Partager


Qui l’eût cru, la classique marche de l’Association pour la Défense des Victimes de la Répression (ADVR) de l’hôpital Gabriel Touré au Carré des Martyrs sans caméra de l’ORTM ? C’est ce qui est arrivé ce jeudi 22 mars 2007, 16e anniversaire du vendredi noir.

La marche prévue à cet effet a débuté à 8 heures 30 minutes contrairement aux autres années sans atteindre une grande affluence.
Les organisateurs voulaient se retrouver avec le ministre du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées, Djibril Tangara au cimetière à 9 heures 30 minutes. Ce dernier étant présentement en déplacement était représenté par Mme la ministre de la Santé.

Malheureusement, le cortège est arrivé au cimetière ne trouvant ni le ministre, ni un quelconque journaliste de l’ORTM à plus forte raison une caméra.
Toute l’assistance était indignée. Des personnalités habituées à cette manifestation dont Mme Sy Kadiatou Sow, le Pr. Ali Nouhoum Diallo, député et non moins ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, Me Amidou Diabaté, entre autres, au président de l’ADVR, Amadou Diawara et son équipe aux nombreux militants de l’AMS-UNEEM avec à leur tête, le secrétaire général Abdoulaye Fofana sans compter l’agitation des jeunes militants de l’AEEM.

La présence de la centaine de policiers n’a pas entamé la détermination des marcheurs qui, après concertation de leurs dirigeants, ont décidé de marcher sur l’ORTM pour protester contre la banalisation de la semaine des martyrs. A 100 mètres de ce lieu, un bon cordon de policiers s’est interposé et a tenté de barrer la route aux marcheurs.

C’est en ce moment qu’une nouvelle concertation a eu lieu entre policiers et marcheurs.
Finalement une délégation de trois personnes (Amadou Diawara de l’ADVR ; Abdoulaye Fofana de l’AMS-UNEEM et Djiguiba Keïta PPR de l’AMS-UNEEM) a été constituée pour aller à la rencontre des responsables de l’ORTM et leur faire savoir la désapprobation et l’indignation de toutes les victimes de la révolution du 26 mars 1991. Au même moment, le Directeur de la télévision nationale, Manga Dembélé, est venu à la rencontre des émissaires en donnant droit à toutes leurs exigences : un journaliste et une camera.

Tous les marcheurs sont retournés sur leurs pas, cette fois-ci avec la télévision nationale. Ils venaient une fois de plus de remporter une victoire éclatante. Selon le secrétaire général de l’AMS-UNEEM, Abdoulaye Fofana « cette descente sur l’ORTM avait pour but de mettre l’accent sur les actes de sabotage du gouvernement tendant à banaliser la semaine des martyrs« .

En d’autres termes, ajouta-t-il, cette semaine des martyrs sera commémorée chaque année par les acteurs fidèles aux idéaux du 26 mars 1991 avec ou sans la participation du gouvernement.

Le secrétaire général de l’AMS-UNEEM soutient également que « les acteurs du mouvement démocratique doivent rompre avec l’hypocrisie ; respecter l’esprit des lois qui instituent la semaine des martyrs comme la mise du drapeau en berne lors de ladite semaine par exemple« .

Pour le président de l’ADVR, Amadou Diawara cet anniversaire doit être placé sous le signe « de la paix et de l’égalité entre les Maliens« . D’un air agacé, il a en outre déclaré que tous les maliens doivent être traités sur le même pied d’égalité.

« La démocratie exige toujours une diversité, tout le monde ne peut pas être du même côté » a-t-il déclaré en réplique à l’esprit de partialité de la Direction de l’ORTM.

Quant à Mme Kéïta Oumou Diarra, ancienne membre de l’AEEM en 1991, elle dira ceci : « nous ne devons jamais oublier les morts du 26 mars car ils sont morts pour le pays. En aucune manière, ils ne doivent être mis dans les oubliettes« .

Ces différentes impressions recueillies auprès des acteurs mêmes du mouvement démocratique traduisent aujourd’hui le sentiment général des Maliens qui sont prêts à barrer la route à quiconque tenterait de banaliser le 26 mars 1991.

L’anniversaire du « vendredi noir » qu’on tente de banaliser aujourd’hui constitue pourtant tout un symbole dans l’avènement de la démocratie au Mali. C’est en effet ce jour, vendredi 22 mars 1991, que les tueries ont atteint leur paroxysme faisant plus de trois cent morts.

C’est ce jour aussi que les jeunes ont accepté de se sacrifier, exposant leurs poitrines aux balles, suivis de leurs mères.

Birama Fall

23 mars 2007.