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Amadou Koné, ministre ivoirien de l’Intégration africaine et porte-parole du Gouvernement du Premier Ministre Guillaume Soro depuis avril 2007 a été successivement Directeur de cabinet de Guillaume Soro et ministre du Tourisme et de l’artisanat.

En exclusivité, notre correspondant à Abidjan aborde avec lui les questions d’intégration et des Etats-Unis d’Afrique, le retour des opérateurs économiques maliens au port autonome d’Abidjan. Les organisations sous-régionales doivent-elles jouer un rôle ou disparaître au profit de l’Unité ? Le programme DDR, les élections, la flambée des prix ont été également abordées. Lisez plutôt !


Le Républicain : Comment définissez-vous l’Intégration régionale de façon générale ?

Amadou Koné : L’Intégration régionale est la forme la plus achevée de la Coopération, mais ce n’est pas la coopération. La Coopération peut être bilatérale, multilatérale. La Coopération est aussi sectorielle et surtout inscrit dans le temps.

Il y a aussi la coopération technique, et on peut avoir la coopération en termes de facilitation des échanges d’expériences entre Etats.
L’intégration par contre est la cession de tout ou partie de prérogatives, de la souveraineté, à la limite, à un ensemble régie par des règles ou institutions communautaires. Par la suite.

Elle peut être perçue comme la mise en commun d’un certain nombre de ressources tant matérielles qu’immatérielles, allusion faite aux ressources naturelles, aux intelligences pour favoriser le développement en relation avec à l’histoire, à la géographie, à la culture, d’une région, d’un ensemble de régions, d’un ensemble d’Etats, d’une région.

Pouvez-vous nous présenter, succinctement le Département dont vous avez la charge ?

Précédemment, ce ministère était celui de la coopération et de l’intégration africaine. Mais dès ma nomination, j’ai estimé qu’il fallait se débarrasser du volet coopération et maintenir uniquement le concept de l’intégration africaine tout court.

Ceci parce que pour moi, lorsqu’on est intégré, on n’a plus besoin de coopération. Mon objectif en venant à ce département était plutôt d’intégrer nos peuples et non de les conduire à la coopération.

Le ministère de l’intégration, comme l’indique le décret portant attribution des membres du Gouvernement, est un ministère de coordination et également un ministère technique qui s’assure que les décisions qui sont prises dans les Etats et dans les organisations communautaires favorisent l’émergence d’un espace régional commun.

Il s’intéresse aussi à la fixation des règles de fonctionnement de cet espace commun, au développement social et économique intégré des Etats membres de la communauté ou de l’Union.

Cela fait que c’est un ministère qui touche à beaucoup de secteurs, pratiquement à tous les secteurs. En liaison avec les ministères techniques concernés, nous travaillons sur la politique agricole commune de la CEDEAO. Nous travaillons sur les questions de transport, sur les questions économiques, de santé et d’éducation etc.

Le développement durable et les questions de l’environnement sont aussi abordés. En somme toutes ces questions sont traitées au niveau des Etats par des ministères, au niveau de la sous-région et de la région, par des ministères de l’Intégration, accompagnés des ministères techniques qui nous aident à cela.

Mon rôle, par exemple, aux cotés du ministère de l’intérieur est de faire en sorte que les protocoles sur la libre circulation des personnes et des biens, des services et des capitaux en intelligence avec les ministères de l’Economie et des Finances et de celui de la Défense, soient une réalité. Ensuite, en faire le suivi en Côte d’Ivoire pour le compte de la région et de l’Etat. Mais il ne m’appartient pas d’élaborer une politique nationale en ces matières.

Mon rôle est aussi de recenser les difficultés constatées dans l’application de ces protocoles, conventions et décisions que les chefs d’Etats adoptent et de les porter aussi bien à la connaissance du Gouvernement ivoirien et que des communautés régionales pour que des solutions soient trouvées.

Je dois, à ce titre, me faire l’avocat de la bonne application des décisions dans les pays de la sous-région au profit de nos populations, de nos entreprises et cela en toute contradiction avec les décisions qui sont prises. Voilà globalement ce dont s’occupe le ministre de l’intégration africaine.

A vous entendre, votre ministère a une position-charnière. Alors comment expliquez-vous qu’avec une telle casquette la communication sur vos actions ne parvient pas aux citoyens?

Cela fait un an que j’ai été nommé à la tête de ce ministère mis en place depuis maintenant cinq ans déjà. Et ce n’est pas de l’auto-satisfecit, mais je pense avoir, en plus des dossiers importants qui ont fait que dans l’opinion, le ministère de l’intégration n’était pas réduit à ce que je vous ai fait savoir.

