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Le Mali possède un ami français qui ne cesse de prêcher «la réalité touareg». André Bourgeot, il s’agit de lui, chercheur au Centre National pour la Recherche Scientifique (CNRS) séjourne à Bamako depuis le 1er octobre 2013 où il est sollicité pour de conférences sur les enjeux des rébellions récurrentes dans le nord du pays.

jpg_une-2242.jpgDepuis janvier 2012, la démocratie malienne est à la croisée des chemins, malmenée par une rébellion dans le nord et un coup d’Etat militaire intervenu le 22 mars de la même année. Si l’élection présidentielle du 11 août dernier a mis entre parenthèse la crise institutionnelle liée au putsch, le défi de la crise sécuritaire dans le septentrion reste entier.

Les maliens aspirent à une paix globale et définitive. Mais comment y parvenir ? La question est au centre de plusieurs débats, comme celui du «Forum civique», le 19 octobre, dont le thème était «Rébellions touaregs : enjeux et perspectives».

«Il nous faut une alternative [face la crise, Ndlr]», a insisté le Pr. Issa N’Diaye, président de ladite association politique. Pour la connaissance des enjeux, l’animateur de la conférence est un expert. «C’est une crise systémique liée à la situation économique au niveau international», a indiqué André Bourgeot. Mais pour les perspectives, le chercheur pense que c’est de la responsabilité exclusive des maliens de les dégager, «soucieux de l’intégrité territoriale et de ses rapports à la démocratie».

L’intervention militaire française visant à extraire les terroristes basés dans le nord du Mali avait fait du président français François Hollande un messie au sein de l’opinion publique malienne. Cette estime semble être mise à rude épreuve face à l’ambigüité de l’Etat français vis-à-vis des rebelles du mouvement national de libération de l’azawad (mnla) qui occupe à présent la région de Kidal.

«L’immense majorité des sociétés touaregs ne sont pas favorables au Mnla. Ce groupe ne représente que lui-même, il ne représente pas l’ensemble des sociétés touaregs, encore moins l’ensemble des populations dans le septentrion malien. Donc, pas de perspective politique pour eux», a souligné l’anthropologue français.

Des divisions «qui répondent à des intérêts particuliers»

A la différence du chef de l’Etat français, le chercheur garde sa notoriété intacte au sein de l’intelligentsia malienne. En témoigne les sollicitations dont il fait l’objet pour des conférences. Il est à Bamako depuis le 1er octobre pour un énième séjour. Après avoir participé au treizième forum de Bamako en février dernier, il est annoncé à Bamako au premier trimestre de 2014, invité par le même groupement d’intellectuels maliens. L’homme a contribué à plusieurs ouvrages dont «Le Mali entre doutes et espoirs, réflexions sur la nation à l’épreuve de la crise du nord» édité par les éditions Tombouctou dont les responsables le sollicitent dans le cadre de débats contradictoires.

Fidèle à sa ligne face à la rébellion depuis le début de la crise, Bourgeot aura porté la «voix malienne» à un moment où la diplomatie malienne était presqu’inaudible. Sa connaissance des sociétés touaregs est fondée sur une série de recherches de terrain au Sahara depuis 1963 contrairement à beaucoup de pseudos spécialistes qui propagent abondamment des thèses sans fondements sur les ondes étrangères. André Bourgeot a consacré plusieurs de ses recherches sur les Kel tamasheq algériens, ainsi que ceux du septentrion nigérien et malien dans une approche d’anthropologie politique combinée avec une approche géopolitique sur l’ensemble de l’espace Sahélo-saharien. Depuis des années, les occidentaux y compris les chercheurs sont interdits de séjour par leurs chancelleries, dans le nord du Mali. Cependant, la dernière visite de Bourgeot dans la région de Kidal, fief des touaregs, est encore récente puisqu’elle ne date que de 2009. «Il n’y a pas une mais des sociétés touaregs, avec autant de divisions qui répondent à des intérêts particuliers», a souligné l’anthropologue.

«Les décisions à venir doivent être accompagnées d’un mouvement citoyen pour aider à la mise en place d’institutions fortes. On ne peut pas parler d’autorité à travers une personne, à travers le président. Si les institutions ne deviennent pas des institutions fortes, ce sera dangereux pour la démocratie», a-t-il tenu à souligner. «Les rébellions ont des capacités de nuisance mais, de 1916 à aujourd’hui, aucune n’a abouti à quelque chose de constructif à cause des dynamiques de leurs systèmes politiques qui, en définitive, ne va pas dans le sens de la construction d’une nouvelle société», explique le chercheur.

André Bourgeot donne ainsi une leçon de courage depuis bien des années. Un exemple à suivre donc si nous voulons que ce pays reste uni et reprenne sa marche en avant.

Chapeau bas, Monsieur Bourgeot !

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 22 Octobre 2013