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«Le bilan de ATT est nul et catastrophique par rapport aux victimes de la répression de mars 1991», «Nous allons bientôt assigner le gouvernement en justice»

ADVR (l’Association pour la défense des victimes de la répression de mars 1991) est désormais résolue à assigner le gouvernement de la République du Mali en justice. Et pour cause: quatre membres de cette associations qui se trouvent dans une situation critique et qui devraient bénéficier des soins en Europe sont laissés pour compte.
Le premier responsable de l’ADVR, Mamadou Diawara, déplore, en effet le peu de considération que le gouvernement et le président de la République accordent aux victimes des événements de mars 1991. De là à juger le bilan d’ATT nul et catastrophique, il n’y a qu’un pas que le président Diawara a franchi allégrement. C’était au cours d’une conférence de presse qu’il a animée hier à la Pyramide du Souvenir.

« Depuis 2002 quatre membres de notre association se trouvent dans uns situation critique : il s’agit de Assétou Togo, Mamadou Doumbia, Awa Sidibé et Susane Vilmie. Ces quatre personnes atteintes par les grenades et des balles lors des événements de mars 1991 ont des rendez-vous avec, leurs médecins traitants en Europe. Malheureusement, le gouvernement à travers le ministère de la Santé qui doit assurer leur prise en charge, ne s’est même pas donné le temps pour nous écouter. Nous avons tapé à toutes les portes c’est le même constat négatif« .

C’est avec cette précision de taille que le premier responsable de l’ADVR, Mamadou Diawara s’est adressé aux hommes de média, hier mardi 20 mars, à la Pyramide du Souvenir pour déplorer le peu de considération que le gouvernement du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga accorde aux victimes de la répression de mars 1991. Surtout en ce qui concerne la prise en charge des malades qui doivent être évacués en Europe. Et pourtant, la loi N° 98-050 du 3 août 1998 et le décret N° 99-104 PRM 11 mai 1999, sont clairs sur le sujet comme l’eau de roche. Cette loi stipule, en effet, qu’  » en cas de nécessité constatée par le médecin traitant, la victime doit être évacuée sur une formation hospitalière à l’étranger aux frais de l’Etat, après avis du Conseil de santé « .


Des laissés pour comptes

Or, de nos jours, quatre personnes (citées ci haut) se trouvent aujourd’hui dans cette situation. Malgré la détérioration de leur état de santé et le rendez-vous qui ont été notifiés par leur médecin traitant en Europe, elles n’ont pas toujours eu d’interlocuteur auprès du ministère de la Santé. « Si nous partons au département de la Santé celui-ci nous renvoie à celui du Développement social et vice-versa. Depuis 2002 jusqu’à ce jour nous avons cherché, à dix reprises, d’exprimer ces préoccupations au président de la République, Amadou Toumani Touré. Mais c’est en vain; il ne s’est même pas donné le temps de nous écouter même une fois durant ces cinq dernières années. Nous pensons que c’est vraiment regrettable de sa part étant donné qu’il est l’un des principaux acteurs de l’avènement de la démocratie« , a regretté, une fois de plus, le principal conférencier.

Faut-il encore souligner que parmi ces quatre victimes, l’une, en la personne de Assétou Togo, dont le père a ses entrées chez la Première dame, a pu être transférée en Europe par ce même département de la Santé sur instruction de Mme Touré Lobbo Traoré. Ce qui signifie qu’il y a deux poids deux mesures dans le traitement des victimes.

Une autre, du nom de Hawa Sidibé, sentant la lenteur administrative a pris, en charge ses frais de traitement en Europe. Pensant qu’à son retour, ils lui seront remboursés. Elle attend toujours.

Malheureusement, toutes ces quatre victimes n’ont pas les mêmes moyens. Le cas de Mamadou Doumbia est dramatique. Chauffeur de son état, un de ses poumon a été fortement endommagé par des grenades au moment des faits. Il vit grâce à un poumon artificiel implanté par les médecins français. Il se trouve aujourd’hui entre la vie et la mort. « Mon médecin traitant m’a donné rendez-vous le 10 novembre 2006 en France. Les autorités ont refusé de m’évacuer. Aujourd’hui, à part la banane et la papaye, tout ce que je mange je vomis. Ce qui n’était pas le cas auparavant », s’indigne Mamadou Doumbia.

Pour le président de l’ADVR, les victimes ont épuisé tous les moyens pour se faire attendre et la seule voie qui leur reste maintenant est d’assigner le gouvernement en justice qui refuse d’appliquer ses propres lois par rapport à l’évacuation des victimes.

Pour lui, à part le paiement régulier de leurs pensions, les victimes n’ont aucun contact avec les autorités. Contrairement à Alpha Oumar Konaré qui durant son mandat les recevait une fois par semestre.

Une situation qui a finalement poussé même déclarer Mamadou Diawara à souligner, que «le bilan de ATT est nul, catastrophique par rapport aux victimes de la répression de mars 1991».

A travers cette sortie de l’ADVR peut-on dire que la révolution a oublié ses martyrs? Sans nul doute.

Kassoum THERA

21 mars 2007.