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Après le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), c’était au tour d’une délégation d’Ansar Dine d’être reçue, lundi 18 juin à Ouagadougou, par le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Pendant ce temps à Gao, dans le nord malien détenu par les rebelles, l’Azawad célèbre l’investiture de son nouveau président du Conseil transitoire, Bilal Ag Cherif. Reportage exclusif.

A Gao, au nord du Mali

Plusieurs notables du nord du Mali sont là, et notamment le patriarche de Kidal, l’honorable Intala Ag Attaher, chef des Touaregs Iforas. Ils sont tous réunis dans l’enceinte du gouvernement de Gao, pour l’investiture du président du Conseil transitoire de leur nouvel Etat, l’Azawad, sous contrôle du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

Bilal Ag Cherif, la quarantaine, s’exprime en langue locale, le tamasheq. « Messieurs les membres du Conseil et du gouvernement, nous vous saluons tous, commence-t-il. Certains d’entre vous sont venus de loin. Pardon, et merci pour tous ces efforts. »

« Apatrides depuis 50 ans »

Sous les youyous des femmes targuies, Bilal Ag Cherif proclame l’indépendance du peuple de l’Azawad, qui est selon lui « l’expression de la victoire d’un combat de libération engagé depuis plus d’un siècle ».

Un jour particulier, notamment pour le secrétaire général de la présidence du Conseil, « parce que c’est le devenir d’un peuple qui est abattu, anéanti dans son fond intérieur, apatride depuis plus de 50 ans, qui aujourd’hui se voit conquis son territoire sans aucune exclusion ».

Boycott des habitants de Gao

Au cours de la cérémonie, les 28 membres du nouveau gouvernement sont présentés au public. Nina Wallet Intalou, la seule femme de l’équipe, se réjouit. « C’est une très belle impression, confie-t-elle. C’est une fierté pour moi et pour tout l’Azawad. Vive l’Azawad. Je suis très heureuse aujourd’hui. »

Cette investiture s’est déroulée en l’absence de deux autres mouvements armés, à savoir Ansar Dine et le Mujao, ainsi que les habitants de la cité de Gao, qui l’ont boycottée.

RFI, le 19 Juin 2012


Ansar Dine accepte de négocier, la médiation ne veut pas d’Aqmi

Le groupe islamiste Ansar Dine, qui contrôle avec d’autres mouvements armés le nord du Mali, s’est dit lundi prêt à négocier avec la médiation conduite par le Burkina Faso, qui lui a demandé de rompre avec les « terroristes » d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

« Nous acceptons la médiation du Burkina Faso, nous empruntons la voie de cette négociation », a affirmé devant la presse Cheick Ag Wissa, porte-parole d’une délégation d’Ansar Dine, selon ses propos en tamasheq (langue touareg) traduits par un conseiller du président burkinabè.

Il s’exprimait à l’issue du premier entretien entre Ansar Dine et le président Compaoré, médiateur de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), au palais présidentiel à Ouagadougou.

« La délégation d’Ansar Dine a manifesté sa disponibilité à s’engager dans la voie de recherche (d’une) solution politique négociée à cette crise, sous la médiation » de Blaise Compaoré, a confirmé le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé.

Mais le ministre a estimé que le groupe islamiste, qui veut imposer la charia (loi islamique) dans tout le Mali et est en position de force dans le Nord avec son allié jihadiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), doit « clarifier (ses) positions ».

Il faut que ce groupe « inscrive son action dans la revendication touareg, (…) bien sûr à l’exclusion de toute alliance opérationnelle avec des groupes terroristes », a souligné M. Bassolé.

« Nous avons aujourd’hui le devoir de clarifier les choses. En tout état de cause, nous avons le devoir de nous acheminer tous ensemble vers une solution globale négociée de paix », a-t-il insisté.

M. Compaoré avait rencontré le 9 juin une délégation de rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui s’était aussi déclarée « disponible » pour des négociations de paix.

Dans la foulée d’un putsch le 22 mars à Bamako, l’immense région désertique du nord du Mali est tombée aux mains du MNLA et surtout d’Ansar Dine et d’Aqmi, mouvance jihadiste qui commet des rapts, en particulier d’Occidentaux, dans le Sahel.

AFP, OUAGADOUGOU – le 18 Juin 2012