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Lieutenant colonel Souleymane Maïga, Dirpa : «Nous nous étonnons du silence assourdissant de la communauté internationale face aux exactions teintées de racisme»

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Les tensions entre les bandits armés qui tiennent en otage la ville de Kidal, sous l’œil bienveillant des forces étrangères « amies » du Mali, et l’armée nationale, se sont traduites par des combats ce mercredi 5 juin, avec pour finalité, la reprise de la localité d’Anefis par nos forces armées et de sécurité. Entretien avec le directeur de la Direction de l’Information et des Relations Publiques des Armées.

Afribone : Quelle est le dernier bilan des combats entre l’armée et le Mnla à Anefis ?

Lt/col Souleymane Maïga : Il y a eu une trentaine de morts du côté des combattants du mnla. Quatre véhicules équipés de 12-7 ont été capturés par nous. Un véhicule a également été brûlé au cours des affrontements.

De notre côté, nous avons enregistré deux blessés légers et un véhicule légèrement endommagé.

Est-ce une mine qui a endommagé ce véhicule ?

Non pas une mine ! C’est une petite panne sur ce véhicule.
Des informations font état d’une avancée de l’armée jusqu’à près d’une quarantaine de kilomètres de Kidal. Est-ce que vous confirmez cela ?
Je ne peux pas confirmer cette information. Une équipe [de la Dirpa, Ndlr] accompagne le détachement de l’armée à Anefis.

Quel est l’objectif final de l’opération lancée ce 5 mai 2013 ?

L’objectif final est de protéger les populations contre les violences qu’exercent des groupes armés. Depuis un certain temps, l’armée avait reçu les instructions pour se déployer dans la ville [de Kidal] mais le commandement a observé une pause pour donner une chance au dialogue en cours avec les autorités politiques.
Malheureusement, ces derniers jours, le comportement du Mnla vis-à-vis de la population a convaincu le commandement de la nécessité de poursuivre le déploiement sur l’ensemble du territoire national.

Pour le moment, à Anefis, il y a une pause opérationnelle en vue de renforcer notre position. Si les conditions sont favorables et si l’environnement l’est aussi, l’objectif est de continuer sur tout le reste de la région de Kidal, et cela, le plus tôt possible. Pour le moment, il s’agit d’observer une pause afin de renforcer le dispositif à Anefis.

Est-ce qu’on sait, si le Mnla, dans sa fuite, est allé loin d’Anefis ou s’est-il simplement retranché à quelques kilomètres autour de la bourgade ?

Les informations qui nous parviennent laissent entendre que le groupe est en débandade. Certains d’entre eux ont effectivement rejoint Kidal, d’autres se sont éparpillés dans la nature. Bien évidement, s’ils sont cachés quelque part, ils seront délogés parce que nos troupes vont faire un contrôle de zone dans tout le secteur.

Les populations noires sont suffisamment soumises à des exactions, des violences : on les pille, on les déporte. Aujourd’hui [Ndlr : le 5 juin] à Kidal, cinq boutiques appartenant à des sonrhaïs ont été saccagées par des éléments favorables au Mnla. Ils ont procédé à de nombreuses arrestations à Kidal mais aussi à Tessalit ces derniers temps. Les populations dans ces villes sont, en majorité, pour la République.
Cette situation ne peut pas continuer éternellement, raison pour laquelle nous nous étonnons du silence assourdissant de la communauté internationale par rapport à ces exactions teintées de racisme.

Les organisations humanitaires telles qu’Amnesty International et Human Right Wash, qui sont promptes à dénoncer les soi-disantes violences de l’armée malienne, n’ont jamais dénoncé ces faits, ne serait-ce que pour la forme alors que ces actes du mnla doivent être condamnés par tous les démocrates du monde ! Seule la France a fait entendre sa voix en demandant aux groupes armés de désarmer.

Nous estimons que le Mali, en tant qu’Etat démocratique, doit bénéficier du soutien de la communauté internationale parce qu’il s’agit pour l’armée malienne, de recouvrer l’intégrité du territoire, de protéger les populations et de favoriser le retour de la paix et de la sécurité dans toutes les régions. Que des groupes armés soient amenés à punir la population nous ramène en arrière.

Combien de personnes ont été concernées par le récent refoulement de populations noires de Kidal vers Gao ?

Il en a été dénombré une vingtaine mais des informations indiquent que deux à trois camions devaient arriver avant-hier à Gao en provenance de Kidal. Au-delà de ce nombre, des personnes ayant subies les excès sont certainement dans la nature.

Quel est le traitement qui leur a été infligé au moment de leur rafle avant de les obliger à embarquer pour Gao ?

Ils ont été bastonnés, certains ont été dépouillés de leurs biens. Des personnes ont été menacées avec une arme. Pour le moment, nous n’avons pas vu de corps mais les informations qui nous parviennent sont très alarmantes par rapport à la situation. Il y a vraiment danger en la demeure puisque, si nous continuons comme ça, nous risquons d’assister à un conflit intercommunautaire dans cette région.

Il est impératif que l’ordre règne sur cette partie du territoire.
Il faut donc que la communauté internationale apporte son soutien à l’armée afin de procurer la paix et la sécurité à la population et que les militaires puissent retourner dans les casernes.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly

AFRIBONE | 6 juin 2013