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Iyad Ag Ghaly ne veut pas de guerre au nord, oubliant qu’il est le boutefeu du conflit en cours. Il use de toutes les astuces pour gagner du temps ou pour internationaliser la guerre de réunification du Mali, sentant sa fin prochaine parce que pris entre le marteau d’Aqmi et du Mujao et l’enclume de la communauté internationale. Tel est pris qui croyait prendre.

Alors que la Cédéao n’attend plus que le feu vert de l’ONU pour déployer la force de reconquête du Nord du Mali, les terroristes d’Ançar Eddine et du MNLA font feu de tout bois pour faire barrage à cette entreprise. C’est ainsi qu’il faut analyser les déclarations des responsables ou porte-parole des deux mouvements suite à leurs rencontres avec le médiateur de la Cédéao, le président Blaise Compaoré.

Iyad Ag Ghaly, le chef omnipotent d’Ançar Eddine, a qualifié la décision des chefs d’Etat « d’erreur historique, de mauvais choix et de parti pris contre une partie des populations du Mali ».

Le Pol-Pot du Sahel, dans sa logique de propagande et de sauve-qui-peut, brandit à présent le spectre d’une guerre aux conséquences lourdes pour tous les peuples, s’évertuant à « internationaliser » la crise pour sortir de l’étau de la coalition Cédéao/Forces armées et de sécurité du Mali, qui va inexorablement se refermer sur lui et son organisation cruelle.

L’opinion nationale et internationale n’oublie pas le massacre d’Aguelhok où des populations pacifiques et hospitalières ont été tuées pour des doctrines, d’indépendance d’un Etat dont il faudrait consulter un oracle pour retrouver les origines. Par ses déclarations, Iyad et ses compères du MNLA, cherchent des portes de sortie. Mais le vin est tiré et il faudrait le boire jusqu’à la lie.

Proclamer le rejet du terrorisme est une chose, le mettre en pratique, surtout pour un homme qui en a fait son gagne-pain est une autre chose. Iyad serait-il en mesure de rompre avec le Mujao et Aqmi ? En l’état actuel de la crise, ni la Cédéao ni le Mali ne se fait d’illusion sur ce point, car les deux mouvements terroristes sont ses mamelles nourricières.

Diversion

« Ançar Eddine est un mouvement local qui n’est lié à Aqmi que par la relation de musulman à musulman », se défend Iyad Ag Ghaly. Mais pourquoi donc Ançar Eddine n’est pas lié à l’Amupi, au Haut conseil islamique ou toute autre organisation musulmane malienne qui prône les valeurs de l’islam ? La vraie raison de la liaison entre Ançar Eddine et Aqmi, et Iyad n’est pas dupe pour l’affirmer, c’est que toutes les deux organisations ont des dénominateurs communs : le terrorisme, le trafic de drogue, la prise d’otages, etc.

Dans le contexte actuel, les Maliens ne sont pas si naïfs pour prendre les déclarations d’Iyad comme une prise de distance avec ses alliés djihadistes d’hier, d’aujourd’hui et de toujours, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Les négociations à Ouaga, sous cet angle, apparaissent plutôt comme une stratégie pour gagner du temps, se préparer davantage qu’une réelle volonté de paix négociée. Il nous revient, en effet, que les djihadistes se préparent à se replier dans le désert pour passer en revue leurs capacités militaires.

Nul ne le sait encore, mais selon le site Jeune afrique.com, « l’’ensemble des groupes djihadistes représentent 4 à 6000 hommes ». La composante principale qui est Ançar Eddine regroupe environ 4000 hommes qui seraient pour la plupart des transfuges du MNLA (ce mouvement avait été chassé des villes qu’il occupait) et des déserteurs touaregs de l’armée malienne, des recrues locales.

Aqmi et le Mujao auraient dans leurs rangs environ 2000 hommes, dont 700 appartiennent aux « noyaux » de chaque organisation, c’est-à-dire, les combattants les plus fanatiques et les mieux entraînés. Le reste des combattants islamistes seraient des auxiliaires recrutés pour de l’argent. Ce seraient ces fameux Tchadiens, Soudanais et autres Français islamistes peu formés au maniement des armes.
Denis Koné

Les Echos du 14 Novembre 2012