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Le partenariat Chine Afrique prend du galon dans le lexique très snobe des relations internationales. Et c’est bien pour l’égo de tout le monde. L’Afrique d’abord, parce qu’elle cache ainsi sa dispersion, son impréparation, et ses possibilités de tirer le profit optimal de ce partenariat ci, comme d’ailleurs, des autres.

La Chine aussi s’en tire à bon compte, laissant l’impression de négocier avec l’ensemble africain et s’épargnant, du coup, un juste procès, celui de travail fractionnel. Celui-ci sied aux vieux partenariats entre nos Etats et leurs anciennes métropoles, pour cause de colonialisme résiduel. Mais le langage adopté par les leaders chinois et africains est délibérément fusionnel et doit paraître exemplaire.

La Chine, pourtant, a beaucoup changé. Elle n’est plus le père Noël qu’elle avait été pour les Etats progressistes pendant la guerre froide, où elle donnait tout et à l’œil : usines clés en main, bâtiments flambant neufs, bourses scolaires en quantité.

Le capitalisme d’Etat est passé par là, et sur la table de chevet des enfants de Mao, le devis d’export a chassé le livre rouge. Ils entendent faire des affaires, prendre des parts de marché, s’enrichir de l’inertie des uns et de la très faible croissance des autres. Le péril jaune de nos souvenirs d’écolier est, désormais, dans les mains et l’énergie d’un continent industrieux. Et c’est là que la relation entre le géant asiatique et l’albatros africain paraît trop déséquilibrée pour ne pas ressembler, à terme, à l’amitié de la corde et du pendu.

L’un a les arguments d’une nation conquérante. L’autre est encore, à l’exception d’une poignée de ses pays, dans la posture d’Etats-sébiles. Cela n’a, cependant, rien d’une fatalité, l’Afrique, pouvant à travers l’Union africaine influencer les termes du partenariat stratégique naissant.

Afin que, plus que les ponts, les routes, les aménagements hydro agricoles, et le contrepoids au diktat occidental incarné surtout par les Institutions de Bretton Woods, la belle relation soit pour l’Afrique une source durable d’émulation, d’inspiration et de stimulation qui allie la croissance économique à deux chiffres et la gouvernance démocratique. Nous parlons donc d’une Afrique à inventer.


Adam Thiam

10 Février 2009