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Plus du demi milliard volatilisé sous les eaux troubles de la lagune Ebrié : c’est le résultat de plus de 10 missions de contrôle dans la chancellerie malienne d’Abidjan dans la période précédent la présentation des lettres de créances du tout nouvel Ambassadeur Amadou Ousmane Touré, le 29 mai dernier.

La roue de l’histoire tourne. Des diplomates, qui se croyaient intouchables hier, vont-il être rattrapés par leur passé aujourd’hui ? Tout porte à le croire, car convoqués par le juge d’instruction à Bamako, ces barons au col blanc doivent répondre de leurs actes. Parmi les personnalités en vue dans cette affaire, l’ex- Consul Général et le comptable de l’Ambassade sont les plus cités.

Dans leurs rapports annuels remis au chef de l’Etat en début d’année, le vérificateur Général et la CASCA font état de graves accusations à l’encontre de personnalités de premier plan de l’Ambassade du Mali en Côte d’Ivoire, qui ont géré des sommes colossales, notamment pendant le rapatriement volontaire de nos compatriotes en pleine crise ivoirienne et les élections présidentielles de 2007.

Le rapport de la CASCA, dont une copie avait été publiée dans la presse nationale, soulignait de graves disfonctionnements dans la gestion des fonds de la Chancellerie.

Ainsi, en plus des irrégularités constatées dans la mise à jour de l’instruction n°001/MFC du 14 Juillet 1995, fixant les règles et procédures budgétaires et comptables, pourtant applicables dans les Ambassades et Consulats, il a été constaté l’ouverture irrégulière d’un compte bancaire, le 12 décembre 2006, par le Consul Général avec un versement initial de 6 millions et d’un dépôt de 79 millions sur ledit compte.

D’autre part, le rapport fait état de l’existence de factures, de façon répétitive, de factures de réparation de véhicules non identifiés, ainsi que la prise en charge des frais de réparation de véhicules ne figurant pas dans le parc automobile de l’Ambassade, et pour un montant de 1 380 000 Fcfa.

A tout cela s’ajoute, selon le rapport, l’enregistrement non exhaustif des opérations de recettes et de dépenses, le montant de 170 832 480 Fcfa, objet d’un transfert total pour le rapatriement des Maliens en pleine crise ivoirienne et pour la révision des listes électorales ;

l’existence de factures d’un montant de 17 924 951 Fcfa, pour des travaux effectués sans indication de la nature et du lieu des travaux ; des états non justifiés en 2005 et 2006 pour le paiement de frais de transport de 7 066 050 Fcfa ; l’existence de factures d’achat de 12 922 000 Fcfa, mais dont les fournisseurs ne sont pas mentionnés.

Ont été décelés des dépenses de 71 602 833 Fcfa non justifiées et un déficit de 2 661 000Fcfa dans la gestion des timbres fiscaux, des factures impayées de 95 957 608 Fcfa, un manquant de 5 780 cartes d’identités consulaires pour un montant de 14 450 000Fcfa, un dossier de réclamation de 31 460 000 Fcfa avant poursuite initiée par la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) de Côte d’Ivoire, au titre de cotisations non versées.

Ce qui fait un total de 511 256 922 Fcfa. En plus de ce chaos financier, le rapport de la CASCA fait également état de la présence au sein du personnel d’agents supposés être licenciés depuis 2004.

Ici à Abidjan, personne n’a été véritablement surpris de la nouvelle de l’ouverture d’une procédure judiciaire contre ceux qui se croyaient le centre du monde. Ils ont vécu en Eburnie, en pacha au mépris des lois.

C’est le moment de payer tous les sous volés aux contribuables maliens. D’ici la fin de son mandat, ATT s’est engagé à mettre un terme à la délinquance financière, même si cela doit passer par l’incarcération de ses proches. C’est maintenant le moment de montrer les preuves de cet engagement du chef de l’Etat dont les proches sont mêlés à toutes sortes de magouilles au sommet de l’Etat.

De GILDAS, Correspondant du Républicain à Abidjan.

25 Juillet 2008