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Le bruit du cataclysme provoqué par le départ d‘Oumarou Ag Mohamed s’est répandu comme une trainée de poudre dans le PASJ, en milieu de semaine dernière. Sa confirmation est également tombée comme un couperet, au regard de la vague de démissions drainées par celle du quatrième vice-président du Comité Exécutif.

une-256.jpgParti dans la Région de Tombouctou pour le renouvellement de certaines structures de son parti, le président du Haut conseil des collectivités reviendra de son périple avec une lettre de démission en poche. Celle-ci n’est certes pas encore parvenue à la direction nationale des Abeilles par les canaux officiels, mais cela ne saurait tarder à intervenir. Car, joint au téléphone par nos soins, l’intéressé a consenti à lever toute équivoque en confirmant l’effectivité de sa démarche en ces termes : «J’ai effectivement démissionné de l’Adéma pour le Rpm».

Quant aux circonstances détaillées de sa démission, elles nous ont été relatées par les soins de la deuxième personnalité de la section de Goundam. Mahamane Abocar Maïga, il s’agit de lui, a précisé que l’événement est survenu, jeudi dernier, à la faveur d’une conférence extraordinaire de section convoquée par le Secrétaire général. Après s’être rassuré de la bonne santé des structures du Parti de l’Abeille, à travers l’état des lieux des différentes sous-sections, il a choisi lui-même de trancher le nœud gordien en tirant au clair l’énigme qui taraude ses camarades depuis quelques temps : sa position au sein de ce qui était jusque-là considéré comme leur famille politique commune. «A compter de cet instant, vous pouvez me considérer comme démissionnaire de l’Adéma pour le Rpm», a lancé celui par qui le Pasj respire dans le Cercle de Goundam et peut-être même au-delà. Comme il est loisible de l’imaginer, la déclaration du président du Haut Conseil des Collectivités a provoqué une atmosphère glaciale dans la salle où les différents délégués de sous-section ont pu quand même surmonter leur torpeur pour réagir à la surprenante décision de leur mentor.

De sources concordantes, le silence a été rompu par le Secrétaire-général adjoint qui, séance tenante, a décidé d’emboiter le pas à Oumar Ag Mohamed en se déclarant à son tour partant pour le RPM. Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’hémorragie car les délégués d’une quinzaine de sous-section sur 16 se sont tour à tour succédé pour s’en remettre au choix du Secrétaire général.

Sentant la direction du vent, l’illustre démissionnaire a quand même tenté d’y mettre la forme, rapporte notre source. Il a notamment laissé le choix libre à ceux qui le désirent de rester dans le parti. Mais rien n’y fit. Les délégués ont unanimement affirmé qu’ils lui sont tous redevables de leur présence à l’Adéma-Pasj.

Le Parti de l’Abeille venait de perdre du coup la présidence de la seule institution demeurée sous son contrôle, après le coup fatal des événements de Mars 2012. Mais il n’y a pas que cette perte. La démission d’Oumarou Ag Mohamed Ibrahim pourrait avoir drainé dans son sillage celle de la presque totalité des structures du Pasj à Goundam, l’unique circonscription où ce parti a raflé la mise à la dernière présidentielle. Ce n’est pas tout. Les Abeilles y comptent par ailleurs une centaine de conseillers communaux, une dizaine de maires et une vingtaine de conseillers de cercle dont le départ s’assimile tout simplement à une disparition.

Pourquoi ?

Interrogés sur les motifs d’une telle démarche, les proches du président Oumarou Ag Mohamed Ibrahim ont expliqué que son choix découle avant tout d’un souci de préserver son monde politique et de ne pas l’abandonner à son sort. Au moment où il prépare sa retraite politique, il lui tient à cœur, explique-t-on, de préparer le destin d’un bastion politique avec lequel il chemine depuis plus d’une vingtaine d’années. Le quatrième vice-président du CE-Adéma ne semble pas percevoir cette possibilité dans une famille politique qui cherche désespérément ses marques. C’est d’ailleurs l’autre explication de la démission. Il estime, selon nos sources, que le Pasj peine à bouger et à se remettre des péripéties qu’il traverse depuis 2012. Qui plus est, la direction nationale du parti est demeurée sourde aux appels à l’organisation d’un congrès de clarification et de redynamisation.

Quid alors du dévolu jeté sur le Rpm comme point de chute ? Sur la question, le président – qui était du reste allé sur la même liste que le parti présidentielle aux législatives – nous a personnellement confié qu’il n’a tout simplement pas une culture de l’opposition.

La poire à trois

L’adhésion d’Oumarou Ag Mohamed Ibrahim à la famille des Tisserands survient dans la foulée des préparatifs du prochain congrès du RPM pour lequel le BPN est en plein dans le processus de renouvellement des structures de base. C’est dans ce cadre d’ailleurs que le ministre de la Formation Professionnelle et Porte-parole du Gouvernement, Mahamane Baby, a été récemment porté à la tête de la sous-section de la commune urbaine de Goundam. Quant à l’installation de la nouvelle section, elle est prévue pour le 2 décembre prochain annonce, selon toute vraisemblance, une véritable foire d’empoignes. Et pour cause, le contrôle de ladite section est depuis un certain l’objet d’une bataille à fleuret moucheté entre le ministre Mahamane Baby et le vice-président du Groupe parlementaire, un autre nouvel adhérent au Rpm, Oumar Sididjé Traoré alias Gaucher. L’arrivée d’un dinosaure comme Oumarou Ag Mohamed Ibrahim en rajoute forcément aux enjeux et à l’ampleur du choc des ambitions car on imagine mal le président du Haut conseil mobiliser autant de monde pour faire de la figuration.

Parti d’une équation à zéro inconnue avant les législatives, le Rassemblement Pour le Mali va devoir gérer l’équation d’une abondance à d’innombrables inconnues.

Abdrahmane kéïta

Le Témoin du 25 Novembre 2014