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Le pays est en danger.

La nation est ébranlée.

La tumeur dévastatrice échappe à la capacité de maîtrise du régime.

L’avenir s’assombrit d’heure en heure.

Le peuple souffre de plusieurs épidémies :

* l’épidémie de la corruption : Elle s’installe aujourd’hui comme mode de vie sous l’impulsion du régime. La haute administration d’Etat, les institutions du pays, les circuits financiers et de production sont tous affectés par le fléau à telle enseigne que la misère décime la population malienne de façon massive et continue.

Elle est aujourd’hui la cause principale de toutes les dérives et calamités (sociales, économiques).

* L’épidémie de l’affairisme : le slogan « BE BI I BA BOLO ou SAUVE QUI PEUT » est un bon appel mobilisateur. Au lieu de la culture du travail comme critère de réussite et sommet de la pyramide des valeurs,

le gain facile, l’escroquerie, le chantage, le trafic d’influence et l’exhibitionnisme sont devenus des pratiques quotidiennes du pouvoir et de ses protégés sans conséquence parce que l’impunité est devenue aussi un vaccin immunisant.

* L’épidémie de la gabegie financière : la mauvaise gestion des ressources de la nation, la dilapidation des fonds et la transformation du bien public en privé sont devenus de plus en plus monnaie courante.

Jamais dans l’histoire du Mali, le pays n’a été si mal gouverné, les ressources n’ont jamais été si mal gérées. Le laisser aller et « le coup de pistions » sont des hypothèses de départ.

* L’épidémie dela privatisation : le régime s’est fixé comme objectif la braderie de tous les acquis du peuple dans un délai calculé. Les privatisations sous ce régime ne sont pas soutenues ni pour les raisons sociales, ni pour des raisons de rentabilité financière. C’est surtout le diktat des bailleurs avec lesquels il préfère tirer des bénéfices exorbitants.

A titre d’exemple, le chemin de fer malien avec un patrimoine estimé à 105 milliards de francs CFA a été bradé à Trans-rail pour 7 milliards de francs CFA payables à crédit sur exploitation de la ligne sur 7 (sept) ans.

A cela s’ajoute le fait que Trans-rail n’assume pas les coûts d’investissement liés au trafic voyageur. Le Sénégal et Mali sont obligés de s’endetter à hauteur d’une vingtaine de milliards pour l’achat de locomotives et voitures destinées à ce transport.

Là où le bas blesse encore, c’est le cas où l’acheteur prend tout à crédit et se fait financer par le vendeur alors que celui-ci ramasse des bénéfices de 1 milliard par mois. C’est le peuple qui perd et le régime gagne. « Avec ATT le régime gagne en privatisation »! Que de mots de campagne sucrés!

Ceci est un exemple parmi tant d’autres et beaucoup sont en cours. L’Etat lui-même est privatisé dont les repreneurs stratégiques sont constitués par les bailleurs. La preuve, c’est à coup de milliards qu’on a payé l’électorat en 2002 et en 2007.

* L’épidémie du culte de la personnalité : la référence au prince du jour est devenue une exigence religieuse même dans les familles des courtisans. Les ministres représentent les exemples les plus éloquents lors des cérémonies.

* L’épidémie de l’individualisme égoïste au détriment du patriotisme : cette épidémie renforce davantage l’affairisme.

Les valeurs patriotiques et d’amour de la communauté s’effritent au profit de l’égoïsme privé (N’ta : ma part). Le sens de la sauvegarde du bien de la communauté, la notion de sacrifice et d’obligation de résultat, le respect de la mission confiée et la considération de l’autre n’ont plus de place dans ce régime.


*
L’épidémie du populisme : les tonneaux vides font du bruit, a-t-on dit. L’exhibitionniste, la démagogie, le discours lyride, bref les apparitions sensationnelles ridicules et rabaissant, voilà des attitudes de tromperie et de tricherie mais pour distraire le peuple.

* L’épidémie du népotisme : seuls sont autorités dans la cour du prince les courtisans prêts à supporter toute humiliation mais pour se protéger et préserver leurs intérêts privés. Au Mali d’aujourd’hui, il n’est pas rare de voir toute une administration gérée par une famille ou toutes les affinités sont confondues.

