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Le modus operandi reste le même : revendication du rapt, long silence et, soudain, diffusion de vidéo de l’otage qui implore son gouvernement d’accéder aux exigences de ses ravisseurs ou de négocier sa libération.

Le 3 juin dernier, la chaîne qatarie Alaan a diffusé une vidéo de l’otage français Serge. Les images, qui auraient été tournées le 13 mai 2014, montrent le captif, longue barbe poivre et sel, vêtu d’une djellaba et d’un turban noir. Derrière lui, deux de ses ravisseurs, les visages masqués par des chèches et des lunettes.

Au cours de cette courte séquence présentée par la télé Alaan, Lazarevic, enlevé en novembre 2011 à Hombori au Mali (avec Philippe Verdon, retrouvé mort en juillet d’une balle dans la tête), s’est adressé au chef de l’Etat français, François Hollande. Lisant sans doute un texte, il a précisément invité le locataire de l’Elysée à tout faire pour négocier sa libération tout en évoquant ses ennuis de santé.

Si Al-Qaeda, auteur de l’enlèvement de celui qui est aujourd’hui le dernier otage français dans le monde, n’a pas exigé explicitement de rançon ou de contrepartie à un éventuel affranchissement, il n’en demeure pas moins que la diffusion de cette vidéo en dit long sur ses intentions : donner des preuves de vie du captif dont on est resté sans nouvelles depuis la diffusion des premières images après la prise d’otage, pour mieux contraindre l’Hexagone à la négociation.

Et le moment de ce qui apparaît comme un chantage sur l’hôte de l’Elysée a été choisi en toute connaissance de cause : en effet, il intervient quelques jours après la libération par les Talibans, le 31 mai dernier, de l’otage militaire américain, le sergent Bowe Bergdahl, en échange de cinq terroristes afghans détenus à la célèbre prison de Guantanamo.

Alors si l’Aigle yankee finit, comme on l’a constaté, par prendre quelques libertés avec sa politique officielle qui est de ne jamais négocier avec des preneurs d’otages, pourquoi le Coq gaulois n’en ferait pas autant ? La question a certainement traversé l’esprit des stratèges d’Al-Qaeda, qui savent opportunément jouer avec le contexte politique et l’environnement sociologique des Occidentaux, leurs cibles de prédilection.

Et du coup, c’est le pauvre François qui se trouve devant un choix cornélien.

Précipité dans les abysses des sondages à un rythme sans précédent dans l’histoire de la Ve République, désavoué coup sur coup dans sa politique par les dernières élections locales et européennes, assiégé par une opposition qui le tient pour responsable de tous les malheurs du peuple français, critiqué, voire contesté dans son propre camp, François Hollande était depuis dos au mur.

Il va désormais se résoudre à examiner, sinon à entendre, la supplique de l’otage, sous la pression de la famille Lazarevic et d’une bonne partie de l’opinion.

A moins de vouloir lui-même se donner le coup de grâce, l’enfant de Corrèze n’a d’autre choix que de prendre langue avec les ravisseurs. Quitte à négocier serré.

Après tout, il ne sera pas le premier à avoir accepté la main tendue du diable.

Alain Saint Robespierre

Mise à jour le Mercredi, 04 Juin 2014 21:23

Source: L’observateur Palaaga