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Alors qu’il urge de trouver une solution efficace et immédiate au problème d’approvisionnement du marché malien en riz et à un prix abordable, le Premier ministre s’est lancé dans des options d’effets d’annonces. Les importateurs de céréales confrontés au phénomène de la hausse des prix sur le marché international pourraient refuser les exonérations si l’Etat ne s’implique pas pour des mesures d’accompagnement. Le prix du riz pourrait atteindre 500 Fcfa, le Kg. Au niveau de la chambre de commerce et d’industrie du Mali, une commission de réflexion a été mise en place. Le Mali sera-t-il à l’abri des émeutes de la faim ?

« Ventre affamé n’a point d’oreilles ». L’adage est bien connu et le Premier ministre (PM) Modibo Sidibé semble avoir pris toute la mesure de cette réalité. Sans aucun doute la question de la marmite connaît une urgence qui en discute aujourd’hui à celle du nord Mali, tout aussi brûlante.

Mais les autorités ne perdent pas de vue que l’arme de la faim tue avec autant d’atrocité que les armes de guerre. C’est donc confiné entre deux étaux que le Premier ministre Modibo Sidibé s’est adressé presque à la nation, le mardi soir au cours du journal télévisé.

L’intervention du PM fait suite aux mesures prises pour l’importation massive du riz par les opérateurs économiques pour que la flambée soit contenue en ce qui concerne cette denrée de première nécessité. Mais les exonérations suffiront-elles quand on sait que d’autres facteurs tels que les impôts et taxes entrent en ligne de compte de renchérissement des prix, comme le transport, la variation du coût à l’achat…

Aujourd’hui, les têtes savent que si rien n’est fait les ventres vont crier famine au Mali, et dans un bref délai. Les solutions envisagées à court ou moyen terme par le Premier ministre, lors de sa sortie médiatique, ne prennent pas en compte tous ces facteurs. Et du coup, on se demande si les mesures préconisées suffisent pour faire recette au profit des 12 millions de Maliens, dans le court et long termes.

Les principaux importateurs de céréales n’ont pas manqué de faire savoir leurs inquiétudes face à la situation. Ils se sont certes engagés à consentir un effort par patriotisme, mais qui ne saurait s’inscrire dans la durée. La question de l’approvisionnement du pays en denrées de première nécessité, et singulièrement de la disponibilité et de l’accessibilité en quantité et à un prix abordable du riz, demeure presque entière.

Le « plan d’opération riz pour la campagne 2008-2009 » mis en œuvre par le gouvernement et qui va coûter plus de 45 milliards Fcfa dont une subvention orientée principalement sur les intrants (semences et engrais) et l’appui conseil est une mesure préconisée par les autorités pour faire face à la hausse généralisée des prix des céréales et à la poursuite de cette tendance à la hausse dans les années à venir, selon un confrère de la place. Le financement de l’opération, précise-t-il, sera assuré principalement sur le budget 2008 par une réduction des dépenses de fonctionnement de l’administration à concurrence du montant requis.

Le Premier ministre Modibo Sidibé expliquant son plan d’opération, lors de cette interview à la télévision nationale, a évoqué la réduction du train de vie de l’État. Selon Modibo Sidibé, l’opération se concentrera sur le riz, cette céréale symbolisant, à elle seule, la flambée des denrées de première nécessité. Cela n’étonne pas quand on sait que le Mali est un pays de grande consommation de riz.

Dans un Etat frileux, vacillant et incertain entre rébellion et crise scolaire, les consommateurs maliens restent incertains et moins sûrs. Parviendra-t-on à mettre en place un système capable d’éviter la pénurie ? En tout cas tout, ce qui est envisagé jusque là ne ressemble qu’à une opération « tape à l’oeil », du show médiatique, du bluff ! La question demeure autour de l’approvisionnement en céréales, en quantité et à un prix abordable. A cela l’Etat tâtonne à présent et ne parvient pas à sortir une solution qui rassure.

Le gouvernement doit tirer les conclusions que les exonérations à elles seules n’ont jamais constitué une solution miracle, une panacée. Au contraire, les hautes autorités s’en sont servies à chaque fois, comme la preuve d’une générosité hors pair envers les opérateurs céréaliers et de leur souci à bien fournir le marché national, afin que le riz soit entièrement disponible. Une facilité pour le gouvernement qui ne manque pas de culpabiliser les importateurs céréaliers d’avoir gardé la part du consommateur qui est spolié.

A tous les niveaux, y compris le chef de l’Etat, on donne cette impression de se disculper en prenant un malin plaisir de rejeter la responsabilité sur les bénéficiaires des exonérations qui refuseraient de réduire les prix. L’Etat doit s’interroger sur les autres facteurs et chercher à jouer tout son rôle.

La solution préconisée et rendue publique est d’accorder les exos à tous ceux qui peuvent importer du riz au Mali. A cet effet, le ministère de l’Economie, du commerce et de l’industrie autorise tous les opérateurs économiques qui peuvent importer. Et en conséquence, le kilogramme du riz est cédé de commun accord à 300 FCFA.

Les grands importateurs céréaliers, « pour soutenir les efforts du gouvernement, au regard de leurs stocks et du prix de la céréale sur le marché international se sont engagés sur le plancher officiel pour deux mois (avril et mai) ». Au-delà, ils ne peuvent pas assumer compte tenu de l’évolution des prix sur le marché international. Ce qui veut dire que d’autres mesures d’accompagnement et des conditionnalités s’imposent.

« En effet, aucun opérateur ne pouvant raisonnablement s’engager à importer à perte, les opérateurs céréaliers avaient suggéré au gouvernement de se rencontrer sur la question en fonction de l’évolution des marchés internationaux », a déclaré leur porte parole, Modibo Keïta (GDCM) à la télévision nationale.

Et pour cause, à la première quinzaine d’avril la tonne du riz à ce niveau déjà dépasse les 311 000 FCFA. « Comment dans ces conditions, même avec la suppression de tous les droits et taxes à l’importation, peut-on demander aux opérateurs de rétrocéder le riz à 300 FCFA ? Car si l’Etat peut renoncer à ses droits et taxes, le prix du transport et les frais portuaires… constituent d’autres éléments qui entrent dans la structure du prix du riz », avait-il expliqué.

Si l’Etat n’intervient pas, faut-il craindre que certains opérateurs céréaliers ne renoncent aux exos pour chercher des marges optimales de bénéfices ?
Plusieurs opérateurs céréaliers s’étaient inscrits pour bénéficier des exos à l’importation, suite à leur rencontre avec la direction du commerce et de la concurrence. Mais le constat aujourd’hui est qu’à l’exception de quelque deux opérateurs connus de la place, personne d’autre ne s’est véritablement illustré.

Au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali, une commission de réflexion en vue de trouver des solutions idoines à l’approvisionnement du pays en produits de premières nécessité et singulièrement du riz a été créée et a rencontré le premier ministre, Modibo Sidibé lundi dernier avec des propositions globales.

Ce qui est sûr, du point de vue de l’optique de la solution envisagée par le PM, cela relève du rêve que de faire de telles propositions pour produire des résultats dans l’immédiat. Pour le moment, on a toutes les raisons de craindre pour le Mali des émeutes de la faim.

B. Daou

17 avril 2008..