Partager

L’élection d’IBK à la magistrature suprême va désormais consacrer la naissance d’une opposition sur l’échiquier politique malien. Cette opposition sans risque de se tromper sera animée par le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République (FDR). Et la Place Sakaly est là pour accueillir les militants du front. Comme au bon vieux temps du Collectif des partis politiques de l’opposition.

Durant les dix ans du régime d’ATT, la démocratie malienne est restée sans opposition. Aucun des partis politiques n’a voulu aller dans l’opposition. Et cela était le souhait du maître des céans, le général Amadou Toumani Touré qui voulait satisfaire les appétits gloutons et voraces d’une classe politique aux abois. Cette main tendue du général président est tombée dans les rangs du Collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO) comme une aubaine.

Les principaux animateurs du COPPO toujours en vie à savoir Me Mountaga Tall (CNID), Choguel Kokala Maïga (MPR) et Oumar Hamadoun Dicko (PSP), qui venaient de vivre les affres de l’opposition, ont vite fait de répondre au premier appel du général président pour rejoindre ses rangs. Quel opportunisme politique ! L’ancienne majorité, l’ADEMA, n’est pas restée en marge. Elle a déposé armes et bagages chez ATT.
Donc, la hantise de l’animation d’une opposition politique a tué la démocratie malienne au vu et au su des soit disant démocrates sincères et patriotes convaincus. Et la suite, on la connaît. La démocratie exemplaire a été renversée par un coup d’Etat militaire le 22 mars 2012.

A la suite des élections bâclées du 13 avril 1997 (d’ailleurs annulées par la Cour Constitutionnelle), la grande majorité des partis politiques de l’époque ont souverainement décidé de boycotter le processus électoral. Leurs griefs : il n’y avait pas de fichier électoral, ni de listes électorales fiables. Les dirigeants des partis de l’opposition se sont regroupés au sein du Collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO), dirigé par feu Almamy Sylla, président du RDP, pour contester le hold-up électoral planifié par le régime ADEMA.
La tension politique est devenue encore plus vive avec la tenue de la présidentielle du 11 mai de la même année. Ce scrutin a finalement opposé deux candidats : le président sortant Alpha Oumar Konaré et le fugitif du COPPO, feu Mamadou Maribatrou Diaby de l’UFDP, juste pour légitimer la réélection de Alpha.

De marches aux meetings en passant par les sit-in, les leaders du COPPO et leurs militants ont rendu la vie difficile au pouvoir en place. Et aujourd’hui, quand on parle du COPPO, on se souvient de la Place Sakaly. Elle servait de lieu de ralliement des militants du COPPO. Tout partait de cette place, située à Médina-Coura en commune II.
Et si aujourd’hui, le FDR entend jouer le rôle de l’opposition dans le landerneau politique malien, la Place Sakaly est là pour servir de lieu de rassemblement à ses militants. Mais à condition que les ténors du FDR prennent conseils auprès des derniers survivants de la Place Sakaly : Me Mountaga Tall, Choguel K. Maïga, Oumar Hamadou Dicko, etc. qui ont annihilé de gaz lacrymogènes et crû souvent à l’agilité de leurs jambes face l’arrivée des forces de l’ordre.

Le Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et la République (FDR), constitué de délinquants financiers, pourra- t-il bien animer la Place Sakaly à l’image du COPPO dont les responsables étaient convaincus d’un idéal : sauver la démocratie malienne ?

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 19 Août 2013