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Les superbes performances des Aigles à la Can 2012 qui s’est achevée dimanche 12 février au Gabon ont provoqué une dynamique rarement connue auparavant. Un enthousiasme qui a été vécu à travers toutes les villes du pays et qui continue à ce jour.

Au-delà des résultats et de la joie qu’offrent les Aigles aux Maliens, les uns et les autres espèrent surtout que cette dynamique puisse provoquer un renouveau du football national. Puisque, il faut bien le dire encore, les performances des Aigles ne sont nullement le fruit de la Ligue 1 encore moins de l’actuel bureau fédéral qui, lui, continue à évoluer dans une sorte de médiocrité qui tend à devenir chronique.

Pour le premier, hormis le cas du Stade malien de Bamako, qui a remporté en 2009 la Coupe Caf et le Djoliba l’année suivante, qui a accédé à la phase de poule de la même compétition, aucun autre club n’arrive à passer les stades préliminaires des compétitions africaines. La sélection est composée majoritairement de joueurs évoluant dans les championnats européens et africains.

S’agissant du bureau fédéral, n’eût été la vigilance du sélectionneur national, Alain Giresse de les mettre hors d’état de nuire (loin de la base des Aigles), le pire serait venu. Certains responsables de la Fémafoot de Lomé à Franceville en passant par Libreville et même Malabo étaient à la Can mais pour d’autres missions.

L’affaire El Hadji Mahamane et la gestion du cas Cheick Fantamady Diarra et bien d’autres problèmes même pour prendre langue avec les porte-parole des joueurs comme ce fut le cas dans l’histoire du payement de la prime de la 3e place sont passés par là. Mais Giresse veillait sur son groupe à telle enseigne qu’il ne voulait personne autour de lui afin, a-t-il dit, de préserver la sérénité et la quiétude.

Pour ce qui est du terrain, la Ligue 1/Orange ne fournit pas, globalement, de joueurs pour l’équipe nationale. Si l’on se penche sur les joueurs qui ont disputé la dernière Can, on voit bien que, sur la liste des 23, deux jouent au Mali, tous gardiens. Mais sur ces deux joueurs, un seul est toujours titularisé. Il s’agit du gardien de but du Stade malien de Bamako, Soumaïla Diakité et cela dépend des cas. Pour le reste…

Cela pour dire que, d’une manière générale, la Ligue 1/Orange n’arrive plus à fournir de joueurs « intéressants » à la sélection. Il faut rappeler que lors de ces premiers mois à la tête des Aigles, le sélectionneur Alain Giresse avait essayé plusieurs joueurs de la Ligue 1/Orange en sélection, mais s’est résigné par la suite, à se passer de leurs services. Un défenseur comme Abdoulaye Aziz Maïga, s’il n’avait pas rejoint le championnat algérien, n’aurait certainement jamais évolué.

Que l’arbre ne cache pas la forêt !

Samedi 11 février 2012 au stade de Malabo. En match comptant pour la 3e place contre le Ghana, il a prouvé qu’il peut être un défenseur titulaire et indiscutable en sélection. Il est clair que le football aujourd’hui est conçu de telle sorte qu’un sélectionneur n’a pas pour vocation de former des joueurs. Les dates Fifa étant les seules périodes durant lesquelles un regroupement peut être organisé, un coach n’aura jamais le temps de travailler énormément avec ses joueurs.

Il lui faudra donc des joueurs prêts pour former le groupe. De plus, c’est aux clubs de s’acquitter d’une telle mission et non la sélection. Les clubs animant la Ligue 1/Orange, hormis peut-être le cas de l’Asom, le néo promu, tous les autres ont abandonné la formation ne s’intéressant qu’aux résultats immédiats. La rareté des joueurs de bon niveau a fait que les quelques talents qui émergent de temps à autre sont cédés par des clubs à plusieurs centaines de millions de F CFA, en définitive, le même résultat.

Tout en soutenant la sélection dans ses challenges, Can-2013 en septembre et octobre prochains et Coupe du monde 2014 durant le mois de juin, les uns et les autres, notamment les responsables de la chose footballistique au Mali ainsi que les patrons de ces mêmes clubs, devraient inéluctablement penser à la réforme du football national. Ce serait le meilleur moyen de pérenniser les bons résultats des Aigles.

En somme, les performances de Cédric Kanté et de ses coéquipiers ne devraient pas faire oublier aux Maliens les déboires de la Ligue 1, qui est, paradoxalement, forcée de se professionnaliser à la lumière des recommandations de la Fédération internationale de football (Fifa) qui a même fixé un ultimatum à cet effet.

La Fédération malienne de football (Fémafoot) avait pris quelques décisions dont l’objectif est de faire en sorte que les clubs s’occupent davantage des jeunes catégories. Il y aura donc cette saison, le lancement des championnats des cadets et juniors. Ensuite, il y a eu cette obligation de faire jouer obligatoirement des jeunes de moins de 17 ans et 20 ans en seniors. On se souvient qu’avant et même après la Can cadette au Rwanda en 2011, la direction technique nationale dirigée à l’époque par Joachim Fickert a pu, à travers ses centres de perfectionnement monter une sélection qui puisse participer aux prochaines échéances des catégories d’âge.

En tout état de cause, les récentes performances des Aigles à la Can devraient être normalement l’occasion d’impulser cette nouvelle dynamique tant attendue, d’autant plus que les joueurs locaux dans la Ligue 1/Orange à l’image du portier Soumaïla Diakité ont montré de quoi ils sont capables pour peu que les moyens et la chance soient mis à leur disposition.

Boubacar Diakité Sarr

Les Echos du 23 Février 2012