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Voiture de commandement, tapis rouge, forte médiatisation…: le Chef du Mnla, plus qu’un Président. Arrivé à Bamako, en provenance d’Algérie, avec le ministre algérien des Affaires étrangères, le Secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad a eu droit aux honneurs dignes d’un vrai chef de la République pour ne pas dire chef de guerre. Cet homme qui a mis le pays à feu et à sang avec sa soi-disant rébellion pour la création d’un état de l’Azawad.

Ce dimanche 19 juin 2016, à l’aéroport international Modibo Kéita de Sénou, une silhouette enturbannée descend de l’avion d’Air Algérie. Au moment où des officiels maliens attendaient d’accueillir le ministre des Affaires étrangères, RamtaneLamamra, qui effectuait une visite de deux jours dans notre pays. Le ministre algérien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, RamtaneLamamra était à Bamako pour co-présider avec son homologue malien Abdoulaye Diop la 11ème session du Comité bilatéral stratégique algéro-malien pour le Nord Mali. La tenue de cette session qui coïncide avec le premier anniversaire du parachèvement de la signature de l’Accord pour la paix et réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, a été une occasion pour les deux parties d’ évaluer l’état d’avancement dans la mise en œuvre de cet Accord et d’identifier les moyens de dynamiser le processus. Mais comme par hasard, Bilal Ag Achérif, le chef du Mnla, faisait partie de la délégation du ministre algérien. Invitation ou coïncidence ? Aussi bizarre que cela puisse paraitre, car c’est la première fois que Bilal Ag Achérif se rend à Bamako depuis l’éclatement de la rébellion en 2012, qui a entrainé l’occupation des 2/3 du territoire malien par les groupes armés djihadistes. «Président de la République» de Kidal, une région nord du Mali interdite aux officiels maliens, l’homme a profité de son séjour pour prendre la température de la capitale malienne. Bilal Ag Achérif a successivement été reçu par ses frères d’armes présents à Bamako depuis de bons mois pour se la couler douce.

Accolades chaleureuses entre lui et le député Karim Kéita sans oublier certains ministres présents à l’aéroport ce jour-là. Comme si le mal que ce dernier a fait au pays était rangé dans les tiroirs de l’oubli, il a été reçu en audience au palais présidentiel par le chef de l’Etat. Des photos ont été prises pour immortaliser cette rencontre. Comme si cela ne suffisait pas, l’homme est nourri, blanchi et surveillé par nos forces de défense et de sécurité dans un grand hôtel de la place où il a installé son quartier général juste pour son court séjour bamakois. Ceux-là mêmes que lui Bilal a fait tuer et égorger à Aguelhok en 2012, lors de sa fougue de créer son état azawadien. Son mouvement, le Mnla, a été accusé d’être l’auteur ou co-auteur de bien de terreurs qui ont frappé aussi bien les FAMa que la population civile malienne, avant et pendant l’occupation djihadiste. Objet de mandat d’arrêt international pour ces présumés crimes contre l’humanité, comme celui de Aguel Hoc en 2012, ces mesures de poursuite ont été levées par les autorités maliennes dans le cadre des mesures de confiance pour parvenir à un accord de paix et de réconciliation nationale. Et comme l’homme est en train de voir le train de sortie de crise sur de bon du rail, il a voulu venir se blanchir dans la capitale malienne, qui lui faisait aussi peur dans un passé récent, aux yeux de la communauté internationale, qu’il n’est pas un obstacle pour la mise en application de l’accord d’Alger. Quelle comédie de sa part ! Et au nom de la paix, on doit accepter de s’humilier pour que des bandits armés viennent à Bamako se moquer de la grande majorité des Maliens qui, par leur faute, croupissent sous le poids de la misère, dorment dans des camps de fortune dans les pays limitrophes, sont victimes d’accidents de mines en longueur de journée dans le septentrion. Qui est Bilal Ag Achérif ?

Bilal Ag Achérif (dit aussi Bilal Ag Cherif), né en 1977, est le secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla) et ex-président du Conseil transitoire de  »l’État de l’Azawad » (Ctea). Le Mnla participe à la rébellion touarègue de 2012 qui voie la défaite de l’armée nationale et la conquête des trois régions du nord par les groupes armés. En mai 2012, Bilal Ag Achérif tente de rapprocher son mouvement avec Ansar Dine afin de chasser Aqmi des régions nord. Les deux mouvements signent donc un accord le 26 mai et annoncent leur fusion. Ils créent le Conseil transitoire de l’État islamique de l’Azawad. Mais 24 heures après sa signature, l’accord est rompu par les cadres du Mnla. Le 26 juin 2012, Bilal Ag Achérif est blessé au cours de la première bataille de Gao qui oppose les troupes du Mnla et aux djihadistes du Mujao et d’Aqmi. D’après le porte-parole du Mnla, il est alors évacué et soigné au Burkina-Faso. Le 23 novembre 2012, il est reçu à Paris par plusieurs diplomates français. Il demande alors un soutien matériel pour lutter contre les djihadistes. Le 6 juin 2013, des négociations de paix s’ouvrent entre l’état malien et les rebelles du Mnla et du Hcua. Les négociations aboutissent au bout de 11 jours et Bilal Ag Achérif signe l’accord de Ouagadougou le 18 juin. La trêve est cependant brisée le 17 mai 2014, lorsque des combats éclatent à Kidal. Le 21, l’offensive de l’armée malienne pour reprendre la ville est repoussée par les forces du Mnla, du Hcua et du MAA. Après la victoire des rebelles, Bilal Ag Achérif demande la reprise des négociations. Celles-ci reprennent à Alger le 16 juillet 2014.

Paul N’GUESSAN
23 Juin 2016