Les enquêtes de moralité que nous avons connues pour le choix des cadres sont remplacées par la consultation de « carnet de famille » ou d’appartenance au groupe. Ce n’est plus les qualités morales et intellectuelles qui figurent en bonne place, mais les critères de soumission et de manipulation.

* L’épidémie de l’opportunisme : ce n’est pas les ambitions nobles mises en avant pour servir le peuple ou renforcer la démocratie mais les cadres sont poussés à profiter de toutes les occasions pour se servir.

* L’épidémie de la médiocrité et de l’incapacité : il faut des hommes et des femmes valables, responsables pour gérer les affaires de la communauté. Mais si le choix réaliste cède la place à la sélection partisane, il ne faut plus s’attendre à des résultats probants.

Le népotisme et l’opportunisme accélèrent de plus en plus la médiocrité dans nos service; résultats: toute l’administration est en panne, les grands problèmes de la nation n’auront aucune solution et le populisme s’installe en grande enjambée.

* L’épidémie de la destitution des valeurs sociétales et morales: quand tout ce qui est cité plus haut caractérise un régime et justifie son comportement, il ne nous reste qu’à crier « Adieu à la morale ». Les valeurs de travail, de dignité, d’honneur et d’amour du prochain sont mises sous le boisseau.

Le comportement actuel s’explique par certaines attitudes « Le plutôt sera le mieux ou jèni kagnimi. » C’est alors tout le sens de l’affairisme malien source de dilapidation des valeurs morales.


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L’épidémie de la division : la division est orchestrée à tous les niveaux:


le peuple est divisé en protégeant les moins méritants contre les plus méritants;

les syndicats sont divisés pour mieux les avoir;


l’armée est divisée, ceux qui refusent les campagnes électorales au profit du prince du jour et protègent le serment militaire sont mis au banc des accusés tandis que nagent les amis dans l’opulence.

la division de la classe politique est savamment entretenue depuis 2001 dans le seul but d’abattre la démocratie. C’est pourquoi au sein de chaque parti politique, il y a des lobbies du régime ;

l’unité nationale est menacée à cause de la culture du régionalisme ;

les associations et ONG indépendantes du régime sont menacées de disparition ;


les opérateurs économiques patriotes risquent de fermer boutiques ;


tout récemment à coup de millions on a mis des élèves contre leurs enseignants ;


les paysans sont divisés pour mieux brader leurs intérêts à l’Office du Niger et à la Compagnie Malienne de développement de textiles (CMDT).

* L’épidémie de la banalisation de chose politique : l’article 28 de la Constitution du 25 Février 1992 est violé. Le régime s’apprête à légaliser l’occupation de la scène politique par des serviteurs du jour;

* L’épidémie de la mauvaise gouvernance : les principes de bonne gouvernance doivent être conduits par le premier responsable de tout régime républicain, garant de la constitution.

L’on peut toujours se poser la question suivante: que vaut le sens de ce passage de notre constitution: « après la cérémonie d’investiture et dans un délai de 48 heures, le président de la Cour suprême reçoit publiquement la déclaration écrite des biens du président de la République. »

Cette déclaration fait l’objet de remise à jour annuelle « article 37« .

L’agent pathogène de ces différents maux n’est autre que le régime actuel. La période d’incubation remonte au 8 Juin 2003. Les mesures prophylactiques ont été évitées mais dépassent surtout de loin les capacités des tenants du pouvoir. Aucune volonté n’est envisageable. Le peuple a donc son destin en main.

Voilà une brève peinture de la situation de l’épidémiologie politique du Mali des « indépendants » et des militaires.
Démocrates et patriotes de tout bord, il ne nous reste qu’à nous mobiliser, la main dans main pour libérer le peuple et sauvegarder la démocratie.

Ce combat est aujourd’hui un devoir et le peuple doit se ressaisir.

Souvenons de cet appel du poète: « honte à qui chante tandis la cité brûle« . Cet appel est un lancement de vaste campagne de vaccination pour endiguer les nombreuses épidémies provoquées et entretenues par les comportements hygiéniques impardonnables du régime en place.

Kaba DIARRA,

Professeur de philosophie au LBAD Bamako

26 Mai 2008