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La longue, difficile et complexe existence de l’UNEEM est jalonnée de deux types d’années : années tranquilles de préparation des examens et années chaudes ou années de braises. Les années de braises sont celles de flux, de grandes offensives, de vastes et profondes mobilisations contre l’autocratie, par ceux du 22 février 1974 qu’ils ne voulaient être que des « cadres techniquement valables et politiquement mûrs ».

Ces années de braises ont la particularité de concentrer en elles de manière profonde et d’exprimer, de façon populaire, les revendications du mouvement, d’étaler au grand jour ses capacités d’organisation et de mobilisation et, enfin de révéler son caractère de masse. Ces années constituent donc des repères et des jalons de la lutte d’une fraction de notre peuple laborieux contre l’autocratie du général Moussa Traoré.

La longue difficile et complexe existence de l’UNEEM

En fin janvier 1977, le CMLN promulgue le décret qui stipule que : l’accès à toutes les écoles supérieures se fera désormais sur concours direct et sur concours professionnels ouverts aux bacheliers de l’années en cours et aux travailleurs remplissant les conditions requises. Les bourses pour l’extérieur seront distribuées dans ce cadre.

Dès lors, les rumeurs persistantes de grève se font jouir et s’amplifient contre cette décision anti-populaire. Pour contrer, ces rumeurs, Moustaphe Soumaré, de l’Education Nationale, flanqué du tristement célèbre Tiékoro Bagayoko, Directeur général des services de Sécurité, convoqua tous les secrétaires généraux des comités scolaires de Bamako pour expliquer la position du gouvernement. C’était le 1er février 1977 à l’ENA.

Ainsi, des commissions de contact et de sensibilisation sont crées par les scolaires en direction de l’UNTM, du SNEC, de l’UNFM… Ces comités échouent devant l’intransigeance de la partie gouvernementale.

Le lundi 7 février 1977, les lycéens déclenchent la grève, qui fut aussitôt généralisée par le comité Directeur de l’UNEEM. Il y a eut des arrestations massives et quelques affrontements.

Paniqué par la menace de l’Ambassadeur de France de faire annuler la visite d’Etat de Valery Giscard fixée au 13 février 1977 en l’absence d’un « climat politique serein », le régime militaire accepta de négocier avec une délégation du comité Directeur de l’UNEEM, le mercredi 9 février dans la salle des spectacles du stade Omnisports.

En présence des délégués des organisations dites de masse (UNTM, UNFM, APE), un consensus est signé entre le mouvement scolaire et le régime militaire. Ce dernier, pour la première fois, depuis son avènement à la suite du coup d’Etat du 19 novembre 1968, est contraint de négocier et de faire des concessions à un mouvement social.

Il n’était certes pas sincère (cherchant plutôt à gagner du temps pour ne pas compromettre la visite du chef de l’Etat français), mais il a admis au terme du consensus signé, le principe de « consultations ultérieures pour réexaminer le décret dans l’intérêt de l’école malienne et de la nation toute entière ».

Après la rupture des accords du 9 février sur la fausse promesse de révision du décret sur les concours, l’UNEEM déclenche la grève le 22 avril autour de la plate-forme suivante : suppression de concours d’entrée dans l’enseignement supérieur, suppression du tronc commun, reconnaissance de l’UNEEM et libération inconditionnelle et immédiate de Boniface Diarra.

Le 23 avril par décret n°72/PG-RM, le CMLN décide de fermer les écoles supérieures jusqu’à nouvel ordre. Le ministre de la Jeunesse, Hamane Touré assurant l’intérim de celui de l’Education, arrête la dissolution du comité Directeur de l’UNEEM et suspend les bourses et allocations des étudiants.

Il a souhaité en vain la collaboration des bureaux de base des établissements secondaires, techniques et professionnels pour sauver l’école malienne. Le 25 avril, l’armée occupait les établissements scolaires alors que la police protégeait les écoles fondamentales.

Lundi 9 mai 1977, l’UNEEM organise la première marche populaire contre le régime militaire. En dépit de l’interdiction de la manifestation par les autorités et du déploiement subséquent de l’impressionnant dispositif de répression du régime (armée, gendarmerie, police, garde républicaine) un cortège non moins impressionnant de marcheurs s’ébranla du stade Omnisports vers le ministère de l’Education.

Des Jeeps et autres véhicules s’enfoncèrent dans le cortège. Des blessés, il y en a eu un grand nombre. Le personnel soignant de l’hôpital Gabriel Touré avait reçu l’ordre ferme de ne prodiguer quelque soin que ce soit aux blessés. Cet ordre ne fut levé que face à la menace de grève du syndicat de la santé. Il y a eu également beaucoup d’arrestations.

Dès lors, la radicalisation du mouvement, à travers sa politisation, était désormais une réalité. Ce jour là, les marcheurs ont scandé des mots d’ordre et des solgans contre les dictateurs aux petits pieds du CLMN « A bas le Comité Militaire » et « A bas Moussa Traoré ! » Et même « Vive Modibo Kéïta »

Toutes ces tourmentes ont été couronnées par l’enlèvement et l’assassinat de Abdoul Karim Camara dit Cabral, et à la disparition de l’UNEEM.

Moussa TOURE

Source : “Bâtissons la mémoire du Mali Démocratique”

17 mars 2006.