Je m’occupe des questions délicates comme les accords de partenariat économique (APE). La Côte d’Ivoire est le seul Etat qui ait confié ce dossier au ministère de l’intégration.

Des retours que j’ai que ce soit au niveau du chef de l’Etat, du Premier Ministre, de mes collègues du Gouvernement et de beaucoup de gens que je rencontre, des messages que nous avons sur notre site Internet, parce qu’il en existe maintenant un (www.integration.gouv.ci), je pense que globalement la Côte d’Ivoire fait partie des pays de la sous-région où l’intégration est mieux comprise. Il y a des efforts importants qui ont été faits par mes services et je suis obligé de le reconnaître.


Comment expliquez-vous le fait que l’Afrique de l’Ouest particulièrement, éprouve encore de la peine à réussir l’intégration sous régionale ?

Je pense qu’il y a un déficit déplorable, et inacceptable parfois, de communication sur les efforts d’intégration qui sont fait par nos régions et nos Etats.

Il suffit de jeter un regard sur ce qui se passe en Afrique de l’Ouest dans le cadre de l’UEMOA et la CEDEAO, pour se rendre compte que les choses bougent. Et ici, il y a énormément de choses qui sont faites. Au niveau de l’UEMOA, par exemple, on ne parle pas de convergence monétaire, parce que nous avons une monnaie qui est le CFA.

Cela nous oblige à une gestion collégiale de celle-ci., à fixer des règles de gouvernance économique ce qui nous a amené à avoir entre autres un tarif extérieur commun de sorte à harmoniser les questions de fiscalité. Ce sont des choses importantes qui ne sont pas visibles pour les populations, mais quand elles sont creusées dans le fond, ont des implications insoupçonnées dans la marche de la région et des Etats.

C’est également au niveau de la CEDEAO d’importantes décisions liées à la libre circulation des personnes et des biens. Encore sur le plan économique, d’importantes décisions sont prises. Sur le plan de la santé, nous avons des institutions comme l’OAS (Organisation Africaine de la Santé) qui ont été mises en place.

Vous avez des institutions de financement et de développement, telles que la BOAD avec l’UEMOA, la BISIC avec la CEDEAO.

Cette CEDEAO qui elle-même a joué un rôle important dans la création d’institutions bancaires privées comme ECOBANK.

Le projet de gazoduc de la région Afrique de l’Ouest est presque achevé car les liaisons entre le Nigeria et le Niger d’une part et entre le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana d’autre part, sont désormais une réalité.

Ce gazoduc devra très bientôt atteindre la Côte d’Ivoire afin d’accroître les capacités de production d’électricité du pays. Ce qui est une avancée importante dans l’autosuffisance de la région en matière d’énergie quand on sait que la Côte d’Ivoire fourni déjà de l’électricité à certain nombre de pays de la région.

Il y a donc énormément de choses qui sont faites, mais cela n’est pas suffisamment su de nos populations qui ont le sentiment que les choses piétinent. C’est aussi une bonne chose dans la mesure où cela laisse sous-entendre que nos populations sont pressées d’aller à l’intégration.

Ceci étant, je pense qu’il appartient à nos différentes organisations sous-régionales et régionales avec l’Union Africaine de prioriser l’intégration des peuples. Voyez-vous sans cette intégration-là, ce sont forcément nos Etats qui vont disparaître d’ici peu.

Récemment, dans le cadre de l’intégration économique sous régionale, le port autonome d’Abidjan a effectué une tournée dans l’inter land (Mali, Burkina Faso, Niger), pour le retour des opérateurs économiques de ces pays vers Abidjan.


Votre ministère n’était pas de ces voyages. Vous avez également brillé par votre absence lors du tournoi du corridor qui a regroupé ces pays à Abidjan. Que s’est-il passé ?

D’abord je tiens à féliciter le Directeur général du Port, Monsieur Marcel Gossio pour toutes ces initiatives prises dans le cadre de l’intégration de nos Etats.

Tout cela, il faut le mentionner a été possible grâce à l’accord politique de Ouagadougou qui a permis de faciliter la reconquête des opérateurs économiques de ces pays frères qui s’étaient détournés de la destination Côte d’Ivoire.

Mes félicitations vont aussi à l’endroit du directeur Général de la Société des transports Abidjanais (SOTRA), mon grand frère Attey Philippe qui fait des efforts dans le sens de la coopération avec un pays comme la Guinée, dans le domaine de la modernisation des transports urbains.

Je suis heureux que toutes ces actions se passent bien, car le ministère de l’intégration ne saurait être partout à la fois.

