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L’apiculture est une activité que les paysans font après les travaux champêtres. C’est le moment où les gens ne font rien et les jeunes ruraux ruent sur les villes. Cela est du à la particularité du calendrier agricole du Mali qui comporte 5 à 6 mois pendant lesquels les paysans ne cultivent pas leurs champs.

Pour Aliou Badra Cissé, spécialiste en apiculture, le sous-développement de cette inactivité est une perte énorme pour un pays comme le Mali où tout est à refaire. En tout cas, le développement des activités paysannes et particulièrement l’apiculture peut beaucoup jouer dans la réduction de la pauvreté. Le paysan, au lieu de vendre ses céréales pour payer ses impôts, pourra trouver une source supplémentaire de revenus.

Hélas, l’apiculture est en voie d’extinction. Pour cause, le miel est concurrencé par les produits industriels parfois d’origine étrangère comme le sucre. En dehors de la destruction de l’industrie traditionnelle, d’autres facteurs risquent de freiner le secteur. Ce sont les feux de brousse, la coupe abusive des bois et parfois la technique même de récolte du miel avec le feu qui tuent beaucoup d’abeilles.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, au niveau des Nations unies, il y a une alerte pour dire que ces 20 dernières années il y a eu une diminution drastique des populations d’abeilles dans le monde. Et il faudra faire attention sinon on risque de se trouver dans la prophétie d’Albert Einstein qui disait que lorsqu’on aura fini de tuer toutes les abeilles, 4 ans plus tard le monde pourra disparaître.

C’est à cause du rôle éminent que les abeilles jouent dans le transport des pollens sur le pistil (les deux organes de reproduction de la plante), ce que les botanistes appellent la pollinisation, que l’on craint le pire pour l’humanité. Les abeilles à elles seules assurent les 80% de cette pollinisation, les 20% sont partagés entre le vent, la pluie et les autres insectes colonisateurs. Si les abeilles venaient à disparaître, les autres insectes ne pourront jamais nourrir le monde.

« Nous devons donc protéger ces bestioles extraordinaires qui sont indispensables à la vie », a soutenu M. Cissé.
Et pour les protéger, il faudrait que les gens qui font l’apiculture dans les villages, qui n’ont aucune connaissance précise sur la biologie, la physiologie, l’élevage et la zoothèque autour des abeilles soient formés.

Seulement, les spécialistes en matière d’apiculture ne sont pas nombreux au Mali. Et s’il en existe, ils ne sont pas bien connus des paysans. Pourtant, il y a des cadres valables formés à l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou, pour ne citer que ceux-là.
Les paysans ont déjà des connaissances empiriques en la matière. Il ne s’agit pas de bouleverser leurs habitudes par l’introduction de techniques trop étrangères.

C’est d’ailleurs ce que beaucoup de spécialistes ont compris. « Ce que nous faisons, c’est former les gens aux techniques de récolte améliorées, c’est également l’introduction de la combinaison contre la piqûre des abeilles et l’amélioration des ruches traditionnelles », a expliqué Aliou Badra Cissé.

Un des axes les plus importants du développement de l’apiculture est la transformation des produits du miel. Le plus connu de ces produits est la cire. Les cordonniers sont les plus célèbres de ses utilisateurs chez nous. Et pourtant ce produit sert à bien plus que le lissage de la corde des cordonniers. Selon M. Cissé, avec la cire, on peut faire des bougies, des pommades, des crèmes à lèvres et même le cirage. « Si nous mettons tout cela en valeur, ça va réduire de beaucoup la pauvreté et le chômage », a estimé M. Cissé.

Un des problèmes que les paysans intéressés par l’apiculture pourront rencontrer est la commercialisation de leurs produits. Déjà, des pools de producteurs se mettent en place pour mieux organiser la récolte, mieux extraire le miel, mieux le conditionner, en mettant une relation entre le village et la ville. Cela permettra aux paysans d’éviter de bazarder leur miel en ville afin de rentrer chez eux.

La production nationale de miel n’arrive pas à satisfaire la demande nationale. Celle de l’extérieur est de plus en plus croissante C’est le cas des Etats-Unis qui demandent actuellement plusieurs milliers de tonnes à nos producteurs. Impossible ! Malheureusement, l’apiculture est considérée comme une activité secondaire et par les paysans et par les autorités en charge de l’agriculture.

Dans un contexte de pauvreté galopante et de manque d’emplois, les décideurs et les paysans devraient davantage s’intéresser à cette activité hautement rentable. Mais la prise de conscience incombe plus aux jeunes du pays. « Avec une dizaine de ruches bien entretenues, on peut avoir mieux qu’un hectare de coton, parce qu’on investit peut dans l’apiculture. On a qu’à placer les ruches ; et si s’est une ruche traditionnelle ça ne demande aucun effort particulier. Chez les abeilles, on achète rien, on ne donne pas à manger, on ne prend pas un berger pour les conduire au pâturage. Elles font tout elles-mêmes », a laissé entendre M Cissé.

Soumaila T. Diarra.

10 avril 2008.