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L’alphabétisation est effectivement le grand défi qui se pose à nous. Le président Amadou Toumani Touré s’est engagé à lancer un vigoureux programme pour relever fortement le taux d’alphabétisation dans notre pays.

La Conférence régionale africaine sur l’alphabétisation a débuté hier au Centre international des conférences de Bamako sous la présidence du chef de l’État, Amadou Toumani Touré. Il avait à ses côtés le directeur général de l’Unesco, Koïchiro Matsuura, et Mme Sarah Moten, la représentante de Laura Bush, la Première dame des États unis d’Amérique.

De nombreuses épouses de chefs d’État africains, installées protocolairement sur la première rangée de sièges -et symboliquement en première ligne- des membres du gouvernement, des institutions de la République ainsi que de nombreux ambassadeurs accrédités dans notre pays, mais aussi des ministres de l’Éducation et des Finances et de très nombreux experts africains, ont assisté à la cérémonie.

Dans son discours d’ouverture, Amadou Toumani Touré a salué l’engagement social largement prouvé des Premières dames du continent et rendu hommage à l’action si déterminante des femmes dans l’éducation et la formation des enfants. Le président Touré a ensuite témoigné sa reconnaissance au couple Bush dont il a apprécié « l’engagement résolu en faveur de l’éducation et de la formation« .

60% D’ANALPHABETES EN AFRIQUE : L’action multiforme de l’Unesco et l’engagement de son directeur qui consistent à rendre aux femmes et aux hommes toute leur dignité et leur liberté par l’acquisition du savoir ont aussi été soulignés par le chef de l’État. Le grand défi qui se pose, « hier comme aujourd’hui, encore plus demain« , au continent noir, constatera Amadou Toumani Touré, est d’apprendre à lire et à écrire au plus grand nombre de nos enfants et adultes, surtout dans le contexte d’un monde en pleine mutation où prédomine l’économie du savoir et où l’enjeu essentiel repose sur les ressources humaines.

L’alphabétisation est effectivement le grand défi qui se pose à nous. Sur 22 pays aux taux d’analphabétisme les plus élevés au monde, 17 se trouvent en Afrique et parmi les 774 millions d’analphabètes au moins 60% vivent en Afrique, les 2/3 étant des femmes.

S’il est réconfortant de constater que les pays africains à forte population ont presque tous un taux d’alphabétisation supérieur à la moyenne et au dessus de 60%, il est tout aussi choquant de se rendre compte que les trois pays du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) sont ceux qui affichent les taux les plus bas.

Le choix de Bamako, siège de l’Académie africaine des langues, pour abriter cette rencontre est judicieux à plus d’un titre. Notre pays est parmi ceux du continent qui ont depuis plusieurs décennies inscrit l’alphabétisation du plus grand nombre dans leurs différents programmes d’éducation.

Le président Touré a, par conséquent, placé la rencontre de Bamako sous le signe de l’année des langues africaines, déclarée par le Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine en janvier 2006 et prolongée jusqu’en décembre 2007 au dernier Sommet des chefs d’État à Accra qui a été spécialement consacré à l’éducation et à la culture.

D’ores et déjà, les experts et autres participants aux travaux ont une conviction : l’alphabétisation peut aider à lutter contre la pauvreté et le Vih/sida. Elle peut contribuer aussi à l’autonomisation et à la responsabilisation des femmes à la protection de l’environnement et au développement durable. Pourquoi notre région est-elle encore à la traîne ? Car l’alphabétisation est encore pour nous un outil mal apprécié dont la portée reste à cerner pour beaucoup de personnes.

Cette conférence, intitulée « le renouveau de l’alphabétisation« , sera la troisième d’une série de six, toutes régionales ou sous-régionales, organisées par l’Unesco pour promouvoir l’alphabétisation dans le monde.

UN LARGE ÉVENTAIL D’ÉTUDES :

Pendant trois jours, les participants -Premières dames, ministres de l’Éducation, des Finances, décideurs et représentants de la société civile, des universités, des professionnels de l’éducation- dresseront un état des lieux de la situation sur le continent où 60% des adultes ne savent ni lire ni écrire.

