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18 août 2020-18 août 2021. Voilà un an que les boys de Kati, avec à leur tête le colonel Assimi Goïta, décidaient de déposer le président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) qui faisait face à une fronde sans précédent conduite par l’imam Dicko et le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Quel bilan peut-on faire de cette irruption des bérets verts sur la scène politique malienne, un an après ? Le fait qui crève les yeux est avant tout la tenacité du colonel Assimi Goïta. Alors que d’aucuns lui prédisaient le même sort que le capitaine Amadou Haya Sanogo, l’homme a réussi, contre vents et marées, à tenir la barre du navire qui tanguait dangereusement sur les eaux troubles du Djoliba. Ainsi, ni les menaces de sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA) ni les suspensions de la coopération militaire décidées par les Etats-Unis et la France, ne sont parvenues à faire lâcher prise au tombeur de « Kankélétigui ». Faisant preuve de génie politique, l’homme est plutôt parvenu, grâce à un second putsch, à se débarrasser de la transition civile qui lui avait été imposée par la communauté internationale pour dérouler librement son agenda caché qui commence à se dévoiler publiquement avec les derniers évènements intervenus au Mali. En effet, pas plus tard que la semaine dernière, la rue malienne a repris du service pour réclamer, non seulement  la prolongation du mandat de la  transition que beaucoup redoutaient, mais aussi pour appeler à la candidature de Goïta à la prochaine présidentielle. Même s’il est difficile de donner la preuve que le président de la transition est l’instigateur de ce mouvement, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il en est le bénéficiaire. Il est donc aujourd’hui évident que l’homme n’était venu balayer le palais de Koulouba que pour s’y installer. Et quid maintenant du Mali nouveau dont Goïta se promettait d’être l’architecte ? Il faut courageusement le dire. Ce n’est pas demain le lever du soleil radieux que l’on avait promis aux descendants de Soundiata Kéita. En effet, les militaires avaient promis de rendre au Mali, sa pleine souveraineté sur l’entièreté de son territoire. Même si l’armée malienne a fait une entrée timide à Kidal dans le cadre de l’accord d’Alger, c’est loin d’être en conquérante qu’elle y campe. La sécurité promise aux Maliens n’est pas non plus au rendez-vous avec la multiplication des attaques des groupes armés qui continuent d’endeuiller les familles. La trêve sociale qu’avaient obtenue la Transition, est en train de voler en éclats avec les mouvements de grève dans les secteurs de l’éducation et de la santé où les travailleurs, las de ronger leurs freins, commencent à montrer des signes d’impatience. Mais la plus grande des désillusions des Maliens est désormais l’horizon incertain des élections qui étaient censées ramener l’ordre constitutionnel dans le pays. Même si le Premier ministre, Choguel Maïga, ne s’est pas encore dédit quant à sa promesse de tenir les engagements internationaux, il devient certain, avec les manœuvres politiques en cours, que le rendez-vous de février 2022 ne sera pas tenu. Et il y a fort à craindre qu’avec ce rendez-vous manqué qui s’annonce,  le pays ne s’isole davantage sur la scène internationale avec les menaces à peine voilées des sanctions politiques et économiques de la communauté internationale, surtout que le régime semble prendre des libertés avec les droits humains comme on le voit avec la mise sous résidence prolongée des anciennes autorités de la Transition ou avec l’épais mystère sur la disparition en détention, du présumé auteur de l’assassinat manqué de la Tabaski sur Goïta. Tout ceci confirme l’analyse en première heure de certains observateurs qui affirmaient que l’armée ne pouvait pas être la solution au problème malien, étant donné qu’elle-même constitue une partie du problème.   S’il y a néanmoins des succès à mettre à l’actif de Assimi Goïta, c’est d’abord son habileté diplomatique qui lui a permis jusque-là de soustraire le Mali des sanctions économiques de la CEDEAO. Mais c’est aussi et surtout sa grande capacité de diversion. En effet, surfant sur le sentiment antifrançais qui se développe au sein des populations africaines, il s’est revêtu du costume du révolutionnaire pour s’approcher, dans l’imaginaire collectif, de figures légendaires comme Thomas Sankara et avancer masqué sur son funeste destin de pérennité au pouvoir. Mais comme disait  Abraham Lincoln, « on peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ».

SAHO   

SOURCE : lepays.bf