Partager

Les 13 et 14 janvier 2020, s’était tenu à Pau dans le Sud de la France, un sommet regroupant Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel. Cette rencontre devenue célèbre, avait connu la participation d’éminentes personnalités, dont le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, et le président du Conseil européen, Charles Michel. Le sommet se tenait dans un contexte particulier, marqué par la recrudescence du sentiment anti-français et sur fond de deuil. En effet, treize soldats de l’opération Barkhane venaient de perdre la vie quelques jours auparavant, dans une collision de deux hélicoptères lors d’un combat contre des djihadistes.  Visiblement exaspéré et acculé, Emmanuel Macron avait invité ses pairs du Sahel à clarifier leur position, sur la présence des forces françaises et étrangères au Sahel. C’était aussi l’occasion pour la France et ses partenaires, de s’accorder sur les stratégies, les moyens et engagements à prendre par chacun, dans la région du Sahel.

Malgré la présence française et étrangère au Sahel, le bilan n’est pas tout à fait reluisant

Pour l’essentiel, rappelons que les chefs d’Etat du G5 Sahel, avaient réaffirmé leur détermination commune à lutter aux côtés de la France et de ses partenaires étrangers, contre les groupes terroristes qui opèrent dans la bande sahélo-saharienne et dans le bassin du Lac Tchad. Aussi le sommet avait-il permis de définir un cadre contenant quatre aspects : combattre ensemble les groupes armés terroristes actifs dans la zone, en concentrant les efforts dans la région dite « des trois frontières » ; poursuivre en renforçant les efforts des Nations unies et de l’Union européenne dans la formation, l’entraînement et l’équipement des armées des pays du G5 Sahel ; développer toute action tendant à accélérer le retour de l’administration et des services publics sur l’ensemble des territoires concernés ; requérir l’aide des partenaires internationaux en vue de concrétiser les engagements pris en décembre 2018, à la Conférence des donateurs de Nouakchott, pour la mise en œuvre du Programme d’investissement prioritaire (PIP) du G5 Sahel. Le 13 janvier 2020, Emmanuel Macron avait fondé l’espoir que le sommet « marque un tournant très profond », dans la lutte contre les groupes terroristes au Sahel. Ce souhait est-il pleinement réalisé ? Avant toute chose, précisons que malgré la présence française et étrangère au Sahel, le bilan n’est pas tout à fait reluisant. Par exemple, au Burkina Faso, 600 personnes ont perdu la vie dans des attaques terroristes. Aussi le pays a – t-il enregistré à la date du 17 août 2020, un total de 1 013 234 personnes déplacées internes, du fait de l’insécurité. En outre, au mois de juin 2020, 2 512 écoles avaient fermé pour des raisons sécuritaires, privant ainsi plus de 350 000 enfants d’éducation. Pour le cas du Mali, retenons que selon l’ONU, la moitié des cibles des engins explosifs improvisés sont des victimes civiles.

On sent une forme de lassitude et de désespérance de la part de la France

Ces statistiques ne doivent pas faire perdre de vue que l’engagement des chefs d’Etat du G5 Sahel à poursuivre la collaboration avec la France et ses partenaires, a fait bouger quelques lignes. En effet, la dynamique des groupes armés a été ralentie au cours de l’année écoulée. Cela se perçoit à travers les comportements de plus en plus lâches des groupes terroristes, et la neutralisation, par l’armée française, de plusieurs hauts dirigeants des groupes djihadistes sahéliens. Parallèlement, on perçoit une relative montée en puissance des forces du G5 Sahel.  Aussi le sentiment antifrançais, bien qu’il existe encore, a – t-il quelque peu perdu de sa vivacité. Peut-être que l’opinion, dans les pays du G5 Sahel, a commencé à prendre conscience que la présence des forces françaises et étrangères, à l’état actuel des choses, est bel et bien une nécessité. Par voie de conséquence, le départ de ces forces pourrait engendrer le chaos sur le terrain, en permettant aux groupes armés de reprendre du poil de la bête. Une année après le sommet de Pau, que peut-on encore espérer du maintien des forces Barkhane et étrangères au Sahel ? La ministre française des Armées, Florence Parly, a récemment assuré que le probable retrait prochain de 600 militaires français envoyés en renfort l’an dernier au Sahel, ne remettait pas en question la présence française. On est donc quelque peu rassuré que les forces françaises, sans crier gare, ne vont pas toutes plier bagage, avant que les forces du G5 Sahel ne soient mieux entrainées et mieux outillées, pour faire face aux groupes terroristes.  Malgré tout, ces derniers temps, on sent une forme de lassitude et de désespérance de la part de la France. Et pour cause : les pertes en vies humaines continuent de s’allonger, côté armée française. Aussi, le sentiment antifrançais qui ne s’est pas totalement estompé, menace de ressurgir, suite aux soupçons de bavures qui entourent la récente frappe aérienne de Barkhane, dans le Centre du Mali, à Bounti. Enfin, on a l’impression que la France se sent comme esseulée, livrée à elle-même, les autres puissances étrangères ne s’investissant pas à la même hauteur qu’elle, dans ce combat de longue haleine.  Espérons que le prochain sommet prévu en février 2021, entre la France et ses partenaires sahéliens, donnera l’occasion de recadrer certains aspects dans la lutte contre les groupes terroristes du Sahel, un an après le sommet de Pau !

« Le pays »