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Ils laissent voir maintenant leur vrai visage d’islamiste qui n’a rien de commun avec l’islam prôné par le prophète Muhammad (PSL). En interdisant aux jeunes de Gao de regarder les émissions télévisées et de pratiquer le sport, les rebelles ont franchi le Rubicon.

Ils ont franchi le Rubicon en violant des femmes, en procédant à des exécutions sommaires, en pillant des biens privés et publics et que sais-je encore ? Ils veulent interdire aux jeunes de Gao de pratiquer du sport et regarder des émissions télévisées !

Ils, ce sont les islamistes radicaux qui se disent fervents défenseurs des valeurs de l’islam alors que leurs actes et paroles sur le terrain, au nord du Mali, n’ont rien de commun avec la religion musulmane. Lundi 14 mai 2012, c’est avec stupéfaction et consternation que les Maliens ont appris que les groupes rebelles qui ont conquis Gao, la Cité des Askia, interdisent désormais aux jeunes de jouer au football donc de pratiquer du sport, de regarder la télévision donc de s’instruire ou d’acquérir des connaissances, car la télé n’est pas seulement un moyen de divertissement, mais aussi un support d’instruction, d’acquisition et de vulgarisation des connaissances.

Même dans les pays les plus islamisés du monde par son nombre de pratiquants (l’Indonésie par exemple) où ceux sur le sol desquels l’islam est né (Arabie saoudite), le sport et la télévision font partie intégrante de la vie des populations.

Dans le domaine du sport en ce qui concerne l’Arabie saoudite, son premier match officiel de football se joua le 20 octobre 1957, à domicile, contre la Syrie. Le match se soldera par une victoire saoudienne (3 buts à 1). La Fédération d’Arabie de saoudite de football est fondée en 1959. Elle est affiliée à la Fifa depuis cette date et est membre de l’AFC depuis cette date également.

L’équipe d’Arabie saoudite de football reste, avec la Corée du Sud et le Japon une des meilleures équipes du continent asiatique comme le prouvent ses 3 victoires en Coupe d’Asie (1984, 1988, 1996). Sur le plan mondial, l’Arabie saoudite se qualifie pour la première fois pour une phase finale de Coupe du monde en 1994 et atteint même les 8e de finales et participe à trois autres (2002, 2006, 2010). Idem pour l’Indonésie où le sport, le football en particulier est largement pratiqué.

Le sport, c’est connu de tous, est un excellent moyen de développement mental et physique de l’homme. Remettre le sport en cause et empêcher des jeunes de pratiquer le football est une atteinte des groupes rebelles à un droit de la personne humaine, notamment le droit à la bonne santé. Sauf hypocrisie de leur part et c’est cela qu’ils démontrent en interdisant aux jeunes de Gao de pratiquer le football, l’islam recommande de veiller sur sa santé en s’abstenant de tout ce qui serait susceptible de l’altérer. Or le sport est loin d’être un facteur d’altération de la santé de l’homme.

L’interdiction de pratiquer le sport et particulièrement le football par les jeunes de Gao ainsi que de regarder les émissions à la télévision est un moyen pour les rebelles d’asservir les jeunes de Gao et de les maintenir dans l’ignorance et enfin de les soumettre à leur diktat. La révolte des jeunes de Gao est d’autant plus légitimée que nos autorités sont interpellées et ne doivent plus tergiverser entre qui va diriger la transition.

Les autorités doivent dès à présent, soutenir ces jeunes. Si possible leur donner les moyens, voire arsenaux pour se défendre puisqu’il apparaît de plus en plus clair que le quotidien de vie des populations du Nord est relégué au second plan nonobstant le leitmotiv « ma priorité est la reconquête du Nord du Mali » que l’on entend depuis le 22 mars (date du coup d’Etat) de la bouche de tous nos dirigeants (président par intérim, Premier ministre, CNRDRE).

De plus, on est en droit de se demander s’il est possible de s’asseoir autour d’une table de négociation avec des gens qui prennent de telles décisions, qui dépassent l’entendement dans un contexte social mondial de plus en plus marqué par l’utilisation des Ntic.

Le citoyen du Sud s’interroge en effet si des actions sont engagées pour récupérer les territoires conquis par les rebelles. L’armée, en effet, semble ne plus communiquer. Aucune information ne fait état de la reconquête d’une ville occupée ou d’une ville abandonnée sous pression de l’armée sur les occupants ou encore de négociations engagées avec les rebelles.

Les pourparlers avec les mouvements rebelles initiés dès sa prise de fonction par Dioncounda Traoré semblaient avoir pris un cours normal avec la mission de Tiébilé Dramé dépêché en Mauritanie. De nos jours, ces pourparlers restent lettre morte.

Denis Koné

Les Echos du 16 Mai 2012