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La rage au cœur, cet ancien capitaine de l’armée régulière libérienne sous Samuel Doe a cessé de connaitre la joie depuis que des groupes armés ont pris possession des régions nord du Mali. Drissa Coulibaly, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est d’origine malienne. Il a été recruté dans l’armée libérienne en 1982 et a pris part aux conflits armés qui ont déchiré ce pays en 1989. Après la mort de Samuel Doe, il s’engage dans l’ULIMO avec d’autres nostalgiques de son régime aux côtés d’Al Hadj Koroma. Il a combattu en Sierra Léone, en Guinée, au Soudan et au Tchad. Il est connu pour avoir, il y a de cela deux mois, mis en déroute une attaque du MNLA à Koro. C’est encore lui et des militaires de l’opération Badenko, du colonel Didier Dacko, qui sont allés chasser les islamistes de Douentza. L’ancien militaire libérien dit avoir une centaine d’éléments, tous d’anciens combattants d’origine malienne, prêts à combattre aux côtés de l’armée nationale.

Drissa Coulibaly est le fils de Zoumana et de Korotoumou Diakité, tous deux domiciliés à Banankabougou. En sa qualité de mécanicien, il s’exila au Libéria considéré à l’époque comme un eldorado pour la jeunesse malienne. Et ne tarda pas à avoir ses entrées au sein du ministère de la défense. Il fut amené à dépanner beaucoup de véhicules militaires. Il a été souvent introduit au palais pour dépanner certains véhicules dont celui du président Samuel Doe. Sa maitrise de la mécanique le rapprocha davantage du président libérien qui lui proposa de s’enrôler dans son armée.

Une opportunité que le jeune aventurier ne laissa pas échapper. En 1982, il fut recruté par l’armée libérienne. Quatre ans après, il fera partie d’un contingent libérien envoyé en Israël pour deux années de formation militaire à la demande de Samuel Doe.

Entre temps, soit au début de 1989, une guerre civile éclate au Libéria. Deux fronts s’ouvrent. L’un dirigé par Charles Taylor et l’autre par Prince Johnson. Faute de pouvoir faire face à ces deux mouvements rebelles, le président libérien fait le rappel de toutes ses troupes dont celle partie se former en Israël.

En dépit de toute sa résistance, il fut lâché par les soldats de l’ECOMOG qui le livrèrent à Prince Johnson, déclare l’ancien capitaine Drissa Coulibaly.

Les militaires fidèles à Doe, dont lui-même devenu depuis général pendant la rébellion, se retrouvent dans l’ULIMO aux côtés d’Aladji Koroma pour venger la mort de Samuel Doe. Sans succès. Ainsi s’ouvre une longue page de pérégrination pour Drissa Coulibaly. Il traine sur tous les théâtres d’opération de la Sierra Léone, en Guinée, en passant par le Tchad et le Soudan, avant de déposer ses valises sur la lagune Ebrié. Lorsque la guerre civile éclata en Côte d’Ivoire, il retourne au Mali. Il dit avoir suivi avec beaucoup d’attention ce qui se passe au nord du Mali. Au point qu’il se rend à Sévaré pour rencontrer le Commandant du théâtre d’opération Badenko, le colonel Didier Dacko. Ce dernier informé des faits d’arme de Drissa Coulibaly le met à la disposition de l’armée malienne.

Dans une lettre de recommandation en date du 24 avril 2012 aux agents des forces armées et de sécurité, le commandant du théâtre de l’opération Badenko, le colonel Didier Dacko écrit ce qui suit : « J’ai l’honneur de vous adresser la présente lettre en vue de faciliter le passage de Monsieur Drissa COULIBALY sur toute l’étendue du territoire national. L’intéressé est un de nos collaborateurs, partenaire important dans le cadre de l’opération Badenko. Le commandant du théâtre de ladite opération sait compter sur votre franche collaboration…« .

Depuis, il accompagne une patrouille de l’armée à Bankass.

Des combattants du MNLA qui avaient lancé une attaque dans la localité de Koro, sont violemment réprimés par une autre patrouille de l’armée à laquelle faisait également partie Drissa Coulibaly. Sans oublier qu’il réussit avec l’apport d’autres militaires à chasser les islamistes de Douentza.

Drissa Coulibaly est déterminé à offrir ses services à l’armée malienne. Il dit avoir à sa disposition une centaine de combattants tous des Maliens établis à l’extérieur et qui ont pris part à différents théâtres d’opération. Il réclame de la hiérarchie militaire des armes et munitions pour lui et ses combattants prêts à monter au front.

L’intervention militaire de la CEDEAO est mal perçue par notre interlocuteur. Il estime à juste titre que les forces de la Cedeao ne constituent pas une force combattante. Il dit s’inspirer du passage de la CEDEAO (ECOMOG) au Libéria et en Sierra Léone pour fonder son appréhension.

La libération du nord est avant tout l’affaire de l’armée malienne. Il en appelle à l’esprit de sagesse du président Dioncounda Traoré pour ne pas se laisser piéger par une quelconque intervention militaire extérieure.

Abdoulaye DIARRA

30 Juillet 2012