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Sombre anniversaire !
Le président malien, Amadou Toumani Touré, célébrera l’an I de son second et dernier mandat (sauf surprise de dernière minute) le dimanche prochain sur fond de crises scolaire, sécuritaire, alimentaire… et de tensions sociales, à la limite de désobéissance civile.

Réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2007 avec une majorité écrasante (71,20%) contre 19% pour IBK, le président ATT subit le contre coup des espoirs qu’il avait soulevés.

Cette première année n’a pas été de la sinécure. Le général président, qui était jusque là adulé par ses compatriotes, est devenu impopulaire aux yeux des Maliens dont le pouvoir d’achat ne cesse de chuter face à la montée vertigineuse des prix des produits de première nécessité. Malgré certaines mesures gouvernementales pour atténuer les effets de la vie chère.

Contrairement aux années précédentes, cet anniversaire, nous le pensons, sera celui de la méditation et non du folklore auquel on est habitué.

La réélection de ATT a crée autant de signes positifs et un climat d’euphorie. On pensait que ce mandat ne sera pas un autre partage du gâteau Mali. Mais celui de donner espoir aux Maliens en traquant les délinquants financiers, en donnant du travail aux jeunes, en relançant l’économie, en sauvant l’école, etc.

Mais avec la formation du gouvernement de Modibo Sidibé, le 3 octobre dernier, c’était le désenchantement.

L’équipe de Modibo a été accueillie par des moues. Pour beaucoup de Maliens, ATT, malgré les cinq ans de son premier mandat, n’a pas encore pris la mesure de son pays et les difficultés inhérentes à sa gestion en s’entourant des gens dont le seul mérite est d’être du cercle des amis du couple présidentiel.

Dès lors, on comprend aisément que le président Touré est loin d’être l’homme de la situation. Et les Maliens ne pouvaient que s’en prendre à eux-mêmes.

Les choses se précipitent. Le nouveau gouvernement n’a pas tardé a montré des signes d’essoufflement. Les affaires de femmes et de corruption sont étalées au grand jour. Et face aux vrais problèmes auxquels la population est confrontée, les membres du gouvernement restent de marbre.


Le Mali se morfond dans ses crises

Au moment où ATT célèbre son anniversaire, le Mali traverse des crises qui minent dangereusement les fondements même de notre société. Face à celles – ci, il reste muet. Et ses ministres se montrent insolents.

A tel point qu’on se demande si nous ne sommes pas sous d’autres cieux. Le dialogue de sourds que le Premier ministre se barricade n’est pas de nature à ramener la sérénité chez les Maliens.

La crise qui secoue l’école est voulue et entrevue par le gouvernement de Modibo. Incapable de donner satisfaction aux syndicats d’enseignants, il n’a trouvé d’autre cadre qu’un forum en août pour débattre des questions de l’école.

Ce forum, dont la nécessité ne s’impose pas, ne sera qu’un autre moyen d’attribuer des marchés à des amis qui n’ont pas pu intégrer son cabinet ou les rouages de l’administration.

Pour Modibo, il n’est pas question avant le forum de résoudre les revendications des enseignants.

Même celles qui ont déjà fait l’objet d’accord. D’où le bras de fer avec la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (COSES) qui avait conclu un accord le 17 juillet dernier avec l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga.

Cet accord prévoyait l’octroi d’une indemnité de logement au personnel de l’enseignement secondaire, la levée des obstacles juridiques…

L’école n’est que l’ombre d’elle-même. Avec les ministres de l’Education, il ne faut pas s’attendre à du miracle. Surtout avec celui des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, le Pr. Amadou Touré.

Ce dernier n’a qu’une seule mission : détruire l’école publique. Ces derniers agissements en sont pour preuve. Le Pr. Touré a organisé les compositions au secondaire sans les enseignants de ce corps d’enseignement.

Au grand étonnement des pédagogues dignes de ce nom. Et ses propos va t-en guerre viennent de faire une victime à la FSJP. Un groupe d’étudiants de cette faculté a sauvagement agressé le Pr. Djibonding Dembélé.

La réaction du SNESUP ne sait pas fait entendre. Il a décrété une grève de 15 jours renouvelable. Jusqu’à l’arrestation des agresseurs. Conséquence : toutes les facultés sont fermées. Au lieu de prendre à bras le corps ce problème, le ministre est en tournée de diversion à l’intérieur du pays.

Autre crise qui va planer son ombre sur cet anniversaire est celle du nord. Elle a aujourd’hui atteint des proportions inquiétantes.

Les bandits, dirigés par des Ibrahim Fagaga et Bahanga, avec les attaques de Diabali, d’Ansongo et d’Abeibara et la recentre démonstration de force à quelques Kilomètre de Kidal ont averti nos autorités qu’ils peuvent porter leur capacité de nuisance sur n’importe quelle partie du territoire du Mali.

Le laxisme, par lequel les autorités maliennes sont entrain de gérer ce problème n’est pas du goût de la majorité des Maliens. Au-delà du Mali des voix commencent à s’élever.
Après l’attaque de Abeïbara, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki- Moon, s’est dit préoccupé.

Il a déclaré que : «Ce dernier incident souligne la nécessité urgente de trouver une solution immédiate et durable à ce conflit récurrent afin que le Mali puisse se concentrer sur ses priorités en matière de développement et sur la consolidation de sa démocratie.»

Son représentant spécial en Afrique de l’Ouest, l’Algérien Saïd Djinnit, effectuera dans quelques jours une visite dans notre pays.

Cette prise de position de l’ONU ne va-t-elle pas nécessiter l’arrivée des Casques bleus dans notre pays ?
La gestion solitaire d’ ATT dans la crise du nord a discrédité notre armée. Au point qu’on se demande si l’armée n’existe pas que de nom.

En tout avec les accords et les ententes, le Mali est en passe de perdre sa souveraineté sur Kidal.

La vie chère, elle aussi, est un cheveu dans la soupe. La flambée des prix des produits de base est entrain de réduire considérablement le pouvoir d’achat des ménages. Sur ce plan, des efforts sont faits. Mais jugés insuffisants par les consommateurs.

Malgré les exonérations, le riz coûte cher sur les marchés. Le prix de l’essence à la pompe grimpe.
Et au même moment, on n’empêche les corporations à demander de meilleures conditions de vie.

Les marches de protestations pour décrier la vie chère sont interdites. La dernière en date est celle du Mouvement des Sans voix. Ce mouvement serait accusé d’être manipulé.
L’indifférence, face à toutes ces crises, a entraîné un sentiment général de mécontentement au sein de la population. Le cocktail Molotov n’est pas loin d’exploser.


Yoro SOW

02 Juin 2008