-bas, un grand nombre d’animaux invendus était encore disponible. Sidiki Dembélé, la quarantaine, est agriculteur et éleveur de profession. Ce ressortissant de Kimparana (Région de San) semble avoir tiré son épingle du jeu en terme de vente. « J’ai amené 50 moutons la veille de la fête. Il me reste deux moutons non vendus. Les ventes continuent », ajoute-t-il, précisant qu’il vendait « 150 à 200 têtes de moutons les années précédentes ». 

Plus loin, Mamadou Kamian et un groupe de vendeurs font le bilan de leur vente. « Cette année, il y a trop de moutons sur le marché. Les bourses de nos clients sont faibles. Très souvent, ils ne peuvent pas se permettre d’acheter les bêtes à nos prix, qui sont indépendants de notre volonté », se console Mamadou Kamien. Cette hausse serait due, selon lui, au coût élevé de l’aliment bétail et à l’insécurité. 

Cette situation a sérieusement impacté le niveau des ventes, comparé à celui de l’année dernière. « J’ai des clients qui commandaient 50 à 100 têtes pour les offrir aux plus démunis. Cette année, ils se sont contentés de 20 têtes », compare l’éleveur. Ajoutant que la vente se poursuit, il n’exclut pas de revoir les prix à la baisse afin de pouvoir écouler la marchandise au plutôt. Car, « nourrir les animaux nous coûtent cher », soutient-il. 

La soixantaine révolue, Ladji Moussa Gouro est le président de l’Association des vendeurs de bétails au garbal de Faladiè. « Malgré les ventes, on enregistre de grosses pertes. Beaucoup d’entre nous avons contracté des prêts à la banque ou auprès d’autres investisseurs. 

La priorité est d’arriver à les rembourser même si nous ne réaliserons pas de profit », explique ce marchand. Qui ajoute que certains ont pris des animaux avec d’autres grands éleveurs. Il faudra soit les rembourser ou leur ramener les animaux. Dans les deux cas, c’est toujours une perte pour nous, se lamente-t-il. à cette allure, certains seront tentés d’explorer d’autres activités plus rentables, conclut Ladji Moussa Gouro.

Yacouba Poudiougou est un autre vendeur à Kalaban-coro. Il trouve que cette année la situation est particulière. « Il y a trop de moutons sur le marché. Même s’il y a eu des ventes, il en reste encore beaucoup, nous serons obligés de les ramener », souligne-t-il. 

à Sabalibougou, en Commune V, le grand terrain est encore rempli de moutons à perte de vue. Comment est le marché cette année ? « Voyez par vous-même, il nous reste encore plein de moutons à vendre. Les ventes sont timides. L’année dernière à pareille moment, tout le monde avait vendu son stock et on se préparait à rentrer chez nous », rappelle Amadou Sow, visiblement nostalgique. « Nous sommes obligés de prolonger notre séjour à Bamako. Sur 100 têtes, je n’ai vendu que 20, certains ont pu vendre 30 ou 40 mais pas plus », murmure-t-il. 

Assis à côté de lui, Moussa Kola soutient : « On veut vendre à bas prix, honnêtement c’est ce qui nous arrange. Car si nous arrivons à tout écouler rapidement, nous allons vite rentre chez nous. Cela nous permettra de réinvestir ».

Oumar SANKARE

Source: L’Essor