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Suite à de nombreuses crises récurrentes à savoir l’insécurité, la mauvaise gouvernance, le Mali reste confronter à d’énormes difficultés. Il y a une année, le Pays a basculé dans une transition en dépit de laquelle ses fils n’arrivent pas à parler d’une voix au bénéfice de l’intérêt commun. Le Pilote National de l’Association pour les actions concrètes et citoyennes (ASCOCI) non moins 2ème Vice – Président de l’Association des Contrôleurs Inspecteurs et auditeurs du Mali (ACIMA), Amadou Coulibaly, dans un entretien qu’il nous a accordé, livre ses recettes pour une transition réussie. Il est convaincu que si les Maliens se mettaient ensemble, ils pourraient relever tous les défis.

Aujourd’hui, quelle analyse faites-vous de la transition malienne ? 

Amadou Coulibaly : Pour analyser la transition, il faut la faire en deux phases. La première phase, autrement dit les 9 premiers mois, a débuté le 25 septembre 2020. Elle a été caractérisée par une gestion approximative des affaires publiques par des hommes et femmes mal préparés à relever les défis. Les résultats auxquels ils sont parvenus n’ont pas été à hauteur de souhait. Les processus d’organisation de la Concertation Nationale, d’élaboration de la Charte de la Transition, de mise en place des organes de la transition dont la Présidence, la Cour Constitutionnelle, la Primature, y compris le Conseil National de transition (CNT) ont été marqués par de terribles insuffisances. Lesquelles ont chiffonné la mise en place du gouvernement et la présentation et l’adoption du Plan d’actions de Moctar Ouane. 

Force est de reconnaitre que cette période a été celle de l’immobilisme et de tâtonnement. L’action de l’exécutif sur le terrain a créé un fossé énorme de méfiance entre lui et les gouvernés. Malgré tout, elle a continué à bénéficier le soutien de l’ensemble de la classe politique et de la société civile. 

La deuxième phase à laquelle nous assistons actuellement, appelée par certains comme étant celle de la rectification. Pour l’instant, on est en droit de saluer les progrès réalisés notamment l’élaboration et l’adoption du PAG du gouvernement, l’organisation des examens de fin d’année bien que des enseignants soient en grève. Il convient de reconnaitre que la grève des syndicats de l’enseignement est une grosse épine dans le pied du gouvernement de la Transition qui doit mettre tout en œuvre pour trouver un terrain d’entente avec les grévistes pour le bonheur du Mali. Car, une jeunesse non instruite est une bombe à retardement.

Il faut ajouter que le Premier ministre, Choguel Kokalla Maiga, a du pain sur la planche. On constate que les véritables enjeux de la transition ne sont pas traités pour le moment. Il n’existe pas de calendrier approprié pour l’organisation des élections. On ne sait pas si la transition sera prolongée ou pas. Pendant ce temps, l’insécurité est galopante. Les localités comme Farabougou, Dianagourou, Macina, entre autres, sont toujours contrôlées par les groupes terroristes. Les attaques sont monnaies courantes et dans les régions du centre (Djenné, Boni) et dans la zone des trois frontières (Ouatagouna) avec son corolaire de victimes.

La vie chère, la non renégociation des accords internationaux, le blocus sur notre aéronef par un partenaire étranger, la fermeture de certaines bases militaires françaises et la réduction de 50 % du contingent tchadien, la suspension de notre pays des instances internationales et régionales sont, entre autres, des facteurs qui impactent négativement sur la deuxième phase de la transition.

Pour la refondation réelle du Mali, que préconisez-vous ? 

A.C : Les nombreuses difficultés, que traverse notre pays, sont uniquement des faits de l’Homme malien. Il faut une reconfiguration du code source de l’Homme malien. La confiance individuelle prime aujourd’hui sur la confiance à la nation. Chacun veut réussir par tous les moyens quitte à faire recours aux manières éthiquement incorrectes. La clé de succès pour une transition réussie est d’abord le rétablissement de la confiance entre tous les acteurs. Le consensus minimum à la fois social, politique et juridique pour sortir de cette phase transitoire est plus que nécessaire.

Pour moi, la véritable refondation commencera par une prise de conscience individuelle et collective. Le citoyen doit comprendre le bien-fondé du changement pour l’accepter et en être l’ambassadeur. Ainsi, serait-il convenable de collecter l’ensemble des outputs des différentes concertations, des foras et des conférences pour en faire des inputs du processus des assises nationales de refondation. Ces inputs seront tamiser et hiérarchiser pour en faire un seul document qui sera une feuille de route consensuelle pour la nation malienne.

Pour aller vers la refondation, il faut aussi réaliser toutes les réformes électorales et institutionnelles possibles. Car nous devrons bâtir un Etat qui sera en adéquation avec nos réalités sociaux-culturelles, les enjeux internationaux et tous les enjeux géostratégiques. C’est à ce prix qu’on pourra mettre le pays sur les rails et avoir une véritable refondation.

En outre, il faut mettre aussi l’accent sur la justice. Sans laquelle la création du nouveau Mali ou du Mali de nos rêves est impossible. Grâce à cette machine, la corruption et l’impunité etc. seront bannies de notre environnement.

Quel message avez-vous à adresser à la population malienne pour la réussite de la transition ? 

A.C : Les défis à relever sont énormes.  Raisonnablement, il est difficile en une année de transition de redresser la gestion chaotique du régime IBK qui a duré 7 ans. Mais, l’espoir est toujours permis. Nous devons nous concentrer sur l’essentiel : quel type de pays voulons- nous ?

Les autorités doivent redonner espoir aux citoyens pour freiner l’atomisation de notre nation. Le couple de l’exécutif doit énergiquement faire face aux difficultés en cours et à venir. Aussi, chaque Malien (ne) doit soutenir la transition que dans le bon sens en assurant une veille citoyenne. C’est cette façon qui aidera la transition à redresser la barre et faire avancer notre pays. Car l’inaction est plus destructive que l’action. Nous devons marquer l’histoire en faisant des propositions concrètes pour aider le pays à sortir de sa torpeur. Nous devons compter d’abord sur nous-mêmes, développer notre capital humain. Le Mali est un pays de dialogue, d’agora, si les Maliens se mettaient ensemble, ils pourraient relever tous les défis.

Jacques Coulibaly 

@Afribone