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En dépit de l’adoption d’un statut de l’opposition, la démocratie n’a pas retrouvé ses marques, encore moins la voie de la tranquillité. Pire, elle est entrée dans une zone de fortes turbulences, des élections du 13 avril 1997 à la présidentielle du 29 avril 2007. C’est dire que les relations entre la majorité (ADP) et l’opposition (FDR), loin d’être une affaire de textes, sont et demeurent plutôt une affaire de com­portement psychologique…

Pour rappel, l’avène­ment de la dernière campagne pour l’élection présidentielle a donné lieu à la création de deux regroupements politiques : d’un côté, l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP), dont l’objectif était d’assurer la réélection du Président de la République, Amadou Toumani Touré,et lui donner une majorité confortable à l’Assemblée nationale, afin de lui permettre d’exécuter, à bon escient, son Programme de Développement Economique et Social (PDES) ; et d’autre part, le Front pour la Démocratie et le Renouveau (FDR), un autre regroupement politique qui ambitionne de faire « l’alternance et le changement« .

En effet, les responsa­bles du FDR, notamment son président Ibrahim Boubacar Kéïta, Tiébilé Dramé, Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise… semblaient plus remontés contre le pouvoir d’ATT, que de respecter les textes qui régissent l’Opposition. Aussi s’étaient-ils livrés à des campagnes d’intoxi­cation et de dénigrement contre la mouvance présidentielle et le système de gestion du pouvoir Des attitudes qui étaient décriées par une bonne frange de la population qui les qualifiait non seulement « d’inappropriées pour des opposants« , mais s’attendait surtout à une réaction du chef de l’Etat.

Mais ce dernier a su se maîtriser, comme pour déjouer le piège du FDR qui consistait à induire le pouvoir en erreur. Ainsi, bien des citoyens s’interrogent sur l’attitude des responsables du FDR. Igno­raient-ils que le statut de l’opposition implique des droits et devoirs? Ou ont-ils agi délibérément?

Que dit le statut de l’opposition?

Le statut de l’Opposition sous-entend l’ensemble des règles régissant les droits et devoirs de l’opposition, considérés comme un maillon essentiel du jeu démocratique et républicain. Qu’elle soit écrite ou coutumière, tout Etat est régi par une Constitution, de même que toute démocratie pluraliste doit avoir un statut de l’opposition, fut-il coutumier, érigé en plusieurs textes (constitution, règlement intérieur de l’Assemblée nationale, autres lois), ou consigné dans un document écrit et unique. Ainsi, s’agissant de notre pays, le statut de l’opposition malienne est reconnu dans la loi n°95-073 du 15 septembre 1996. Ce texte fondamental comprend 3 chapitres et 13 articles.

L’article 1er qui définit la loi contient aussi le devoir le plus important de l’opposition : « agir dans le cadre des lois et règlements, mais appliquer les décisions après l’épuisement des procédures« . Cet article est complété par les articles 3 et 4 consacrés spécialement aux devoirs de l’opposition. En effet, selon ces deux articles, l’opposition malienne à le devoir : « de contribuer au développe­ment de l’esprit démocratique, de respecter les intérêts supérieurs de la nation, de cultiver la non-violence comme forme d’expression, et l’esprit républicain, par le respect de la régie de la majorité, de suivre et de critiquer, de façon constructive et objective, l’action gouvernementale« .

Quant à l’article 2, il contient la définition de l’opposition. D’après cet article, on entend, par opposition politique, un ou plusieurs partis distincts du parti ou de la coalition des partis politiques constituant le Gouvernement ou soutenant l’action gouvernementale.

A la lumière des turbulences orchestrées par le FDR, lors des élections généra­les de 2007, on est en droit de dire que les contestations des résultats dès élections, par ledit regroupement politique, se font en dehors de toute norme légale, sinon en violation des textes. Selon certains observateurs, cette situation est due au faible niveau d’éducation politique, en général.

Aussi, la nécessité d’une véritable campagne d’éducation des leaders politiques s’impose, afin qu’ils réalisent qu’au lieu d’être des ennemis politiques, majorité et opposition sont, avant tout, des partenaires. Et que leurs relations doivent être régies par des principes basés sur le respect mutuel.

L’opposition malienne doit surtout comprendre qu’une hostilité manifeste envers le pouvoir n’intéresse pas le peuple, qui n’aspire qu’à la satisfaction de ses préoccupations essentielles : la santé, l’éducation, la lutte contre la pauvreté, l’auto- suffisance alimentaire, le pouvoir d’achat, le bien-être…

Moussa Touré

09 août 2007.