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Nous vivons un véritable drame national. Le Mali est dans une situation terrible. Depuis le 17 janvier 2012 le Nord est occupé. Nos frères souffrent atrocement. Encore aujourd’hui aucune mesure significative n’est prise. Le Mali, où il n’y pas de différence entre sonrhaï, kel tamashek, bobo, dogon, bozo, peulh, bamanan, malinké, soninké, sénoufo, minianka, etc ; c’est ce Mali que nous sommes en train de perdre.

Le pays subit une guerre économique, politique, stratégique. Ce n’est pas avec seulement les armes qu’elle va être gagnée. Il faut aussi des armes politiques, diplomatiques, stratégiques.

A cet égard il est bon de souligner que durant la première rébellion des années 1963-64 c’est avec l’aide efficace de certains chefs de tribus nomades de Kidal que beaucoup de rebelles ont rendu leurs armes aux troupes commandées par le capitaine Diby Silas Diarra. Encore aujourd’hui il y a des Kel Tamashèq qui sont d’authentiques Maliens et qui peuvent contribuer à la lutte contre la rébellion, en désarmant beaucoup des leurs.

Ce pays contient des richesses recherchées. Elles sont détectées et convoitées depuis longtemps. Pour preuves, citons la loi créant l’OCRS, qui revendiquait la mise sous tutelle de la France de la zone actuellement occupée par les rebelles. Cette loi votée par les Assemblées françaises le 10 janvier 1957 disait notamment:

« Art.1er – Il est créé une « Organisation Commune des Régions Sahariennes » dont l’objet est la mise en valeur, l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République Française et à la gestion de laquelle participent l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan, le Niger et le Tchad.

Art.2.– L’O.C.R.S. englobe, à l’origine, les zones suivantes, reparties entre l’Algérie, le Soudan, le Niger et le Tchad. La commune mixte et l’annexe de Colomb-Béchar, la partie de l’annexe de Garyville, située au Sud des Monts des Ksours, les communes indigènes et les annexes de la Saoura, du Gourara, du Touat, et de Tindouf, la partie saharienne des cercles de Goundam, de Tombouctou et de Gao;…

Art. 3 – L’O.C.R.S. a pour mission, sur le plan économique et social:

1°) De promouvoir toute mesure propre à améliorer le niveau de vie des populations et à assurer leur promotion sociale dans le cadre dune évolution qui devra tenir compte de leurs traditions;

2°) en harmonie avec les programmes de développement du plan de modernisation et d’équipement:

a) de préparer et de coordonner les programmes d’études et de recherches nécessaires au développement de ces Régions;

b) en fonction du résultat de ces études et recherches, d’établir des inventaires et de mettre en œuvre les programmes généraux de mise en valeur, principalement dans les domaines énergique, minier, hydraulique, industriel et agricole

c) d’établir et de mettre en œuvre un plan d’infrastructures (notamment transports et communications) en fonction de ces programmes;
d) de susciter l’installation d’industries extractives et de transformation et de créer, lorsque les conditions le permettent des ensembles industriels».
La situation est très grave ; il faut prendre le taureau par les cornes. Il est vrai qu’on ne peut ignorer ni la CEDEAO, ni l’UA, mais il faut que l’essentiel vienne de nous d’abord.

Aucune partie du peuple n’a la souveraineté nationale. Il est donc important d’obtenir une réunion de toutes les sensibilités du pays pour se parler franchement. Il urge de rassembler le peuple Malien pour lui permettre de prendre en mains son destin, au lieu de laisser se prolonger dangereusement les volte-face de la CEDEAO qui viennent d’entraîner des dérives graves et de prolonger les souffrances pour le peuple déjà meurtri. Pendant ce temps des avantages scandaleux sont accordés aux putschistes puis retirés en partie, formellement. Rien pour le peuple, même pas le respect.

Au lieu de nous déchirer entre pro-putsch et anti-putsch, pro-CEDEAO et anti-CEDEAO, entre pro et anti MP22, COPAM, FDR, ADPS, etc ….., posons nous les vraies questions et répondons y vite et bien. Qu’est ce que nous envisageons pour notre pays? Comment le faire?

