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pousse.jpgLe soir, il retrouve d’autres jeunes travailleurs saisonniers de son village près du cimetière de Hamdallaye. Le groupe passe une grande partie de la nuit à écouter de la musique du terroir sur un radiocassette. Les jeunes filles de San, leur région, les rejoignent et des idylles naissent très souvent entre eux.

Nabara est une familière du groupe de Soumano T.. Elle est promise, depuis sa très tendre enfance, à un certain Bakary, resté à San. Lorsque Nabara a pris la décision de venir passer la saison morte à Bamako pour préparer son trousseau de mariage, elle a fait le voyage en compagnie de son cousin, Boukader et de Soumano T.. Ce dernier et Bakary, le fiancé, sont des amis d’enfance. Ils appartiennent tous les deux au même groupe de circoncision. C’est pourquoi, lorsque Nabara, Boukader et Soumano T. ont quitté le village à la fin des récoltes dernières, Bakary a pris soin de confier sa fiancée à celui qu’il considérait comme son meilleur ami.

Amoureux

Une fois à Bamako, Soumano, à force d’être chaque soir en contact avec la jeune fille qu’il était sensé surveiller contre les prédateurs de la grande ville, finit par en tomber amoureux. Il ne supporte pas de la voir en compagnie d’un autre garçon. Même de Boukader, le cousin de Nabara qui veillait aussi sur elle. T. finit par considérer Boukader comme un concurrent et le rejet de ses avances par Nabara le rendait nerveux. Mais la jeune fille finira par céder face à la pression exercée sur elle par T. qui, tous les soirs, ne la lâchait plus d’une semelle.

Dans la nuit du 19 au 20 mars, Soumano T. a été le dernier à rejoindre le groupe près du cimetière. Tout le monde était là et la fête avait commencé comme à l’accoutumée. Les filles et les garçons chantaient et dansaient. Certains couples discutaient en aparté. Soumano T. était arrivé précipitamment craignant qu’un concurrent n’ait entrepris sa copine.

En abordant le groupe, il l’aperçut assise à coté de son cousin Boukader. Il ne salua pas. « Lève-toi et viens me rejoindre, ton mari c’est moi!« , ordonna-t-il à la fille.

Nabara obéit à l’injonction. Elle abandonna sa conversation et le retrouva à quelques mètres de là. T. l’entraîna un peu loin et lui expliqua qu’il ne faisait confiance à personne. Même pas à son cousin Boukader. Nabara lui expliqua que le père de Boukader et le sien avaient tété les mêmes seins. Rien au monde ne pouvait donc les séparer, de son point de vue. De plus, c’est Boukader qui devait veiller sur elle, ajouta-t-elle en assurant à T. que les attentions de Boukader à son égard étaient sans arrière-pensées.

T. demeura hermétique à ces arguments. Il se mit à rouspéter et à proférer des injures. Il ne pouvait admettre que la jeune Nabara continue à fréquenter Boukader. Il mit, de nouveau, la fille en garde contre toute fréquentation d’un garçon du groupe. Pendant que T. et Nabara étaient en train de discuter, Boukader s’approcha d’eux et demanda à la fille de rejoindre le groupe. La démarche de Boukader mit Soumano T. dans tous ses états. Sans autre forme de procès, il expédia un coup de poing dans la figure du jeune homme. Le cousin de la jeune femme se mit à saigner abondamment du nez. Pendant qu’il essayait de reprendre ses esprits, il sentit la lame d’un couteau à cran d’arrêt s’enfoncer dans son ventre.

Sacrifié

pousse2.jpgBoukader n’eut que le temps de crier : «  il m’a tué ! « . Il tomba. Les autres membres du groupe accoururent et tentèrent de lui porter secours. C’était trop tard, il rendra l’âme avant même l’arrivée des services de la protection civile appelés par l’un des membres de la petite communauté.

Conduit au commissariat du 2è arrondissement, Soumano reconnaîtra devant l’inspecteur divisionnaire Moussa Diakité, qu’il avait agi sous l’effet de la jalousie. Nabara, expliqua-t-il, est la fiancée de son ami. Il ne cacha pas non plus être tombé amoureux de la fille et ne plus supporter de la voir avec un autre. « Je n’ai jamais eu de rapports sexuels avec elle. Mais chaque jour, je deviens de plus en plus amoureux d’elle. Je ne pouvais comprendre que Boukader puisse se mettre entre elle et moi, fut-il son cousin« , a indiqué le meurtrier avant d’ajouter : « je regrette très fort mon acte. Boukader aussi faisait partie de notre groupe de circoncision. Il a même été mon ami. Mais je ne pouvais supporter sa proximité avec Nabara« .

L’inspecteur Moussa Diakité lui ayant demandé ce qu’il dirait à Bakary, son ami, quand ils se reverraient, le jeune Soumano T. se refusa à toute réponse. Il resta de longues minutes durant, le regard rivé au sol. Le policier et le grand frère de T. comprirent son embarras et décidèrent de lui donner du temps pour se clarifier les idées. Le jeune homme devait être déféré au parquet de la Commune III depuis vendredi.

G. A. DICKO | Essor

27 mars 07