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Le président de la délégation régionale de la Chambre des mines de Sikasso aborde les questions minières de l’heure dans la 3e région dans un entretien qu’il nous a accordé. Selon lui, « le meilleur moyen de structurer l’activité minière artisanale et d’allier profit et bénéfices sociaux, serait de mettre sur pied des coopératives d’orpailleurs ».

Les Echos : Quelle est la mission confiée à la Chambre des mines ?

jpg_une-1843.jpgAmadou Sy : La Chambre des mines a pour mission l’organisation et la représentation professionnelle des personnes physiques et morales exerçant dans les différentes branches d’activités des mines. Elle propose et donne au gouvernement toutes mesures, avis et informations favorisant le développement des activités de ces membres.

Les Echos : Le Mali est-il devenu un pays exportateur d’or ?

A. S : Dire que le Mali est un pays minier ne date certainement pas d’aujourd’hui, car nous avons tous à l’esprit le voyage de l’empereur Kankan Moussa à La Mecque en 1324 avec des tonnes d’or. A ce jour, le Mali est classé, vu sa quantité d’or exploitée et exportée, 3e producteur d’or d’Afrique après le Afrique du Sud et le Ghana.

Les Echos : Comment expliquez-vous la disparité d’exploitation de l’or dans la région de Sikasso ?

A. S. : Nous avons dans la région de Sikasso environ 82 sites d’orpaillage. Nous ne pouvons à proprement pas parler de disparité, mais de deux activités ayant le même but, c’est-à-dire la recherche de l’or mais à des niveaux différents : l’une artisanale et l’autre industrielle.

Les exploitations industrielles sont des sociétés privées qui ont signé avec l’Etat malien une convention d’établissement pour l’exploitation aurifère. L’Etat est d’ailleurs partie prenante dans les capitaux de ces sociétés pour environ 20 %. Ce qui, naturellement, implique des droits et devoirs de part et d’autre. Il faut protéger les capitaux des investisseurs étrangers qui ont accepté de venir placer leur argent chez nous, mais avoir toujours à l’esprit la préservation des intérêts de l’Etat et des nationaux.

Quant au secteur de l’exploitation artisanale qui connaît aujourd’hui une grande effervescence, il se caractérise par des moyens rudimentaires d’exploitation. Ce secteur a besoin d’une organisation vu les nombreux maux qui affectent les sites d’orpaillages : dégradation de l’environnement, délinquance, insalubrité, prostitution, etc.

Les Echos : Comment comptez-vous organiser les orpailleurs ?

A. S. : Non seulement l’encadrement des orpailleurs est une priorité pour la délégation régionale de la Chambre des mines mais une organisation du secteur s’impose. L’activité artisanale est largement constituée d’orpailleurs indépendants de tradition coutumière. Le meilleur moyen de structurer l’activité minière artisanale et d’allier profit et bénéfices sociaux, serait de mettre sur pied des coopératives d’orpailleurs en accord avec l’administration et les populations locales.

Les avantages incitatifs aux regroupements des exploitations minier artisanaux en coopératives sont nombreux : la formation et l’assistance technique et financière des exploitations du secteur en vue de renforcer leur capacité managériale et de promouvoir l’émergence d’une classe moyenne du secteur minier, le suivi des flux matières de l’artisanat miner depuis le site d’extraction jusqu’au point de vente en vue de canaliser toute la production dans le circuit officiel de commercialisation en payant les droits et taxes dus ; la promotion et le développement intégré des communautés locales où se déroulent les activités minières artisanales grâce à la rétrocession de la quote-part des droits destinés à ces communautés.

La collaboration avec l’administration publique les services techniques miniers ainsi qu’avec d’autres organismes pour la conception, la fabrication et l’acquisition des équipements adaptés aux conditions géologiques des gisements exploités par les artisans orpailleurs en vue d’améliorer leur productivité quantitative et qualitative, vulgariser les normes de sécurité sur les sites d’exploitation et veiller à leur stricte application en incitant l’exploitant minier à investir dans les autres secteurs de l’économie nationale en vue d’assurer l’après mine.

Les coopératives minières qui seront créées devront s’organiser autour de sept piliers fondamentaux : l’adhésion volontaire ouverte à tous sous réserve de la validation par les membres de la coopérative ; le pouvoir démocratique exercer par les membres ; la participation économique des membres, l’éducation, la formation et l’information, la coopération entre les coopératives et l’engagement envers les communautés.

Les Echos : Les sociétés minières dans la région connaissent des difficultés avec les populations qui manifestent pour avoir des retombées. Comment peuvent-elles satisfaire les différentes demandes pour que la cohabitation soit pacifique ?

A. S. : A notre avis la cohabitation n’est pas si mauvaise que l’on pense ou que l’on dit. Il y a certes des malentendus, des incompréhensions entre les populations et certaines sociétés minières, mais des solutions adéquates y ont toujours été apportées.

Malgré la construction de petits barrages, d’écoles, de centres de santé, des jardinages, eau potable, etc, les localités où sont domiciliées les sociétés minières ne profitent pas à juste mesure des retombées souhaitées, ces sociétés minières ne se focalisent pas uniquement sur les localités de leur site, elles ont obligation au niveau national en contribuant à l’économie nationale : impôts et taxes de douane, contribution à la balance des paiements au PIB.

Les hautes autorités chargées du secteur minier, conscientes de cette situation, sont en train de prendre toutes les dispositions par la confection d’un kit minier auquel tout demandeur de permis devra se conformer.

Les Echos : Il y a eu des problèmes entre certains ouvriers miniers et leurs employeurs sur le respect du code du travail. Comment comptez-vous le gérer ?

A. S. : Quant au problème relatif aux conditions de travail des ouvriers, nous n’avons jusqu’à ce jour pas eu de cas majeur au niveau de la région, peut être vous voulez signifier le cas de la mine de Syama où il y a eu des incidents assez sérieux qui en fait étaient dus à une incompréhension et non à des conditions de travail. Comme je le soulignais tout à l’heure, les autorités chargées des mines travaillent sur un kit où toutes les parties trouveront leur bonheur.

Propos recueillis par

B. Y. Cissé

(correspondant régional)

Les Echos du 30 Mai 2013