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Dans les pays en développement comme le nôtre, c’est généralement la situation de l’individu qui prend le dessus sur les principes républicains et les convictions profondes. Aminata Dramane Traoré, défenseur autoproclamé des opprimés, surfe sur cette insuffisance pour tirer ses marrons du feu en tentant de pourfendre maladroitement la communauté internationale, via la Cédéao.

jpg_une-774.jpgUne semaine après le coup d’Etat du 22 mars 2012 contre le régime démocratiquement élu au Mali, des soutiens aux putschistes à travers le Comité national pour le redressement de la démocratie et de la a restauration de l’Etat (CNRDRE) ont fusé d’un peu partout.

Et comme il fallait s’y attendre, Aminata Dramane Traoré, ministre de la Culture et du Tourisme sous Alpha Oumar Konaré, était parmi les premiers à bénir la junte de Kati : en rejouant le disque rayé qui lui fait porter par l’Occident et le capital international les malheurs des peuples indépendants depuis au moins un demi-siècle.

Aminata Dramane Traoré n’a rien trouvé de mieux que de se réjouir du coup de force du 22 mars 2012 qui témoigne à la fois de l’échec de la classe politique malienne et de la société civile dont elle est membre à part entière.

Combien de conflits fonciers a-t-elle gagné au détriments de ses voisins ? A-t-elle seulement une fois partagé ses perdiem avec les opprimés. Quelle duplicité « Sougouni Aminata » ! Les pavés dans les rues ne sont que la poudre aux yeux « Djenné Aminata » ! Le peuple de Missira sait qui est qui.

Réputée grande intellectuelle, femme d’expérience, celle qui se veut défenseur des droits des opprimés s’est éloignée des principes pour adopter une position politique hasardeuse de soutien. De ce fait, elle donne raison à ceux qui pensent que plus la situation personnelle de l’intellectuel (individu) est confortable, plus celui-ci s’abstient des déclarations à l’emporte-pièce et moins la situation personnelle est confortable, l’intellectuel est prompt dans ce cas à faire le jeu de la situation de crise.

Et c’est ce qu’a fait Aminata Dramane Traoré au lendemain du coup d’Etat du 22 mars. Sinon comment un coup de force peut-il être opportun dans un pays pour que des gens en contact avec le monde extérieur le saluent sachant toutes ses conséquences ? Par principe, elle aurait dû récuser le putsch, mais elle l’a applaudi des deux mains. A son image, d’autres l’ont fait en démarchant les putschistes pensant qu’ils allaient en tirer profit.

« Gros foulard »

L’alter mondialiste s’est désolidarisée de tous les actes de condamnation adoptés par les autres acteurs. Si le coup de force perpétré est la résultante de l’échec de la classe politique et de la société civile comme elle l’a reconnu au cours d’une conférence de presse en fin mars, où était Aminata Dramane Traoré quand le pays fonçait droit dans le mur ?

Chercheuse à l’Université d’Abidjan de 1975 à 1980, Aminata Dramane Traoré a occupé le poste de ministre de la Culture et du Tourisme sous le régime d’Alpha Oumar Konaré de 1997 à 2000. A ce jour, les conditions dans lesquelles elle a quitté le gouvernement ne sont pas élucidées. D’aucuns estiment qu’elle a démissionné de ce poste pour être libre de son devoir de réserve, d’autres attestent qu’elle a été virée.

De toute évidence, une démission n’était pas attendue d’elle. Longtemps au garage du moins, loin des couloirs du pouvoir, Aminata Dramane Traoré avait manifestement envie de se signaler en contrepartie des prébendes. Elle a oublié que son passage au sein du gouvernement d’AOK est intervenu sous l’ère démocratique. Et que rien ne saurait justifier sa prise de position incontrôlée afin de saborder le système démocratique dans notre pays acquis au prix de nombreux sacrifices.

Après un long chômage politique, elle croyait dur comme fer à une nouvelle situation de rente se présenter à elle. En affirmant que « le Mali n’a pas de leçon de démocratie à recevoir de la Cédéao », l’actrice culturelle se couvre de ridicule si l’on sait que les décisions de la Cédéao obligent notre pays, signataire du Traité instituant la Communauté. Tout le monde sait que ceux qui voulaient rallier coûte que coûte les auteurs du coup d’Etat du 22 mars dernier n’avaient d’autre choix que de tenir de tels propos Elle pensait que son moment était revenu.

L’ancienne ministre de Culture et du Tourisme du Mali et présidente du Forum pour un autre Mali a soif du pouvoir. Mais comment l’accéder ? Aujourd’hui, Aminata Dramane Traoré travaille beaucoup plus pour elle, pour ses intérêts, que pour les populations qu’elle dit défendre. Le coach est raté.

Mohamed Daou

Les Echos du 31 Mai 2012