Les 20 ans de 3ème République ont montré leurs limites. Aussi bien sous la forme de «gestion concertée du pouvoir» (1992-2002), qui a capoté et succombé à des dérives qui ont enfanté le COPPO en 1997, que sous la forme du fameux «consensus» (2002-2012) qui a enfanté la déliquescence de l’État et le putsch du 22 mars 2012, le constat d’échec est patent.
Nous sommes donc interpellés par l’Histoire, qui vient d’inscrire comme exigence, un changement total, une remise en ordre du pays, sur de nouvelles bases, en respect des principes et en harmonie avec notre culture.

L’équation à laquelle nous faisons face est complexe et l’avenir du Mali dépend de sa juste solution.

Il ne s’agit pas d’imaginer des arrangements savants, des montages politiciens, des rafistolages malins. On sait qu’en multipliant les arrangements on finit par déranger la République. Donc il ne s’agit pas d’arranger, il faut régler les problèmes que pose l’Histoire, avec courage et détermination.

Autant de choses qui exigent aujourd’hui que la Nation malienne, toutes tendances confondues se retrouve pour tenir des Assises nationales, restaurer l’unité nationale, relancer les activités dans tous les domaines.
Nous faisons face fondamentalement à trois problèmes: – un problème institutionnel à Bamako; – un problème d’occupation au Nord; – une société malienne profondément malade.

Les décisions doivent être prises dans l’urgence, toutes sensibilités confondues. La seule garantie c’est le rassemblement du Peuple Malien car aucune partie du peuple ne peut incarner ou exercer la souveraineté. Donc il faut de toute urgence rendre au peuple l’exercice de sa souveraineté. Pour restaurer l’État dans sa plénitude, il convient de prendre des décisions justes, dans un contexte de participation populaire, afin d’installer des structures légales et légitimes conformes à la volonté des populations.

Le problème doit être résolu entre Maliens d’abord. Tout doit être débattu aux assises nationales, où il faut: – Discuter de tous les problèmes du Mali ; – Rédiger une feuille de route; – Élire une équipe pour la transition.
Les assises nationales doivent dégager les grandes orientations de la Transition, en définissant un programme cohérent, précis, pratique, ayant le soutien de la Nation tout entière.

L’armée n’est pas le pouvoir; c’est une force au service de l’Exécutif ou ce n’est pas une armée républicaine. Le putsch du 22 mars 2012 n’est que la conséquence d’une situation qui ne pouvait pas durer. C’est pourquoi on ne peut pas condamner définitivement la Junte. Aidons-la, avec beaucoup de franchise, à retrouver la place qui lui revient dans la défense et la reconstruction du pays. On n’a pas besoin de diplomatie pour cela.

Il faut peut être mettre en place un Conseil national, dans lequel les militaires seront parties prenantes, au lieu de nous bagarrer sur des noms d’individus. Le conseil choisira en son sein un président qu’il peut changer à tout moment.

Les assises nationales doivent définir: – les structures de la Transition et leur composition; – la vision politique dans laquelle ces structures doivent fonctionner; – les objectifs de la Transition; – la durée de la Transition.
En nous engageant résolument dans la lutte de libération des zones occupées, nous devons réaffirmer notre opposition au projet de République islamique et à toute ingérence étrangère.

Le programme de Transition doit s’attaquer à 3 questions prioritaires: – la gestion de la crise au Nord et des problèmes de sécurité dans tout le pays; – la réorganisation et de l’assainissement de l’État; – l’organisation des élections. Pour une gestion rapide et efficace de la Transition, il convient de mettre en place un gouvernement réduit au maximum et comprenant des femmes et des hommes intègres, compétents et profondément respectés par le peuple.

Le programme de gouvernement doit s’articuler autour des objectifs politiques suivants: – Restructuration de l’armée; – Rétablissement de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale; – Retour des réfugiés et des déplacés; – Sécurité alimentaire; – Assainissement de l’appareil d’État; – Lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite; Relecture des textes fondamentaux et organisation des élections.