Aujourd’hui, je suis heureux que la majeure partie des manifestations en Côte d’Ivoire, que ce soit d’ordre culturel, sportif ou économique, se positionnent par rapport à la région. La Côte d’Ivoire toute seule n’est rien sans le Mali, le Burkina…. C’est ensemble que nous pouvons réaliser le développement de ce vaste marché commun important de 250 millions d’habitants au profit de nos populations et de nos entreprises.

Il n’y a pas longtemps un chef d’Etat disait que l’intégration totale du continent passera par les organisations sous-régionales.

Lors du dernier sommet de la CEN-SAD au Bénin, le Guide de la révolution Libyenne Mouammar Kadhafi a affirmé que l’intégration totale du continent ne peut pas se faire avec ces regroupements sous-régionaux. Quelle réflexion faites-vous de ces positions contradictoires ?

Il s’agit des Etats-Unis d’Afrique d’une part et du Gouvernement de l’Afrique, de l’autre. Ce sont donc deux choses différentes mais néanmoins il s’agit en fait de ces deux questions.

Je suis de ceux qui pensent que pour aller au gouvernement où Etats-Unis d’Afrique il y a un travail rigoureux qui doit être fait dont l’aboutissement devra être ces deux chantiers importants et dont les chefs d’Etats ont reconnu la pertinence et la nécessité de leur accomplissement.
Tout est une question de méthode. Comment y allons-nous ?

Quels sont les problèmes auxquels l’on se trouvera confronté ? Comment lève-t-on les obstacles dans quels délais ? Et progressivement nous allons arriver à ce gouvernement et par la suite aux Etats-Unis d’Afrique.

Ce n’est plus une question politique mais plus technique. Par ailleurs, c’est quoi un gouvernement ? Avec qui travaille ce gouvernement ? Avec d’autres institutions bien entendu. Le parlement, le Conseil économique et social, les institutions judiciaires. Ces institutions existent au niveau de l’UA mais ne fonctionnent pas. Il faut les faire fonctionner.

Vous savez, beaucoup de nos pays ont eu besoin pour se constituer, pour s’organiser, pour faire fonctionner leurs institutions de l’assistance technique de ceux qui dans ces domaines avaient de l’expérience avant nous. Aussi il faut savoir que ça peut être un travail à faire sur une durée plus longue. Et pour clore le débat politique sur la question, il faut dès à présent mettre les techniciens au travail.

Ce qu’il faut éviter c’est surtout de dire qu’il faut réaliser les Etats-Unis d’Afrique pendant que je suis là au pouvoir, ici et maintenant. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de construire quelque chose qui va marcher. On pourrait se contenter au moins d’être cité parmi ceux qui ont accepté de mettre la méthode pour la réalisation de cette œuvre dès le départ.


M. le ministre, avez-vous une coloration politique ?

En tout cas on me donne une odeur politique, mais je pense que ce n’est pas de cela qu’il s’agisse aujourd’hui. Mais j’en ai une. J’ai ma préférence que je garde pour moi. Ceci étant, je milite pour une société égalitaire, une société tournée vers le développement.

Une société où la bonne gouvernance est une réalité que cette bonne gouvernance soit inculquée à chaque citoyen pour que dans nos foyers, cette pratique soit acquise par tous. Je suis pour une société émergente, organisée et structurée.

Des élections présidentielles sont fixées en Côte d’Ivoire au 30 novembre 2008. A quelques mois seulement avant ces échéances, le constat est que beaucoup de difficultés demeurent telle que la réalisation du programme DDR.

Pensez-vous qu’à ce rythme les élections pourront se tenir à la date prévue ?

Je vais être très franc avec vous. Pour moi, le seul combat qui mérite d’être engagé est celui pour le développement et pour le bien être de nos populations. Et ce combat là ne peut pas se mener dans ce contexte actuel de façon sereine et efficace en Côte d’ Ivoire. Et ce faisant, mon combat est de tout mettre en œuvre dans le cadre du gouvernement pour que le 30 novembre prochain, il y ait des élections.


Que pensez-vous de l’opération «mains propres» entreprise par le chef de l’Etat et qui vise à la moralisation de la vie publique ?

Je crois que quelque soit le pays, personne ne condamnera ce type d’action qui vise à moraliser la vie publique.


La récente flambée des prix des hydrocarbures, doublée de la crise alimentaire a alourdi les conditions de vie de l’Ivoirien et de l’Africain en général. Mais que proposez-vous comme solution apaisée de sortie de crise pour vos compatriotes ?

