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Si les critiques qui fusent après la formation du gouvernement d’union nationale ne s’estompent pas rapidement, les efforts pour la reconquête des territoires sous occupations des groupes armés dans le nord ne seront qu’une chimère. De nouvelles polémiques sont en passe de s’ouvrir reléguant au second plan la problématique de l’intégrité du territoire.

A l’évidence, la nouvelle équipe rendue publique le 20 août ne semble satisfaire aucun regroupement politique. Faut-il pour autant la combattre ou en ressuscité une polémique ? C’est le dilemme auquel sont confrontés la classe politique et la société civile du pays tandis que l’effectif des 31 membres est déjà jugé pléthorique par de nombreux observateurs. Toutes les organisations ont indiqué qu’ils resteront vigilants par rapport à ce que fera la nouvelle équipe dirigeante. Le gouvernement dont une accusation d’«incompétence» avait valu l’exigence de la formation de la nouvelle équipe avait déjà été reconduit à 70 %.

Le collectif «IBK Mali 2012» se dit déçu par l’unique poste qui lui a été réservé mais a décidé néanmoins d’accompagner le gouvernement. Les divisions internes nées au sein du Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et la République (FDR) et de la Coordination Patriotique pour le Mali (COPAM) ne sont pas de nature à encourager une saine collaboration de ces organisations.

L’Alliance des Démocrates Patriotes pour la Sortie de Crise (ADPS) dit avoir «souhaité» «un Gouvernement inclusif disposant de la caution politique et sociale la plus large possible et obéissant aux principes d’équilibre et d’efficacité». La nouvelle équipe, à son avis, «n’est en réalité que l’ancien Gouvernement légèrement remanié et se situe aux antipodes des principes républicains». Avant de s’indigner : «ce gouvernement, loin de consacrer la volonté de l’ensemble des Forces Vives de contribuer au partage solidaire du fardeau des responsabilités de la sortie de crise, donne plutôt l’impression d’un partage de gâteau à des fins partisanes». «Pour un pays en crise, le nouveau Gouvernement est inutilement pléthorique et budgétivore», a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Ces observations seront-elles des motifs d’opposition au nouveau gouvernement ? Rien n’est moins sûr. L’ADPS a manifesté sa volonté d’intégrer le nouveau gouvernement et se retrouve dépourvue de représentant officiel dans la nouvelle équipe que viennent d’installer le président de la République et le chef du gouvernement. Mais officieusement, elle serait représenté par le ministre de la fonction publique de la reforme administrative, chargé des relations avec les institutions, Mamadou Namory Traoré qui est membre de la Convention Nationale pour une Afrique Solidaire (CNAS-Faso Hèrè).

En remerciement de leurs efforts au service de la nation, le premier ministre a décidé de recaser trois sur six de ses collaborateurs du précédent gouvernement. Il s’agit de Sadio Lamine Sow, ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Hamadoun Touré, ministre de la communication, de la poste et des nouvelles technologies, porte-parole du gouvernement et Mamadou Diakité, ministre de la Jeunesse, du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle. La décision a irrité le FDR qui exige au chef du gouvernement de revenir sur sa décision. Face lui, il y a une COPAM presqu’affaiblie qui cherche à panser des plaies nées de sa décision (non unanime) d’intégrer le gouvernement avant la tenue de la concertation nationale qu’elle a longtemps réclamée. Jusqu’ici, le débat, resté politique, se concentre autour du pouvoir à Bamako, incitant une large ignorance des problèmes du nord.

Seydou Coulibaly

Le 24 Août 2012

© AFRIBONE