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Une importante réunion du comité exécutif (CE) de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) s’est tenue, le jeudi dernier, sous la présidence de Dioncounda Traoré, président du parti. Au menu : la discussion sur la candidature du parti à l’élection présidentielle de 2012. A l’issue de la réunion, il a été décidé de reporter l’appel à candidature au mois de mai prochain.

En fait, ce report se justifie par une tension latente qui commence à gagner certaines structures du parti. Cette tension a été suscitée par l’existence au sein de la formation politique deux courants de pression. L’un serait favorable à une candidature du président Dioncounda Traoré et l’autre courant serait en faveur du 1er vice-président, Ibrahima N’Diaye.

A en croire des sources proches du parti, il est quasi certain que Dioncounda Traoré et Ibrahima N’Diaye seront dans la course pour l’investiture du parti. Des signes allant dans ce sens se multiplient au quotidien dans l’entourage de ces deux responsables.

Iba N’Diaye : Candidat presque déclaré

Du côté du ministre Ibrahima N’Diaye, ses partisans, sous la houlette de Hamada Soukouna, vice-président du parti et opérateur économique, montent la pression autour du président Dioncounda Traoré pour tenter de contrecarrer les ambitions présidentielles de celui-ci. Ainsi Iba N’Diaye et ses partisans auraient souhaité que le parti se prononce clairement sur les candidats lors de sa dernière réunion. En vain. Leur tentative de pousser le CE dans ce sens, s’est soldée par un échec.
Selon un membre du parti, les partisans de Ibrahima N’Diaye auraient déjà entrepris des actions pour à la fois déstabiliser et discréditer Dioncounda Traoré, qui de son côté, semble préparer à l’action les structures du parti favorables à sa propre candidature.

Dans ce cadre, en plus de ces structures, des clubs de soutien se mettent en branle. Déjà, une association dite des « amis » de Dioncounda Traoré a procédé au lancement de ses activités à Bougouni, le 8 janvier dernier. Cette association se propose d’ores et déjà de sillonner l’ensemble des structures de base du parti. Objectif : soutenir la candidature de leur mentor.

Nos sources indiquent, par ailleurs, que Dioncounda Traoré bénéficierait du soutien du 2ème vice président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarkawane et de Mahamadou Cissé, 1er questeur de l’AN. Même si certains membres du comité exécutif mettent en doute la sincérité du soutien de ces deux députés.

Autres soutiens au président Dioncounda : celui de Ali Nouhoum Diallo et de Moustapha Dicko. Mais ces deux soutiens sont aussi mis en doute. En effet, selon des sources proches du parti, ces deux hauts responsables de l’ADEMA, bien que « favorables » à une candidature de Dioncounda Traoré, projetteraient une future alliance entre l’ADEMA et l’URD. En clair, Moustapha Dicko et Ali Nouhoum Diallo, dans un premier temps, pourront apporter leur soutien éventuellement à Dioncounda et ensuite pousser l’ADEMA à soutenir Soumaïla Cissé de l’URD, au cas où celui-ci accèderait au second tour. Pour eux (Diallo et Dicko), Soumaïla aurait plus de chances de succès que Dioncounda.

Le retour des vieux démons ?

En plus de ces deux courants, un troisième observe pour le moment. Ce courant serait fortement favorable à une candidature du Premier ministre, Modibo Sidibé, au nom de l’ADEMA. Il est composé aussi bien de membres du comité exécutif que de militants du parti. Ceux-ci attendent qu’un signal vienne de l’actuel Premier ministre pour faire entendre leur voix.

D’autres barons du parti comme Soumeylou Boubeye Maïga, Tiémoko Sangaré, Sékou Diakité, Ousmane Sy… semblent observer pour l’instant cette lutte entre partisans du ministre N’Diaye et du président Dioncounda. Mais, ça ne sera pas pour longtemps car parmi eux, il semble que certains auraient des ambitions personnelles et présidentielles. Ils ne tarderont pas à l’exprimer. D’autres par pur calcul, pourront rejoindre l’une ou l’autre tendance déjà en place. Mais, ils poseront en ce moment des conditions. Leurs conditions. C’est ça aussi l’Adema.

Face à ces ambitions, l’ADEMA pourra-t-elle éviter un exercice (la cassure) qu’elle affectionne à cause des ambitions scripto-personnelles de certains de ses dirigeants ? Le doute est permis. En effet, le parti en 2001 avait enrégistré le départ de Ibrahim Boubacar Keïta, actuel président du RPM et ensuite en 2003, Soumaïla Cissé et ses amis ont quitté le parti pour créer l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

Les signaux d’une nouvelle cassure ne manquent pas. Les militants du parti assistent impuissants à cette bataille des chefs. La remise en cause du calendrier pour le choix du candidat du parti à l’élection présidentielle de 2012 est édifiante sur la situation au sein de l’exécutif du parti. Un parti qualifié d’écurie électoral et non d’appareil politique soudé par certains observateurs.

Ainsi, au vu de la tension actuelle, le mois de mai qui, initialement, avait été arrêté pour la tenue de la conférence nationale devant entériner le choix définitif du candidat du parti à la prochaine présidentielle a finalement été retenu pour l’appel à candidature. La Conférence nationale et l’investiture du candidat du parti ont été reportées à une date ultérieure, selon de sources proches du parti. Ce bouleversement du calendrier du parti en 2011 annonce-t-il le retour des vieux démons ? C’est toute la question.

CH. Sylla

17 Janvier 2011.