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Les travaux d’aménagement du Diafarana Kô, lancés en grande pompe, par le président de la République, sont loin de connaître leur fin. La cause, aucun financement jusqu’à ce jour n’a été versé à l’entreprise chargée de l’exécution des travaux.

Aussi, loin d’apporter une certaine amélioration aux conditions de vie des populations riveraines, l’aménagement de Diafarana Kô est, aujourd’hui, source de désagréments. Depuis la démolition du pont, on a enregistré plus d’une centaine d’accidents, sans compter, la prolifération des moustiques, due aux eaux stagnantes.

C’est un véritable calvaire que vivent les populations de Bolibana, Badialan I, deux et trois, aussi bien que celles d’Hamdallaye. Qui doivent faire un très grand détour pour aller d’un côté à l’autre de Diafarana, soit en passant par le pont Richard soit par l’Imacy. Ce qui nécessite un détour de plusieurs kilomètres. Or, il suffisait seulement d’enjamber le pont de Diafarana pour se retrouver de l’autre côté de la rivière.

Mais voilà que six mois après, les travaux, qui étaient initialement prévus pour trois mois, sont loin de voir leur aboutissement. Conséquence: le petit marché (très florissant) de produits de première nécessité qui se tenait au pied du pont, est mort de sa belle mort. Or, ce petit marché était le point d’approvisionnement le plus proche des populations de la zone.

Plus grave est la situation des vendeuses dont la vie, complètement liée à l’existence de ce pont, est désormais devenue un cauchemar. Les plus nostalgiques d’entre-elles n’arrivent pas à expliquer la raison de la démolition d’un pont, qui servait de passage pour plus de mille cinq cent personnes par jour.

Pour ces dernières, le pont de Diafarana, non seulement tenait bon, mais aussi comptait parmi le patrimoine du quartier, hérité de l’époque coloniale.

L’amer constat est qu’aujourd’hui toutes les petites activités commerciales sur les deux côtés de la rivière, sont complètement arrêtées.

Maïmouna Danioko déclare « que depuis que le marché s’est arrêté, nous avons perdu toute notre clientèle. Beaucoup de vendeuses se sont déjà découragées, pire les boutiquiers ont mis les clés sous le paillasson. C’est vraiment dur pour nous, car c’est à partir de notre petit marché que nous nourrissions nos, familles. Pourquoi casser un pont alors qu’on n’est pas prêt à construire un autre »?

Kalilou Sanogo est, lui, plus amer contre les autorités. Vendeur de ciment et de pièces détachées, il y a dix ans qu’il est installé sur les lieux. « Ils nous ont dit qu’ils allaient détruire le pont pour construire un autre d’une plus belle facture, mais voilà plus de cinq mois que toutes les activités commerciales sont complètement arrêtées« , dit-il.

Pour pallier cette situation, les populations, elles-mêmes, se sont débrouillées à mettre en place un passage en planche. Malheureusement, celui-ci a été très fortement éprouvé par l’hivernage passé, il ne tient qu’à un fil pour s’écrouler. Construit de façon artisanale, ce passage non sécurisé a déjà causé plus d’une trentaine d’accidents. Les premières victimes sont les personnes âgées et les élèves qui fréquentent les deux groupes scolaires situés des deux côtés de la rivière Diafarana.

Parmi les victimes, un vieux au guidon de son vélo, s’est blessé grièvement après avoir manqué le petit passage.


Quant à Djénéba Diarra, une ménagère, elle s’est fait mal au pied en tombant sur le pont.

Oumar Diarra, un mécanicien installé au petit marché depuis 20 ans déclare: « nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi on a détruit un pont qui existait depuis l’époque coloniale. Au lieu de nous aider, on a seulement mis les populations dans de vrais problèmes, le passage que vous voyez, a été construit par les populations elles-mêmes. Mais chaque jour, on enregistre au moins un accident. Certains très graves, comme le cas de deux aides-ménagères qui sont tombées du pont et s’en sont sorties avec des fractures ».

La passerelle comme lieu de règlement de comptes entre les élèves

Nombreux sont les témoignages par rapport aux cas d’accidents qui n’épargnent pas ‘‘les amis d’ATT ». Selon les populations, la pacerelle est, désormais, devenue un lieu de règlements de comptes entre les élèves. C’est ainsi qu’elles ont eu à repêcher plusieurs enfants poussés dans la rivière au cours des bagarres sur le passage.

Mme Sidibé, une enseignante, est formelle: « nous enregistrons tous les jours, des accidents dont les enfants sont les victimes. Le lundi 5 janvier, l’un de nos élèves est tombé du pont. Il s’en est sorti avec des blessures légères ».

Contacté par nos soins, le Conseiller technique du ministère de l’Equipement et des Transports, le colonel Bina Coulibaly, a déclaré que « les travaux de Diafarana Kô ne sont pas du ressort de son département. Mais il faut que la mairie saisisse qui de droit, si elle ne peut pas effectuer les travaux. Quand on casse un pont, on construit un passage sécurisé« .

Aussi, le Colonel Bina a demandé au chef des services techniques du ministère de l’Equipement et des Transports d’aller, voir ce qui se passe à Hamdallaye.


Le fonds de démarrage n’a pas encore été décaissé

Pour sa part, le maire de la commune III soutient que « le projet d’aménagement de Diafarana Kô a été discuté en Conseil des ministres, les travaux ont été classés d’utilité publique. Ce qui veut dire que c’est à l’Etat que revient l’exécution des travaux en question. Et plus exactement c’est le ministère du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme qui s’occupe de ce projet ».

Selon le maire Sidibé Abdel Kader, s’il y a des problèmes c’est l’Etat qui est interpellé. Concernant la prolifération des moustiques causée par les eaux stagnantes, Abdel Kader Sidibé affirme que « c’est la mairie de la commune III qui délarve et désinfecte les endroits touchés par les travaux d’aménagement ».

« C’est, en effet, mon département qui s’occupe du projet d’aménagement de Diafarana Kô », a affirmé Moussa Cissoko, le Conseiller technique du ministère du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme. Selon lui, les travaux en question, ont été lancés en 2008 pour soulager le pont Richard complètement débordé par le trafic.

Et Moussa Cissoko d’expliquer qu’ « une commission interministérielle a été mise en place et un appel d’offres a été lancé pour des travaux répartis en trois lots : l’aménagement du lit de Diafarana, l’ouvrage d’art et l’aménagement urbanistique.

Le premier lot a été entièrement financé, les travaux ont été exécutés et sanctionnés par la réception provisoire. Mais en ce qui concerne le financement de l’ouvrage d’art prévu sur le budget 2008, non seulement les fonds de démarrage des travaux n’ont pas encore été décaissés par le Trésor public mais aussi, l’entreprise chargée de l’exécution des travaux est confrontée à des problèmes techniques. On ne pouvait donc pas commencer la construction du pont sans déplacer un tuyau d’alimentation de EDM -SA« , a-t-il expliqué.

Par rapport aux accidents sur le pont de fortune, Moussa Cissoko soutient que « l’Agence Malienne de Construction (AMC BTP) a commencé les travaux sur fonds propres, y compris la démolition du pont. Cependant, on a exigé de l’entreprise AMC BTP de construire des passerelles avant la démolition du pont pour libérer le chantier, ce qui a été fait.

Malheureusement, les populations n’empruntent pas les passerelles et préfèrent un passage de fortune. Il appartient donc aux mairies des communes III et IV, de sensibiliser les populations, de leur expliquer que c’est un chantier et qu’il faut qu’elles respectent la déviation« , a-t-il conclu.

Pierre Fo’o MEDJO

21 Janvier 2008