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Pour Dioncounda Traoré et camarades de l’Adéma-PASJ, les morts sont bel et bien morts, pour la simple raison que le parti ne se souvient plus de celui qui a pourtant été président de l’A.DE.MA association, et qui a participé au combat pour l’avènement de la démocratie et du multipartisme politique au Mali. Depuis sa mort en 2003, le parti de l’Abeille n’a toujours pas organisé une cérémonie en sa mémoire, en tout cas, pas officiellement.

Et même les festivités du 17eme anniversaire du parti à Kayes ont été, pour Dioncounda Traoré et camarades, une occasion de se racheter, mais qu’ils ont ratée. Feu Abderhamane Baba Touré devient-il ainsi, en politique, ce que le Père Bouvier fut pour le football malien?


Dix-sept ans, ça se fête

Les 24 et 25 Mai dernier,le peuple Adéma était à Kayes dans le cadre de la commémoration du 17 eme anniversaire du parti de l’Abeille. Conférences, meetings et manifestations folkloriques ont été les temps forts de cet anniversaire. Lors du meeting au stade Abdoulaye Macoro Sissoko, Dioncounda Traoré, s’adressant au public, a indiqué qu’à 17 ans, le parti pouvait être considéré comme ayant atteint le stade de l’adolescence.

Parlant de l’historique de son organisation politique, le président du Comité Exécutif dira qu’aux prémières heures de la démocratie, le parti a démarré par une association dénommée Alliance pour la Démocratie au Mali (A.DE.MA.) qui sera plus tard érigée en parti politique appelé Parti Africain pour la Solidarité et la Justice ( Adéma-PASJ). C’est dire que les fondateurs, qui ont toujours voulu garder le symbole de l’alliance à côté du sigle du parti, ont ainsi choisi de maintenir l’abréviation A.DE.MA., en plus du PASJ.

M. TRAORE a expliqué que l’emblème du parti -l’Abeille- n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit de l’incarnation de valeurs basées sur le travail, la solidarité et la cohésion. “Au regard de son parcours, l’Adéma-PASJ a été à hauteur de sa mission”, s’est-il réjoui.

Une autre occasion ratée

Cependant, en rappelant que le parti a démarré par une association, Dioncounda Traoré aurait pu faire d’une pierre deux coups, à savoir donner au public le nom de celui qui a dirigé cette association, au moment où certains n’osaient pas se montrer, de peur de se trouver dans le collimateur de Moussa Traoré et son UDPM. Cet homme s’appelle Abderhamane Baba Touré. Ensuite, en demandant au public de se lever pour accorder une minute de silence en sa mémoire, il aurait eu l’occasion de reparer une trahison dont ce brave combattant est victime dans la Ruche depuis sa mort le 14 Février 2003, dans un hôpital de l’Hexagone.

Puisque cinq ans après cette disparition, le parti de l’Abeille n’a toujours pas organisé une cérémonie en sa mémoire, en tout cas, pas officiellement. Pas de lecture de coran, pas de communiqué de presse, pas de manifestations prouvant que le parti se souvient de feu Abderhamane Baba Touré. On se demande finalement si les adémistes savent que le 14 Février de chaque année coïncide avec l’anniversaire de la mort de celui qui fut le président de l’A.DE.MA association, et que Abderhamane Baba Touré repose au cimetière de Niaréla.

Dans tous les cas, à la différence de l’ADEMA, d’autres partis se souviennent toujours de leurs morts. Chaque année, le BDIA organise une cérémonie pour rendre hommage à son illustre fondateur, Mamadou Tiéoulé Konaté et camarades décédés dans un accident de la route.

Parce que Modibo Kéïta fut Président de la République du Mali, l’US-RDA profite des funérailles nationales pour organiser une marche, du domicile du défunt au cimetière. C’est une façon, pour le parti de la charrue, de rendre hommage à son premier président. Même l’UFD organise, chaque année, des cérémonies en la mémoire de feu Me Demba Diallo. Pourquoi le PASJ, qui se dit un grand parti, passe-t-il sous silence l’anniversaire du décès d’Abderhamane Baba Touré ?

Pourtant l’homme n’a pas démérité

Créée le 24 Octobre 1990, l’A.DE.MA association avait pour objectifs l’instauration et la sauvegarde des libertés publiques, l’avènement et la consolidation d’une société démocratique et pluraliste, garants d’un développement économique et social harmonieux.

Dans les lieux de résidence ou de travail, elle était constituée sur la base de comités et comprenait une assemblée générale annuelle et un Comité Exécutif de 15 membres. Et c’est Abderhamane Baba Touré, Professeur de Sciences Physiques en retraite, qui avait accepté, à ses risques et périls, de venir présider cette association qui s’attellera au réveil de la conscience nationale, à travers meetings, marches pacifiques, assemblées générales.

De ce Comité Exécutif de l’A.DE.MA association, dirigé par Baba Touré, figuraient Dioncounda Traoré, Soumeylou Boubèye Maïga, Ali Nouhoum Diallo, Issaka Bagayoko, Mouhamédoun Dicko, le Pr Bocar Sall, Alpha Oumar Konaré, Mme Sy Kadiatou Sow, Birama Traoré, Bakari Koniba Traoré, feu Mamadou Lamine Traoré, Halidou Touré, le Dr Cheick Mohamed Chérif Cissé, Moussa Sangaré et Modibo Kane Cissé.

Les actions de l’association étaient organisées avec l’AJDP, la JLD, l’ADIDE, l’AMDH, le Barreau. Elles ont comporté, entre autres, la conférence des cadres du 31 Mars 1990 pour réclamer l’instauration de la démocratie et du pluralisme, la lettre ouverte du 07 Août 1990 demandant l’ouverture politique, signée par des milliers de citoyens et remise au Chef de l’Etat, et la marche historique et pacifique du 30 Décembre 1990.


Touré cède la place au jeune Konaré

Tout cela a fortement contribué à l’insurrection populaire, aux évènements de Janvier et Mars 1991, avec la chute du régime militaire le 26 Mars 1991. En Avril 1991, les militants de l’association décidèrent de la création d’un parti politique, dont le congrès constitutif fut convoqué pour les 25 et 26 Mai 1991. Ce congrès consacrera la création de l’ADEMA, Parti Africain pour la Solidarité et la Justice : ADEMA-PASJ.

Le mot ADEMA, devenu nom commun, devait s’écrire désormais d’un seul tenant, et ne plus se décomposer comme l’association A.DE.MA. C’est Alpha Oumar Konaré qui sera élu président du Comité Exécutif de 23 membres du nouveau parti. Lors de ce congrès, Abderhamane Baba Touré a décidé de céder la place, dit-il, aux jeunes. Pour lui, sa mission prenait fin avec l’instauration de la démocratie et du pluralisme politique réclamés par le peuple malien.

A sa place, d’autres auraient refusé de partir, parce que sentant la victoire du parti venir, lors des élections qui pointaient à l’horizon. Du moins, certains auraient voulu que Touré reste pour être le candidat du parti à la présidentielle. Mais malgré ces appels du pied, Touré partira.

L’opinion continue toujours de lier les échecs du football malien à une prétendue malédiction que le défunt Père Bouvier lui aurait lancé. Quoi qu’il en soit, le Père Bouvier a été oublié par le monde sportif, tout comme l’est Abderhamane Baba Touré par l’Adéma-PASJ qui, pourtant veut reconquérir le pouvoir en oubliant que c’est à Abderhamane qu’il sa suprématie politique actuelle. D’où la question : et si Abderhamane Baba Touré avait refusé de céder en 1992 ?…


Oumar SIDIBE

16 Juin 2008