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Du saupoudrage !

L’opération d’approvisionnement des populations en riz moins cher, annoncée tambour battant, s’est muée en opération de saupoudrage où la misère des pauvres citoyens sert de fonds de commerce à d’autres. L’Etat assiste en complice parfait.

Profitant de la tribune du 8 mars 2008, le président ATT annonçait qu’il n’y aurait pas de rupture de stocks de denrées alimentaires cette année pendant la période de soudure et que le pays serait approvisionné en riz moins cher. Il avait dans la foulée fustigé le comportement de certains commerçants bénéficiant d’exonérations en douane, mais qui ne profitent pas aux populations.

Au mois d’avril, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo qui venait de faire son baptême du feu en intégrant le gouvernement Modibo Sidibé en lieu et place de Mme Ba Fatoumata Néné Sy, annonçait à son tour un accord avec les opérateurs céréaliers.

L’entente entre les deux parties visait à mettre sur le marché 5000 tonnes de riz bon marché. La quantité du riz proposée devait être cédée à des commerçants détaillants sous la tutelle de leur coordination et revendue au marché au prix de 310 F CFA le kilo.

L’opération a été lancée à grand renfort publicitaire à chaque cérémonie de dotation des détaillants. Mais, jusque-là, les effets escomptés sont invisibles. Impossible pour les consommateurs de trouver sur le marché le riz à 310 F.

Il faut débourser en moyenne 375 à 475 F CFA pour avoir le kilo du riz. Des commerçants détaillants ont indiqué qu’ils servent de prête-noms dans cette opération pour n’avoir eu un seul grain à revendre. Certains parlent même de spéculation sur leur dos dans cette affaire.

Face à cette supercherie et pour se donner bonne conscience, la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC), agissant pour le compte de son ministère de tutelle, et la coordination des commerçants détaillants, ont créé la notion de magasins témoins (voir article ci-contre).

Selon elles, le riz moins cher est disponible dans des magasins témoins disséminés dans le district de Bamako. De 60 au départ, le nombre de ces magasins serait passé à 120, à en croire Hama Abba Cissé, président du Groupement des commerçants détaillants.

Lueurs et leurres

Pourtant, aucune information précise n’est donnée à propos de la situation géographie de ces magasins. Les six communes du district de Bamako totalisent en moyenne 70 quartiers les uns aussi vastes que les autres.

Sur la base de 120 magasins, cela donne deux magasins témoins par commune. Comment un habitant d’Hamdallaye peut alors trouver du riz moins cher si son magasin est implanté à Sébénicoro ou vice-versa ? Il préférera payer dans son quartier le kilo à 375 ou 475 F pour éviter des déplacements coûteux.

Refusant d’admettre que l’opération a permis juste à certains de s’enrichir sur le dos des consommateurs, le président des détaillants et non moins vice-président de la Chambre de Commerce et d’industrie du Mali, Hama Abba Cissé, a fait porter le chapeau à d’autres.

Au cours d’une cérémonie de remise du riz à son Groupement, le lundi 19 août par un céréalier, M. Cissé a indiqué « qu’ils n’ont reçu jusque-là que 2000 tonnes sur 5000 annoncées et qui sont l’œuvre de deux opérateurs céréaliers de la place ».

Le ministre Diallo, qui faisait récemment le point des stocks de denrées alimentaires en prévision du mois de ramadan, qui commence en principe le 1er ou le 2 septembre 2008, soutenait sur l’antenne de la télévision nationale qu’ « il n’y a aucune rupture de riz moins cher détaxé par l’Etat à 4 milliards de F CFA et que le prix de 310 F est respecté par tous les détaillants qui ont été approvisionnés ».

Last but not least . Une autre mesure d’exonération portant sur le lait en poudre en vrac et l’huile raffinée importée de la Côte d’Ivoire a été rendue publique par le ministre Diallo au mois de juillet. Il a annoncé sur l’ORTM suivi de point de presse quelques jours plus tard que « ces deux produits ont été détaxés d’août à septembre 2008 par l’Etat pour faire face aux difficultés du ramadan ».

Le litre d’huile devra passer de 950 à 815 F CFA et le lait en poudre de 3200 à 2800 F CFA. Ce qui coûtera au contribuable malien 4,5 milliards de F CFA. Le sucre n’est pas concerné parce que le ministre a fait savoir que le stock est suffisant à ce niveau.

Las ! Les prix de l’huile et du lait n’ont pas bougé d’un iota. Le sucre ne fait que grimper jour après jour à moins de douze jours du mois de jeûne musulman. Le sac de 50 kg de sucre importé vendu au mois de juillet à 11 500 a franchi la barre des 13 500 F CFA. Il serait déjà en rupture, selon certains détaillants et il y a un fort risque qu’il atteigne la barre des 20 000 F CFA.


Abdrahamane Dicko

21 Août 2008