Les populations, pour la plupart, ont perdu foi en tout. C’est pourquoi des émissions comme Top Etoiles, Grand Sumu, Samedi Loisirs, etc continuent. Les gens attendent tout d’ailleurs, et presque rien d’eux-mêmes. On a l’impression qu’à Bamako il n’y a que la civilisation du loisir et du plaisir. Cela pendant que le pays est en guerre.

Il est temps que le peuple malien sente que le pays souffre. Moralement, il faut imposer à chaque Malien le goût de l’abstinence, de la compassion, de l’humilité. Il faut arrêter les émissions festives à la télé, avec des distributions d’argent, alors que des compatriotes meurent au même moment. On est à Bamako, on vit bien, d’autres soufrent, il faut y penser. Il est temps que le peuple malien, en supprimant ces programmes, sache qu’il y a autre chose à faire.

La presse, l’information ont un rôle très important. Il faut concevoir des programmes de radios et télévisons en rapport avec la situation dramatique que vit la Nation. Donc il faut impérativement adopter de nouveaux programmes patriotiques. Qu’on ne voit plus ces griottes chamarrées d’or. Châteaubriant a dit: «chaque fois qu’une civilisation de plaisir et de loisir, se déploie dans un pays… soyez sûrs que ce pays est appelé à connaitre des lendemains sombres».

Par ailleurs, il faut donner à l’ORTM une ligne éditoriale correcte, orienter l’information sur la sensibilisation par rapport à la crise, sur les valeurs fondamentales de la Nation. La même ligne éditoriale doit être acceptée par tous les organes de la presse privée écrite orale et audio-visuelle. Il est très urgent de créer un Comité National de l’Information et de la Communication, en vue d’asseoir la perception que nos concitoyens et le monde extérieur doivent avoir des réalités du terrain et des activités de la Transition.
Ce comité aura en charge de recueillir l’information, de la traiter et de la diffuser.

En délivrant modestement et humblement notre message d’Ancien aux uns et aux autres, nous implorons le Tout Puissant pour qu’il nous assiste, afin que la paix des cœurs et le sursaut patriotique permettent à tout notre peuple de se donner la main, pour se conformer à notre hymne national qui dit: « Si l’ennemi découvre son front, Au-dedans ou au dehors, Debout sur les remparts, Nous sommes résolus de mourir», et à notre devise nationale: Un Peuple, Un But, Une Foi.

Depuis le 25 mai 2012, beaucoup de fluctuations sont intervenues, compliquant la situation: les regroupements politiques se replient sur eux-mêmes, bien que réalisant les uns et les autres, à des degrés, divers que la souveraineté du peuple est incontournable. Les assises nationales ne peuvent pas être évitées. Mais beaucoup, parmi les restaurateurs, tentent acharnement de les concevoir à travers le prisme de leur conscience perverse.
Au Nord, les populations subissent l’humiliation, les vexations, la répression, les viols, les pillages et diverses formes de torture.

La CEDEAO, l’UA et l’ONU s’empêtrent dans des considérations aussi irrationnelles qu’inopérantes. L’armée brille par ses contradictions et son immobilisme. Comment faire qu’une Constitution disparaisse et renaisse à la fois en pièces détachées?

La faute mortelle a consisté à fouiller dans la poubelle pour tenter vainement de redonner vie à des organes d’un régime mort et enterré suite au coup d’Etat du 22 mars 2012. Cela fait qu’aucune solution ne pointe à l’horizon. En effet, comment l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle d’un régime peuvent survivre, alors que le Président, le gouvernement et toutes les autres institutions sont balayées?

Dans quel pays et sous quel régime les députés ont-ils le droit de fixer ou de prolonger la durée de leur mandat? Tout le monde sait que c’est la Constitution et elle seule qui fixe cette durée. S’il en était autrement, aucun Président au monde n’aurait demandé la modification de la Constitution pour proroger son mandat. Une fois que l’Assemblée acquiert le doit de proroger son mandat, pourquoi ne voterait-elle pas une prolongation illimitée et donc éternelle?