Les solutions ont déjà été données par des experts en la matière, et encore récemment par la FAO. On a eu des annonces de contributions pour nous permettre de mettre en place des politiques de production pour arriver à l’autosuffisance alimentaire. Je m’attarderai sur les questions liées à l’alimentation pour aller au-delà pour assurer la sécurité alimentaire d’ici 2012.

Je souhaite simplement que les annonces qui ont été faites soient respectées et qu’on puisse dans un cadre cohérent, mettre en œuvre les programmes nécessaires à la quête des résultats escomptés.

Au-delà je pense qu’il est grand temps que la politique agricole commune de la CEDEAO soit achevée. La CEDEAO en collaboration avec l’UEMOA qui est entrain de réaliser une politique agricole de l’union. Que le PAC et le PAU forment une concordance.

C’est vrai que ce n’est pas simple à faire mais il faut avancer. Et enfin qu’il ait une convergence des deux politiques et que nous puissions assez rapidement aboutir à une sécurité alimentaire et bénéficier d’une politique qui devra s’attaquer aux questions relatives à un meilleur rendement, à une meilleure commercialisation de nos produits agricoles de rente.

Je fais allusion notamment au coton. Que ces questions-là soient bien traitées et qu’on puisse réserver un volet important à la diversification de la production agricole tant à l’exportation qu’à la consommation interne et qu’on puisse améliorer la distribution des denrées alimentaires dans la région.

En ce qui concerne la question d’énergie, le premier vœu que j’émets est de faire en sorte qu’il ait une directive de la communauté et des chefs d’Etats en ce qui concerne les questions de biocarburant. Il ne faut pas non plus que nous allions tous nous jeter sur les biocarburants au détriment du vivrier, ce qui va être catastrophique.

Enfin sur cette question énergétique, il faut que nous puissions accroître notre production en matière énergétique. Il y a un travail qui a été confié récemment par les chefs d’Etats de la CEDEAO au président de la Guinée-Bissau pour mener avec tous les experts la réflexion nécessaire pour que la région produise suffisamment d’énergie pour ses besoins.
Pour le pétrole, les chefs d’Etats ont lancé un appel allant dans le sens de la solidarité des pays africains producteurs de pétrole à l’égard des pays non producteurs.

Suite aux récents mouvements de la population contre la vie chère, le gouvernement vient de prendre de grandes décisions, entre autres, la réduction du train de vie des ministres et présidents des institutions du pays. Qu’en Pensez-vous ? Trouvez-vous que ces mesures pourront concrètement améliorer les conditions de vie de la population ?

Je l’espère en tout cas.

L’un de vos admirateurs soutient que vous avez un physique de mannequin et voudrait savoir s’il vous était une fois arrivé de défiler pour un couturier ?

Je me souviens que quand j’étais ministre du tourisme, cela m’a été demandé par un couturier qui a voulu être ainsi honoré d’avoir comme mannequin d’un jour son ministre de tutelle. Je crois qu’il me l’avait demandé parce que j’étais son ministre et pas pour une autre raison. Je n’ai jamais envisagé de participer à un défilé de mode.


Vous êtes sûrement l’objet de sollicitation de la part de la gent féminine. Comment arrivez-vous à contourner ces regards intéressés sur vous ?

Qui vous dit que je suis l’objet de sollicitations ?

(Rires). C’est normal mais seulement, je consacre beaucoup de temps au travail et ça m’évite beaucoup de problèmes. Je me suis marié il y a un an à peine et je suis père de deux enfants, une fille et un garçon qui sont adorables.


Votre mot de fin ?

Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’avez offerte de m’adresser à vos lecteurs qui, j’imagine sont partout en Afrique francophone.

Dire que l’intégration est notre désir à tous et si on ne regarde pas cela avec bienveillance et si nous ne nous battons pas pour faire avancer ce processus dans la méthode et avec célérité, nous allons en pâtir. J’ai pour habitude de dire qu’il y a des Etats qui existent parce qu’ils ont un siège aux Nations Unies. Mais au-delà de ça, ce sont des Etats qu’on ne saurait localiser sur une carte.

Parce qu’économiquement, culturellement, ce ne sont pas des Etats qui comptent. C’est ensemble que nous allons compter sinon c’est ensemble que nous allons être malheureusement rayés de la carte. Aujourd’hui, on ne représente que 2 % du commerce mondial et si vous retirez des pays comme l’Afrique du Sud, ceux du Maghreb et tout près de nous, le Nigeria, que reste-t-il aux autres pays ? Rien du tout ! Alors qu’ensemble nous arriverons à prendre la place qui nous revient dans les instances internationales.


Propos recueillis par De GILDAS Correspondant du

Républicain à Abidjan

Coll. A. Malla

06 Aout 2008