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Au terme d’un congrès fort mouvementé, l’Association des municipalités du Mali (AMM) fait face à un bicéphalisme ambiant. A côté du bureau officiel piloté par le maire de la commune V, Boubacar Bah alias Bill, le président sortant, Abdel Kader Sidibé dirige aussi un autre de 26 membres.

C’est désormais le bicéphalisme au niveau de l’Association des municipalités du Mali (AMM). A la suite du congrès extraordinaire tenu les 15 et 16 mai derniers, deux instances dirigeantes ont vu le jour : le bureau de 75 membres piloté par Bill et qui est officiellement reconnu, et celui que dirige le président sortant, Abdel Kader Sidibé, qu’on peut appeler bureau parallèle.

En effet, suite aux différents modes de scrutins adoptés par l’assemblée : vote à main levée et non par bulletin secret ; vote par liste bloquée et non par le poste par poste, les camps Kader et Adama Noupounon Diarra se sont vus disqualifiés dans la course pour le contrôle de l’association.

N’ayant pas établi des listes bloquées, croyant que les élections allaient se faire par le poste par poste, alors que les textes autorisent les deux scénarios, les challengers de Bill ne se sont disqualifiés quand le congrès en toute souveraineté a opté pour le principe de la liste bloquée.

Fâchés par l’adoption de ce principe, certains maires favorables à Kader ou à Adama Noupounon Diarra, avaient même claqué la porte, convaincus que la cause était déjà perdue. Le bureau de Bill ayant été en ce moment déclaré vainqueur, Adama Noupounon et Kader n’ont pu rien trouver que d’aller créer un autre bureau de 26 membres, dont Kader est le président et Adama N. Diarra, le premier vice-président.

Place à présent à la bataille judiciaire autour de la légitimité ? En tout cas les jours à venir doivent nous réserver de belles empoignades.

Abdoulaye Diakité

L’indicateur du Renouveau du 19 Mai 2010.

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Les doutes de l’après-congrès de l’AMM

Le deuxième Congrès ordinaire de l’Association des Municipalités du Mali (AMM) des 15 et 16 mai derniers aura été décidément une rencontre où bien des états d’âme se sont extériorisés. Le président sortant de l’association, Abdel Kader Sidibé avait-t-il deviné les stratégies de « prise au dépourvu » et de trahison bien peaufinées par la plate-forme des partis politiques et groupements d’indépendants avec à leur tête l’ADEMA ?

Le ton quasiment insurrectionnel du discours du maire de la Commune III du District de Bamako et non moins membre influent du Comité exécutif du PASJ ,avait laissé plusieurs participants sur leur soif avec, sur les lèvres, quelques timides éclats de rires jaunes…

Quand on sait que c’est dans cette atmosphère alourdie par une gêne perceptible chez les uns et les autres, que le président du Haut Conseil des Collectivités, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim Haïdara (également membre influent du CE ADEMA) est allé aussi de sa touche de bon pédagogue, administrant un cinglant »le monde entier vous suit », on pouvait se dire que l’heure de la rupture était arrivée.

Il y avait donc de l’électricité dans l’air avec cette empoignade entre trois candidats tous issus du même parti, la première force politique du Mali. Et, à ce congrès, le PASJ avait plus que jamais besoin de démontrer ,à toute la classe politique, qu’il maîtrise ses troupes au niveau des municipalités du Mali. Dans ce contexte, la petite touche de forcing ou de trafic d’influence ,à travers le système du vote à main levée, ne pouvait qu’intriguer les observateurs.

A cela, il faut ajouter que la phrase « le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache » du patron du HCC avait été plus que tympanisant et laissait transparaître un coup monté ,bien préparé en défaveur du maire de la commune III de Bamako. Ceci, dans la mesure où le « pouvoir municipal » malien venait d’être… bruyamment arraché des mains de Abdel Kader Sidibé.

Le président du HCC, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim Haïdara avait tiré encore la sonnette en exprimant « son espoir que la nouvelle équipe qui préside aux destinées de l’AMM tiendra compte de l’existence constitutionnelle du HCC… « , laissant deviner que l’équipe sortante avait ignoré « son » institution, le futur Sénat malien.

Avec ce décor peu enviable et ce goût amer laissé dans les consciences par ce 2è Congrès de l’AMM, l’on se demande si les coups encaissés par les uns et les autres n’auront pas un impact sur la cohésion du PASJ. En effet, plusieurs maires, dont ceux de l’ADEMA, avaient quitté la salle pour protester contre le vote à main levée en faveur de la liste bloquée ,pilotée par Boubacar Bah dit Bill.

Ces maires proches de la tendance Adama N. Diarra et de celle Abdel Kader Sidibé vont-ils digérer rapidement cette déception et garder leurs colorations politiques originelles?

Plus précisément,le maire de la Commune III va-t-il avoir la hauteur d’esprit nécessaire pour maintenir le cap ou va-t-il vouloir régler les comptes à quelques maires qui l’ont trahi à la dernière minute ?

Ces questions se posent au moment où des voix s’élèvent pour claironner que l’ancien président de l’AMM pourrait même être exclu du parti de l’abeille solitaire, pour avoir été en course contre un autre candidat investi par le parti.

D’ores et déjà, il faut reconnaître que cette option n’a aucune chance d’aboutir dans le contexte actuel où le PASJ a plus que jamais besoin de renforcer sa cohésion.

Quand on connaît par ailleurs la capacité de mobilisation d’Abdel Kader Sidibé et de ses amis qu’on dit très proches du premier vice-président du parti, Ibrahima N’Diaye, on comprend alors que cette épreuve devra simplement doper le parti de Dioncounda vers un avenir plus réconciliateur.

Ainsi, pourrait-on dire  » plus de peur que de mal « . Comme le chêne et le roseau dans la fable de Jean de la Fontaine, l’ADEMA, à qui plusieurs observateurs avaient prophétisé un destin du chêne, se pliant et finissant par se rompre, a su s’inscrire à… l’école du roseau pour ne pas voler en éclats. Du moins, pas tout de suite. Dans tous les cas, les hostilités pour la présidentielle de 2012 pourraient hélas jouer ce rôle.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 19 Mai 2010.