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De l’avis de nombreux Maliens, la décision des autorités de « mettre en congé les structures de l’enseignement supérieur », synonyme d’année blanche dans certaines Facultés est un complot du gouvernement et du Cen-Snesup contre les étudiants.

Les autorités doivent faire preuve de responsabilité pour que le scénario de grève à répétition de cette année ne se répète l’année prochaine. C’est la deuxième fois dans l’histoire du Mali pluraliste, qu’une année universitaire est décrétée blanche par les autorités. En 1994, quand les mouvements estudiantins battaient son plein, le Premier ministre d’alors, Ibrahim Boubacar Kéita, prenait la responsabilité de fermer les établissements secondaires et supérieurs. Cette décision avait permis aux autorités de contrôler les mouvements et de ramener l’accalmie dans le pays.

Entre 1994 et 2011, dix-huit années se sont écoulées. Après l’ouverture des écoles, les enseignants quel que soit le niveau (fondamental, secondaire, supérieur) avaient changé de fusil d’épaule. Les grèves à répétition ou illimitées avaient cédé la place au dialogue. Malgré les divergences de vue dans les négociations, les enseignants restaient tout de même en classe. Il n’était pas question de grève illimitée. « Nous avions toujours cru que seul le dialogue est le meilleur moyen pour arriver à un compromis.

C’est pourquoi les grèves n’étaient pas notre arme favorite. On se souciait plus de l’éducation et de l’avenir de l’école », disait un professeur de l’EN Sup à la retraite. En son temps, les grèves étaient en général décrétées par l’AEEM qui, des années durant, avait obligé le gouvernement à adopter des années tronquées, facultatives et blanches au point que l’Etat malien était passé maître de « l’art de sauver l’année ».

Depuis l’arrivée d’ATT au pouvoir, la donne a changé, ce n’est plus les étudiants qui grèvent. « L’AEEM a dit qu’elle revendique en étant en classe, donc fait preuve de maturité ». La maturité des étudiants a été confirmée. Marche pour la reprise des cours, nonobstant le non-paiement des trousseaux et des 9 mois de bourses au titre de l’année 2010-2011, jadis cause de grands mouvements suivis de casses. Le secrétaire général de l’AEEM, Hammadoun Touré, joint au téléphone a dénoncé l’attitude des enseignants et du gouvernement sur la gestion de la crise scolaire. « Nous sommes victimes de leurs agissements.

Chacun essaye d’accuser l’autre », cogne-t-il. Les dindons de la farce L’élection d’Abdou Mallé à la tête du Snesup a radicalisé les positions des professeurs. Connu pour son franc-parler, M. Mallé a réchauffé les anciennes revendications que son prédécesseur avait déposées sur la table des autorités. Pis ou mieux, il a rajouté d’autres doléances que l’Etat s’est dit incapable de satisfaire. Tant et si bien que les différents rounds de négociations entre les syndicats et le gouvernement ne se faisaient pas à cœur ouvert.

Chaque partie accusait l’autre de mauvaise volonté. Les enseignants accusaient les négociateurs du gouvernement de les rouler dans la farine. Tandis que les seconds traitaient leurs vis-à-vis de monter la surenchère avec des grèves illimitées à répétition avec les conséquences incalculables. C’est ce jeu de ping-pong qui a fini par contraindre l’implication des plus hautes autorités à trouver momentanément des points d’accord aux revendications. Toutes choses qui avaient permis aux enseignants de mettre un peu d’eau dans leur vin avec la suspension du mot d’ordre de grève illimitée.

Cette trêve n’a été que de courte durée, le gouvernement n’ayant pas honoré les promesses faites, a réveillé les vieux démons. Le Cen-Snesup mobilise une fois de plus sa troupe et décrète pour la seconde fois en deux ans la grève illimitée. Ce « complot » du gouvernement et des enseignants contre les étudiants a eu comme conséquence une année tronquée en 2009-2010 (les étudiants n’ont fait que plus de 4 mois de cours) et blanche pour cette année 2010-2011 (exceptés la FSJP et l’IUG).

Il faut dire que malgré la volonté du Cen-Snesup de sauver l’année en cours, techniquement il est difficile, voire impossible d’épuiser le programme universitaire 2010-2011. Les étudiants n’ayant fait que deux mois de cours magistraux, la mise en congé des étudiants et le démarrage des cours en octobre prochain pourrait être une solution palliative aux années tronquées si seulement le gouvernement se montre responsable en appliquant le protocole qu’il a signé avec le Cen-Snesup. Apparemment, le gouvernement semble décidé à aller dans ce sens. « Il faut que l’on arrête de continuer avec les années tronquées. 85 % des étudiants n’ont pas repris les cours.

Comment sauver une année qui a à peine deux cours en neuf mois sur dix ? » a récemment interrogé la ministre Ginette Bellegarde. Le SG du Snesup, Abdou Mallé, a averti qu’à chaque fois que les autorités font preuve de mauvaise foi dans l’application des protocoles d’accord signés, qu’ils « vont réagir avec la manière ». Le gouvernement de Mariam Kaïdama Sidibé, doit faire preuve de réalisme pour que l’année 2011-2012 ne soit encore émaillée de grèves venant des enseignants. Il y va de l’avenir du Mali.

Amadou Sidibé

20 Juillet 2011.