L’Almamy Samory Touré, El Hadj Omar Tall et l’imam Mamadou Lamine Dramé ont pris les armes pour défendre les populations de ce pays. Qu’attendent les Imams de 2012 pour défendre les populations et notre patrimoine culturel? Au total les dégâts sont immenses. La tâche est complexe, alors que les moyens humains, matériels et financiers sont dérisoires. La situation résulte à mon humble avis de:

1- L’action des putschistes du 19 novembre 1968 qui ont, pendant 23 ans, détruit l’armée par leur comportement, la liquidation physique de plusieurs dizaines d’officiers et de sous-officiers valables (les 11 Colonels et Commandants hérités de la 1ère République, le groupe de Yoro Diakité, les 33 du groupe de Diby Silas Diarra, les 46 du groupe de Tiékoro Bagayogo et Kissima Doukara, le groupe des sous-officiers et des gendarmes, etc.);
détruit le système éducatif malien, par le démantèlement de la réforme de 1962, la répression des enseignants et des étudiants, les nombreuses fermetures de classes et années blanches, les coupes sombres dans le budget de l’éducation.

Ils ont aussi renversé la hiérarchie de l’armée, en dissolvant l’Etat-major général et en mettant aux arrêts les officiers supérieurs, avant de les balancer à la retraite d’office; interdit toute activité politique et associative libre; imposé un régime dictatorial au peuple malien et créé le bagne de Kidal et celui, tristement célèbre, de Taoudénit, ou ils ont exterminé des civils et surtout des cadres militaires de grande valeur.

Ils ont, enfin, liquidé les acquis économiques du peuple (Sociétés et entreprises d’Etat); sur la conscience la mort du Président Modibo Kéita et celles de nombreux cadres civils et militaires de valeur exceptionnelle, sans compter l’hécatombe des répressions de janvier – mars 1991; détruit le tissu économique et social du Mali; instauré la déliquescence des valeurs morales et donné libre cours à la dépravation, à la corruption, au banditisme, à la prévarication, au pillage des biens publics,

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, le CMLN n’est pas à confondre avec l’Armée Nationale du Mali. Mieux, ce fut le vrai fossoyeur de l’Armée et des valeurs de la Nation. Son crime contre l’Armée et le peuple Malien est de dimension historique. C’est un crime imprescriptible contre la Nation et le peuple.

En avant-propos de mon livre «Du CMLN à l’UDPM, 23 ans de mensonges» j’ai écrit ceci: «Le pouvoir fasciste du Comité dit militaire, présidé pendant 23 ans par Moussa Traoré et ses comparses, fut un régime de liquidation nationale.

Il a eu une influence catastrophique sur la vie du peuple malien, un peuple pourtant héritier d’une vieille culture. Au delà des destructions, prédations et liquidations matérielles dans tous les domaines, il est l’auteur principal du démantèlement de l’Homme Malien dans ses valeurs morales et patriotiques.

La paresse, l’inconscience professionnelle, les tricheries, l’effronterie, le dévergondage, le vol, les détournements de deniers publics, les passe-droits, l’indifférence du pouvoir devant les souffrances du peuple, la violence gratuite dans les rapports interpersonnels, l’incivisme, l’effondrement du système éducatif et des Sociétés d’État, l’étouffement du sentiment patriotique et tant d’autres tares sociales dont souffre le Mali d’aujourd’hui, furent, sinon enfantées, assurément aggravés en cette trop longue saison kaki».

2 – La gestion calamiteuse du pays par l’ADEMA, de 1992 à 2002. Ce qui a porté la délinquance et les destructions au plan moral, politique, social et culturel à un niveau jamais atteint, même sous le régime du CMLN ou de l’UDPM, au point d’aboutir au rejet de la politique et des politiciens par une large frange des populations des villes et des campagnes du Mali.

3 – Ce qui a fait le lit du régime ATT, un indépendant bénéficiant d’un large consensus des partis politiques, qui sont responsables de la situation résultant des 10 dernières années de la 3ème République, mis à part quelques partis d’opposition, comme SADI, BARA, etc.

Bamako, le 11 juillet 2012

Amadou Seydou Traoré

Libraire, Editeur

30 Juillet 2012