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C’est dire que ce ne sera plus de la tarte pour Nouakchott qui n’a ni les moyens de ses ambitions, ni dorénavant la réputation de rigueur qui lui était faite avant « l’extradition » d’Oumar Sahraoui. Car l’organisation de Droukdel et les mujahidine, en général, sont patients et perspicaces. Ils savent qu’ils ont besoin de réussir juste une fois, comme s’en consolait l’IRA que Tatcher moqua après être sortie miraculeusement indemne d’un des nombreux actes de sabotages de la rébellion irlandaise. L’Algérie, en tout cas, connaît la résilience de ces salafistes. En effet, si en vingt ans, il aura tout essayé, du bâton à la carotte et que le pire est bien derrière lui, le pays de Bouteflika enregistre annuellement une bonne quinzaine de coups plus ou moins meurtriers.

Plus globalement, l’Irak et l’Afghanistan où tous les arsenaux sont déployés, démontrent, si besoin est, qu’Al Qaeda plie plus qu’elle rompt. Armements de dernière génération, quadrillage sécuritaire, systèmes d’intelligence sophistiqués systèmes de renseignement, budgets pharaoniques : rien n’y fait, les hommes de Ben Laden sont encore là, Ben Laden lui-même est peut-être là, les messages sortent des caches afghanes ou pakistanaises pour Al Jazzira. Pire, les troupes de l’Otan ont déjà franchi la barre psychologique et symbolique des deux mille morts. Pendant ce temps, les sources de financement des soldats de Dieu tarissent, certes, grâce à une police plus rigoureuse des transactions bancaires, mais la jihad, non seulement réussit à délocaliser mais à fédérer.

En Somalie, elle s’est renforcée au point de devenir le seul vrai déterminant local de la paix. Au Yémen, elle reprend du poil de la bête. Au Sahel, elle prête son prestige à un groupuscule jusqu’alors aux abois mais qui aligne les hauts faits. Invaincue donc, Al Qaeda, l’est en dépit des pertes sévères qui lui sont infligées ça et là. Pourtant, si elle est invaincue, la nébuleuse n’est pas invincible. Mais ce ne sont ni les drones ni les frappes furtives qui en viendront à bout. Son salut étant dans le mouvement, la discrétion et l’acceptation de la mort. Elle le sait et elle exploite la recette. Les menaces dents serrées de Georges Bush n’y ont rien changé, pas plus que le discours conciliant d’Obama.

Et s’ils lui permettent de faire amende honorable, les propos guerriers de Nicolas Sarkozy depuis hier, ne modifieront pas fondamentalement la donne. Parce que le président français ne peut plus s’opposer à la négociation par un pays occidental dont un ressortissant est détenu comme otage. Ensuite parce que tant que les pays sahélo-sahariens, en synergie plutôt qu’en solo, ne mesurent pas eux-mêmes la gravité du péril salafiste pour eux-mêmes d’abord et pour les autres ensuite, il n’y aura pas de réponse durable et efficace contre cet ennemi qui n’est pas l’ennemi de tout le monde.

Déverser des tonnes d’armes ne suffira pas. Les communautés, et le plus souvent des communautés pauvres, doivent être de la partie. Al Qaeda s’implantant que par la stratégie de la proximité, elle ne peut être défaite que par la même méthode. Or pour l’instant et pour ces communautés démunies que même une petite rage de dent peut tuer, la providence c’est plus Belmokhtar et Abuzeid que Bamako, Nouakchott, Niamey ou Alger.

Flintlock est donc utile mais pas sans une petite ration de semoule pour les hôtes des Emirs qui ne se laisseront pas ôter le pain de la bouche, sans contrepartie. Tamanrasset, à cet égard, peut bien être le tombeau du salafisme mais si et seulement si, à l’approche militariste, les détenteurs d’enjeu -Etats de l’espace et communauté internationale- jouent franc jeu et libèrent les moyens pour ce qui ressemblera, à tous points, à un Marshall de la sécurité de la région troublée. Car c’est aussi de là que partira la sécurité globale.

Adam Thiam

26 aout 2010