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Le « riz exonéré » se fait rare au profit de Gambiaka, qui frôle le 400 F CFA le kilo


Dans le but d’éviter une rupture dans l’approvisionnement du pays riz et maîtriser la flambée de son prix, le gouvernement a décidé d’accorder des exonérations aux opérateurs économiques pour l’importation du riz à compter du 1er avril jusqu’au 30 septembre.

Une dizaine d’opérateurs économiques se sont manifestés en signant le contrat sur la base duquel, ils s’engagent à respecter les clauses d’un cahier de charges qui fixait un prix-plafond de 310 FCFA au détail, le riz à grande consommation (riz blanchi et brisure qui sont les deux qualités exonérées).

Quatre mois après, un tour des marchés de la rive gauche permet de constater la rareté de ces deux qualités de riz et la prédominance du Gambiaka, une production locale.

On se rappelle que le gouvernement, conformément au point six des conclusions du forum national sur les prix des produits de première nécessité, tenu les 26 et 27 décembre 2007, a décidé de mettre sur place un cahier de charges qui fixe les conditions d’importation et de distribution du riz par les opérateurs économiques qui bénéficieront de l’exonération des droits et taxes à l’importation.

Ce cahier de charges impose des exigences aux opérateurs économiques, notamment celle de vendre le riz importé sous exo à un prix plafond en gros de 300 FCFA et en détail de 310 FCFA le kilo.

Si le gouvernement a renoncé à toutes les taxes sur l’importation de ces riz, à l’exception les taxes communautaires, il était néanmoins difficile pour les importateurs de respecter le prix-plafond.

Cependant, pour manifester leur bonne volonté, cinq gros opérateurs importateurs de riz – bakoré Sylla, Modibo Kéïta, Amadou Djugué, le Groupe Achcar, Mme Camara Assitant Kouma – mis chacun à la disposition des détaillants 1000 tonnes de riz à raison de 300 FCFA le kilo. Cependant, Bakoré Sylla avait prévenu le gouvernement que ce prix ne pouvait survivre au-delà de deux mois.

Aujourd’hui, le constat est que ce  » riz exonéré  » se fait rare dans les marchés de Bamako, notamment sur la rive gauche. C’est le constat que nous avons fait hier au cours d’une enquête qui nous a conduit aux marchés de Lafiabougou, Djicoroni-Para, Ouolofobougou, N’Tomikorobougou, Médine et Bankoni-Flabougou.

Au marché de Djicoroni-Para, le gambiaka et le RM 40 sont vendus à 375 et 350 Fcfa au détail, alors que le riz brisure (importé du Burkina faso) est vendu à 400 F. Seydou Traoré, vendeur de riz dans ce marché soutient que le riz qu’il avait reçu de Bakoré Sylla dans le cadre de l’opération n’était pas de la bonne qualité et que malgré le prix bas (310 F), les clients l’achetaient rarement.

« Certains clients nous ramenaient ce riz au motif qu’ils ne pouvaient pas le manger. Logiquement, on ne pouvait plus continuer à prendre ce riz. Même certains militaires nous apportent leur dotation mensuelle pour l’échanger contre d’autres types de riz » dit-il. Mama Bagayoko, détaillant du riz dans le même marché ajoute : « on je gagne pas assez sur ces riz qu’on achète le kilo à 350 F au centre ville sans compter le transport. Notre marge tourne autour de 10 à 15 FCFA».

Tamba Kéïta, détaillant du marché de Djicoroni affirme qu’il avait trois sacs de riz exonérés chez lui et il a fallu quatre mois pour épuiser. Son voisin dispose encore d’un sac depuis plusieurs mois sans parvenir à le vendre à raison de 325 F le kilo.

En plus du gambiaka, M. Kéita dispose du riz brisure de luxe importé du Sénégal dont le kilo coûte 425 FCFA. Au marché de N’Tomikorobougou, Abdoulaye Konaté vend le riz brisure thailandais à 400 F, le riz long à 375 FCFA et le gambiaka au même prix de 375 F qu’au marché de Djikoroni-Para.

Malgré le fait que ce riz exonéré n’est pas bien apprécié, il indique que quelques clients continuent de le demander.  » J’ai mes demandes au niveau de GGB et j’attends le riz  » précise t-il.

A Médine, le gambiaka connaît un prix en gros de 350 FCFA le kilo et un prix détail de 375 F de même que le riz thaïlandais. Le même prix est pratiqué au marché de Bankoni Flabougou. Ici, Siaka Samaké, un détaillant affirme que le gambiaka est le riz préféré des Maliens. A cet effet, il plaide pour une réduction des prix des engrais et de la rédevance eau.

Le même 375 F est pratiqué sur le gambiaka au marché de Lafiabougou, où le riz thaïlandais est vendu à 375 F, le parfumé GDCM à 400 F le kilo. A Ouolofobougou, le gambiaka est vendu en gros à 360 F le kilo et au détail à 375 F CFA.

A Bozola, la même fourchette est presque pratiquée avec le riz indien dont le sac de 50 kilo est vendu à 17 750 F CFA, le riz brizure thaïlandais à 19 000 FCFA. Chez certains grossistes de Bozola, le gambiaka tourne autour de 375 Fcfa le kilo.

En tout cas, le constat général est que dans tous les marchés nous avons constaté la présence du riz local gambiaka, produit en zone Office du Niger. Tous les commerçants sont unanimes qu’il est très bien apprécié par les consommateurs.

Youssouf CAMARA

25 Juin 2008