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A l’instar des autres pays de la sous- région, la situation alimentaire est des plus préoccupantes aujourd’hui au Mali. Bientôt, c’est la période de soudure et le riz, aliment de base de la population malienne, commence à être inaccessible à cause de la flambée des prix.

Dans les ports de Dakar et d’Abidjan, des milliers de tonnes de riz attendent d’être évacués sur le Mali pour faire baisser le risque d’une hausse progressive.

Depuis plus d’une semaine, les EMACI (Entrepôts Maliens de Côte d’Ivoire) travaillent à un rythme effréné. Pour cause, des bateaux venant d’Asie déversent chaque jour, au port d’Abidjan, plusieurs milliers de tonnes de riz destinées au marché malien.

Une vaste opération de ravitaillement du marché malien vient d’être déclenchée par les EMACI et ses partenaires, à savoir : la représentation des Douanes Maliennes du Port, le Conseil des Chargeurs et le Ministère des transports du Mali. Si cette opération a été saluée par tous, les camionneurs séjournant à Abidjan ont longtemps traîné le pas avant d’être forcés à suivre le mouvement.

Devant la réticence de ceux-ci à enlever les stocks, les responsables des Entrepôts, avec l’accord du Ministère des transports, ont été obligés de recourir à la force pour qu’ils adhèrent à l’opération.

C’est ainsi que plusieurs chauffeurs récalcitrants ont vu leurs camions de ciment déchargés au profit du riz ou ont tout simplement vu les roues de leurs camions dégonflées par des gendarmes réquisitionnés par les EMACI.

Ainsi, plusieurs convois de camions chargés de riz ont déjà pris le départ en direction du Mali depuis la semaine dernière.

Selon certaines indiscrétions, la préférence des chauffeurs de gros camions pour le transport du ciment à celui du riz serait due au fait que le coût du transport du ciment est beaucoup plus avantageux que celui du riz, à partir d’Abidjan.

D’autre part, ils refuseraient de prendre le riz au port d’Abidjan pour Bamako, parce que les vrais propriétaires, à savoir Modibo Keita et Bakoré Sylla, possèdent chacun des centaines de camions qu’ils envoient vers d’autres destinations.

Voilà pourquoi, selon le chauffeur A.D, les camionneurs avaient catégoriquement refusé de s’associer, dans les premières heures, à l’enlèvement du riz malien du port.

Pour Dourata Maiga, représentant des EMACI, chargé des convois, le comportement des chauffeurs est tout sauf patriotique. Car, selon lui, quand le pays est en danger, aucun sacrifice n’est de trop.

C’est lui qui, au four et au moulin, s’est engagé contre vents et marées à ravitailler convenablement le marché malien, tant qu’il y a des stocks de riz au port autonome d’Abidjan.
Pour cette détermination à toute épreuve, il est devenu pour les chauffeurs, celui qui « gâte » leurs business, donc l’homme à abattre.

Cependant, il est important pour notre pays de persévérer, au-delà des discours, dans le sens de la vulgarisation de la culture du riz, non seulement sur le million d’hectare de l’office du Niger, mais aussi et surtout sur toute l’étendue du territoire national. La sécurité alimentaire, que le peuple malien appelle de tous ses vœux, est à ce prix.

De Gildas, Correspondant à Abidjan

27 Mai 2008