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Personne, mieux que ses deux filles, Eva et Anna-Maria, n’était mieux placé pour évoquer ce que fut et fit cet homme charismatique qui a marqué l’histoire africaine d’une empreinte si indélébile qu’il peut être aujourd’hui considéré comme une icône du continent : Amilcar Lopez Cabral !

Né en Guinée, il passe son enfance au Cap-Vert, plus précisément à Santa Catarina où il fait ses études, avant de partir pour Santa-Vicente. La deuxième guerre mondiale et la colonisation battaient leur plein. Mais le jeune Amilcar ne savait pas encore qu’il jouerait un rôle capital dans la lutte pour l’indépendance de cette portion de terre africaine colonisée par le Portugal…

De la colonisation à l’indépendance

En 1446, des explorateurs et aventuriers portugais découvrent un pays peuplé de musulmans mandingues et d’animistes. Vers la fin du 16è siècle, ils y installent des comptoirs commerciaux. En 1879, la Guinée devient une colonie portugaise -mais administrativement détachée du Cap-Vert- dont Bissau deviendra le chef-lieu en 1941.

C’est précisément en 1956 qu’Amilcar Cabral prend la tête du mouvement nationaliste. Mais en 1959, il dut fuir Lisbonne (Capitale du Portugal) où il poursuivait des études, pour se réfugier en France, puis en Italie. C’est qu’il était placé sous haute surveillance par les autorités coloniales portugaises, tout comme son frère Luis De Almeida, ses camarades de lutte Aristide Pereira et Julio Almeida, et tous les autres membres du Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

En réalité, le PAIGC est né en Guinée. Et dès 1962 déjà, les populations entraient de plein pied dans la guérilla anti-portugaise. Mais la lutte armée n’a débuté que vers le 23 Janvier 1963, bien qu’en ce moment, la formation militaire fût interdite aux Noirs. Aussi, petit à petit, Amilcar Cabral préparait les populations, en particulier les jeunes, à la résistance et la lutte armée contre le système colonial.

Pour former les troupes, Cabral reçoit l’aide de la Chine. Et au fur et à mesure de sa lutte, le PAIGC acquiert la reconnaissance internationale. Amilcar est ainsi reçu en Suède, dans les pays de l’Est, par les congressistes américains, et même par le Pape. Dès lors, tout s’enchaîne très vite.

En 1973, après l’assassinat de Amilcar Lopez Cabral, son frère, Luis De Almeida Cabral, proclame l’indépendance de la Guinée Bissau. Et dès l’année suivante (1974), l’indépendance du pays est reconnue par le désormais ancien colonisateur : le Portugal. Mais en 1980, Luis De Almeida Cabral est renversé par un coup d’Etat et remplacé par le Commandant J. B. Vieira.

Après l’instauration du multipartisme en 1991, la première élection présidentielle pluraliste se tient… trois ans plus tard (soit en 1994) et confirme J. B. Vieira à la tête du pays. Mais en 1999, Vieira est à son tour chassé du pouvoir, par l’Armée, cette fois-ci. Et en 2000, le leader de l’Opposition, Kumba Yala, accède à la présidence de la république.


Ils ont connu Cabral

Un de ses anciens professeurs, Alfredo Constantino, ne tarissait pas d’éloges à l’endroit de l’élève Amilcar Lopez Cabral : “C’était un très bon élève, un garçon très lettré, qui lisait beaucoup Marx, Engels, Hegel… Il se promenait toujours avec des livres. Il aimait discuter sur l’histoire et sur des sujets très variés. Il écrivait des poèmes et s’intéressait au sport. Il avait même créé une équipe de football…”.


Sa fille, Anna-Maria de Cabral, s’en souvient aussi :
Il était méticuleusement et profondément honnête dans tout ce qu’il faisait. Souvent, ça nous agaçait. Mais au fil du temps, j’ai compris. Sa façon et ses idées m’ont beaucoup influencée et aidée…”.

Le compagnon de lutte de Cabral et ancien Président du Cap-Vert, Aristide Pereira, confiait, la voie nouée par l’émotion : “Cabral, c’était un esprit audacieux, indépendant et libre de tout complexe, avec un don inné de la diplomatie. Il était extrêmement intelligent et très habile de son action politique. On sentait en lui quelqu’un de ferme et de sérieux, et surtout, l’aura d’un commandeur. Pourtant, physiquement, il n’en imposait pas du tout : il était plutôt petit ; il pourrait même passer inaperçu“.

Un autre compagnon de lutte de Cabral, Julio Almeida, souriait plutôt en rappelant : “Un jour, je demande à Cabral : Pourquoi le Noir a-t-il du mal face au Blanc? Et il me répondit en riant : Parce que le Noir a toujours du mal à se sentir Patron. Pour être pris au sérieux, Cabral se croyait toujours obligé d’être rigide“.

Et Julio Almeida, d’enchaîner :Pour Cabral, l’indépendance n’est pas seulement politique, mais surtout culturelle. Il répétait sans cesse que la lutte anti-colonialiste n’est pas une lutte entre Noirs et Blancs, ni entre Africains et Européens. Sa phrase que j’ai retenue, c’est surtout celle-là : en Afrique, il n’est pas nécessaire d’être révolutionnaire ; la seule chose qu’il faut, c’est d’être honnête“.

Du temps où il étaient tous des étudiants résidant au Portugal, de l’écrivain Mario de Andrade à José Eduardo Dos Santos, en passant par Agostino Neto (des noms illustres), tous ont été de fervents sympatisants d’Amilcar Lopez Cabral et ont d’emblée supporté ses prises de position politiques en faveur du peuple contre l’oppression portugaise. Si bien que les luttes du Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) et du Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola (MPLA) ont été la résultante de l’action entreprise par le PAIGC.

Au regard de toutes ces circonstances, l’assassinat d’Amilcar Lopez Cabral se révèle aujourd’hui un piège savamment tendu par l’ancien colon et ses thuriféraires, dans laquelle la victime est tombée sans s’en apercevoir à temps.

En attestent les propos de sa fille, Eva Cabral, relatant les circonstaces de cette mort : “Lors d‘une réception organisée par un Ambassadeur au Secrétariat Géréral du PAIGC, un coup fut monté pour l‘éliminer. Sur le moment, je n’ai pas bien saisi ce qui s’est passé : j’étais trop jeune à l’époque. Mais je l’ai vu à terre : ils avaient tiré sur lui avec dix balles, à bout portant…”.


Le viator

13 Janvier 2009