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Dans maints endroits de la capitale, les déchets d’abattage sont jetés dans les caniveaux ou dans les poubelles devant les portes. Quand ils ne sont pas abandonnés carrément en pleine rue.

Bamako, jour de Tabaski, la plus importante fête musulmane. Les enfants arpentent les rues, parés de leurs plus jolis habits de fête. Pareil pour les adultes, le basin est cousu à toutes les dimensions et pour tous les goûts. Tout le monde est beau, le jour de la fête, dit la sagesse populaire. 

La célébration est un moment particulier de dévotion par l’abattage de moutons et d’expressions de pardons entre les croyants. 
Mais, aussi belle soit-elle, la fête de Tabaski à Bamako connaît un envers du décor plutôt repoussant. Dans presque toutes les familles, les bêtes sacrificielles sont immolées. Ce qui provoque une prolifération de déchets liés aux animaux abattus, dont on se débarrasse par les moyens du bord.

Non loin d’un collecteur de Sokorodji, en Commune VI, le spectacle vous fait pincer le nez. Une peau de mouton est jetée dans le lit du cours d’eau, à côté des tas d’intestins d’animaux et leurs contenus déversés en vrac. La puanteur empeste les lieux. Mais pas de quoi empêcher un autre riverain de déverser là le contenu d’une brouette de déchets d’abattage. Des enfants jouent, innocemment, non loin du collecteur. Dans les concessions, les habitants ne cachent pas leur exaspération, face au comportement de certains voisins.

Déchets jetés en vrac- «Les gens ont l’habitude de verser les déchets d’abattage dans l’eau, espérant que les flots les emportent. Même quand un animal meurt les jours ordinaires, ils viennent jeter la carcasse ici», confie, désespérément Minata Diakité, dont la maison est à un jet de pierres des ordures. Parée de son boubou de couleur violet, la mère de famille prépare son thé et discute d’actualité avec ses filles. 

Elle ne cache pas son désarroi face au comportement de certains voisins. «Les gens demandent pardon pendant la fête mais viennent déverser des ordures d’abattage à proximité des maisons des autres sans se gêner. Les odeurs nous dérangent. On en a parlé à maintes reprises mais les habitudes sont têtues», se désole Minata.

Les immondices pendant les temps de fête ne se rencontrent pas seulement aux alentours des marigots. Il n’est pas rare de voir les intestins d’animaux jetés dans les caniveaux ou dans les poubelles colonisées par les mouches. Bonjour les odeurs indésirables. «Même tout à l’heure, je voyais des gens venir jeter les ordures dans la rue, surtout les peaux d’animaux. C’est le problème des responsables de famille. Chaque famille doit assumer l’assainissement à son niveau», pense Amadou Tebsougué. 

Recyclages- Certains déchets d’abattage sont pourtant recyclables avec un peu d’attention. C’est l’idée que défend Arouna Traoré, la cinquantaine, affairé à griller des pieds de moutons. Il évolue dans le business de peaux d’animaux avec son frère. «Les gens ne connaissent pas la valeur des peaux, c’est pour cela qu’ils les négligent. Les cuirs de bœufs de grandes tailles sont vendues à 2.000 Fcfa et 3.000 Fcfa et 100 Fcfa pour les peaux de mouton. Elles sont prisées dans les pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Nigeria, où elles sont consommées dans les préparations culinaires», explique-t-il. 

Arouna et son frère vendent également des peaux de bêtes à des entreprises chinoises de tannerie. Seulement, il faut que la peau soit en très bon état sans éraflures. «Nous ne pouvons pas vendre beaucoup de peaux parce que la majorité des pièces est abimée lors du dépeçage des animaux. Les gens doivent chercher des professionnels pour le dépeçage des animaux pour pouvoir l’exploiter après», développe-t-il. Selon lui, la mauvaise qualité des peaux d’animaux pousse les mosquées à ne plus les collecter. 

Car souvent abimées au moment du dépeçage des bêtes, elles ne sont pas vendables et de ce fait finissent dans la nature comme ordures. Toutefois, les artisans locaux prennent les peaux rejetées pour fabriquer divers objets comme les portefeuilles, les portes clés ou ceux qui confectionnent les gris-gris, ajoute Arouna Traoré.

Un point de vue partagé par Aboubacar Yonou, muezzin dans une mosquée de Banankabougou, en Commune VI. Le religieux précise que dans la tradition musulmane, les peaux d’animaux étaient recyclées comme tapis de prières. Ce qui n’est plus fréquent avec la multiplication des tapis industriels, reconnaît-il. Selon Aboubacar Yonou, en plus de la transformation des peaux, les boyaux des bêtes de sacrifices peuvent être utilisés dans les jardins et les champs comme engrais naturels. 

«Chaque année, des personnes jettent les peaux, les intestins ou leur contenu ce qui dérange l’entourage, chose en islam qui n’est pas souhaitée», fait remarquer le muezzin, qui rappelle que le Prophète a enseigné que l’assainissement et l’hygiène font partie des qualités du bon croyant.


Mohamed TOURÉ

Source: L’Essor