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Le dossier de l’ex-PDG de la CMDT, Drissa Kéïta, bientôt classé sans suite

Le dossier de l’ex-PDG de la CMDT, Drissa Kéïta, inculpé le 7 septembre 2000 pour «abus de biens sociaux et complicité d’abus de biens sociaux» devrait connaître son épilogue la semaine prochaine. C’est l’information qui circule dans les milieux judiciaires qui s’intéressent à cette affaire.


Nos sources généralement dignes de foi nous ont confié que le parquet anti-corruption, sous la conduite du Procureur Sombé Théra, a proposé une médiation pénale à toutes les parties (Etat, CMDT et Drissa Kéïta lui-même). Celles-ci ont donné leur aval.

Ainsi, la procédure a été enclenchée et un document d’accord a été accepté. Il est, en ce moment, sur la table du juge civil pour homologation et devra sortir de son bureau dans quelques jours. Ce document consacrera le classement définitif du dossier Drissa Kéïta.

Enclenchée en 1999 par le président Alpha Oumar Konaré, la lutte contre la corruption et la délinquance financière n’a pas apporté les fruits escomptés jusque-là.

En effet, les premiers cadres arrêtés dans ce contexte, avec trompette et tambour battant et qui sont passés devant les juridictions ont été tous blanchis. Il s’agit de Tiémogo Maïga et Samba Sow, tous deux anciens PDG de la Sotelma.

L’arrestation la plus médiatisée, la plus spectaculaire et la plus surprenante a été sans nul doute celle de l’ancien PDG de la CMDT, Drissa Kéïta. En effet, le Mali venait de célébrer la fête du coton à Fana avec une production cotonnière record de 520 000 tonnes, faisant du pays le premier producteur au sud du Sahara et le second en Afrique après l’Egypte.

Au cours de cette cérémonie, le Chef de l’Etat, Alpha Oumar Konaré n’a pas tari d’éloges envers l’artisan de ce magnifique travail Drissa Kéïta. Les félicitations et marques de reconnaissance du Chef de l’Etat ont toutché à ce point le patron de la CMDT qu’il fondit en larmes devant une foule émue.

Dans cette mouvance de sa réussite, la presse avait annoncé pour son malheur que Drissa Kéïta sera le candidat du MPR à la présidentielle de 2002 et battra celui qui défendra les couleurs de l’ADEMA. Depuis, une campagne de dénigrement a commencé contre lui. Sa belle réussite à la tête de la CMDT se transforme rapidement en mauvaise gestion.

La station internationale RFI est mise à contribution, à travers la publication du rapport d’audit élaboré par le Cabinet international Ernest & Young. Le ministre du Développement rural, El Madani Diallo, y laissait entendre que des sanctions seraient prises contre l’ancienne direction de la CMDT (Drissa était relevé depuis le 11 janvier 2000) coupable, selon lui, de graves fautes de gestion.

Ces propos-là tranchaient toutefois avec la substance du rapport considérant la société comme viable et liant ses difficultés de trésorerie principalement à la chute des cours du coton sur le marché mondial, durant les années 1998 et 1999.

Drissa Kéïta avait laissé derrière lui les facteurs permettant à la société de se sortir la tête de l’eau : une vingtaine d’usines en état de fonctionner normalement, un crédit de 80 milliards de FCFA acquis auprès d’un pool de banques françaises et marocaine, tous les intrants étaient en place auprès des producteurs et, entre temps, les cours du coton ont enregistré une remontée spectaculaire.

Voilà le contexte dans lequel Drissa Kéïta avait cédé la main à Bakary Traoré, précédemment patron de la BNDA. C’est pourquoi, il a toujours réfuté le grief de mauvaise gestion qu’on voulait lui faire porter. De même, il n’a jamais reconnu le chef d’inculpation d’«abus de biens sociaux et complicité d’abus de biens sociaux».

L’homme, qui jouissait d’une solide réputation nationale et internationale, jusqu’à son arrestation, était au dessus de tout soupçon. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Paris, Drissa Kéïta a enseigné, durant de longues années, cette matière dans les Facultés françaises.

Avant d’être, tour à tour, ministre des Finances, ministre des Mines et de l’Energie, puis Secrétaire général de la Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest (CEAO) et, enfin, PDG de la CMDT (1990-2000).

L’arrestation et l’emprisonnement dans des conditions détestables de cette personnalité de premier plan visait à donner l’impression à l’opinion publique et surtout aux bailleurs de fonds internationaux qu’il n’y aura pas d’intouchables au Mali dans la lutte contre la corruption.

Mais ceux-ci ont vite désenchanté, les dossiers étant peu «consistants». Aussi, en huit ans, la justice n’est-elle pas arrivée à établir des preuves tangibles de malversation contre lui. Pour finir avec cette situation, le Procureur du pôle économique, Sombé Théra, a cru nécessaire d’aller donc vers une médiation pénale.

La procédure est déjà enclenchée. Les différentes parties ( l’Etat, la CMDT et Drissa Kéïta lui-même) ont donné leur feu vert au parquet. Ainsi, plusieurs rencontres ont eu lieu entre les intéressés. Un document d’entente a été rédigé pour terminer, pardon classer l’affaire.

Il est actuellement entre les mains du tribunal civil pour homologation. Nous avons tenté de savoir son contenu. En vain. Il nous a été dit que le document en question sera signé la semaine prochaine et pourrait être d’ordre public. C’est dire que dans les jours qui suivent, le dossier Drissa Kéïta sera définitivement classé. Les autres, à l’instar de celui de Idrissa Maïga dit Méthiou, pourrait connaître le même sort.

Rappelons que les pôles économiques et financiers effectuent un travail impressionnant dans la plus grande discrétion en évitant à plusieurs accusés la prison à travers des médiations pénales. Ce qui a permis de recouvrer, à ce jour, plus de 25 milliards de FCFA pour le trésor public. A suivre.

Chahana TAKIOU

11 Juillet 2008