Ils tenteront d’identifier les meilleures politiques et initiatives novatrices et se pencheront aussi sur la question des coûts et du financement des programmes. Cette réunion sera aussi l’occasion de présenter les programmes qui ont fait leurs preuves et de montrer combien le défi de l’alphabétisation peut être abordé à travers une variété d’approches.

Bamako va aussi aider à nouer une coopération entre les différents acteurs afin d’aider les pays africains à avancer sur le front de l’alphabétisation vers des résultats tangibles sur la vie des populations. Mais à la différence des autres conférences -Doha (Qatar) en mars 2007 et Beijing (Chine) en juillet/août 2007- la réunion de Bamako s’appuiera sur un large éventail d’études préalablement entreprises par l’institut de l’Unesco pour l’apprentissage le long de la vie (UIL).

Les études en question ont analysé les différentes politiques menées pour en déterminer les plus efficaces. Elles ont aussi examiné les modes de financement, les approches pédagogiques et les contenus novateurs ainsi que les questions liées au genre et à l’utilisation des langues africaines comme outils d’alphabétisation.

La réunion discutera aussi du financement de l’alphabétisation. A ce propos, les programmes d’alphabétisation ne sont pas en compétition avec la scolarisation des enfants mais constituent un pré-requis pour une scolarisation universelle réussie et un préalable à l’acquisition des compétences de vie courante les plus demandées.

On estime que des taux d’alphabétisation inférieurs à 40% tels que ceux enregistrés dans les pays du Sahel rendent toute croissance économique rapide impossible. Ce n’est pourtant pas la quadrature du cercle car les experts dont établi que la sortie par le haut passe par un engagement fort, une volonté politique allant au delà de simples déclarations d’intention. De nouvelles politiques plus hardies, des approches plus créatives, des investissements conséquents à la hauteur de ce défi sont nécessaires. Or actuellement, les budgets consacrés à l’alphabétisation des adultes oscillent en 0,1 et 7% du budget de l’éducation. Une proportion très loin du compte.

Plusieurs panels sur des thèmes comme « alphabétisation familiale« , « alphabétisation et promotion de la santé« , « alphabétisation et TIC« , des exposés et un forum ministériel sur les tendances et innovations dans les politiques globales d’alphabétisation, meubleront les travaux.

Les décisions de la conférence de Bamako ne resteront pas lettre morte. Le chef de l’État a, en effet, promis aux participants de relayer leurs conclusions à ses pairs chefs d’État ou de gouvernement d’Afrique. Il a également pris l’engagement de lancer un vigoureux programme pour relever fortement le taux d’alphabétisation dans notre pays.

Auparavant le ministre de l’Éducation nationale et de la Culture, Cheick Oumar Sissoko, et le directeur général de l’Unesco, Koichiro Matsuura ont jugé « inacceptable » la situation de l’alphabétisation en Afrique.
Ils ont rendu hommage aux Premières dames présentes à Bamako pour leur engagement constant dans la lutte contre l’ignorance.

Auparavant, une déclaration de la Première dame des États-Unis, Mme Laura Bush avait été lue par sa représentante, le Dr Sarah Moten, et deux femmes alphabétisées (la Malienne Fatoumata Sy et la Sénégalaise Djénéba Sow) avaient décrit leur expérience personnelle. Elles ont vanté les vertus de l’instruction surtout pour les femmes qui, à la différence des hommes, font bénéficier largement toute la famille de leur savoir.


C. DIAWARA



ÉDUCATION : BAMAKO, CAPITALE AFRICAINE DE L’ALPHABÉTISATION


C’est aujourd’hui que s’ouvre à Bamako la Conférence régionale africaine sur l’alphabétisation, un des six objectifs les plus négligés de l’Éducation pour tous (EPT). Cette rencontre à laquelle prennent part plus de 300 experts et décideurs ainsi qu’une cinquantaine d’épouses de chefs d’Etat et de gouvernement sera coprésidée par le président Amadou Toumani Touré et le directeur général de l’Unesco, Koichiro Matsura.

La question des enjeux de l’alphabétisation en Afrique sera largement débattue et approfondie à travers plusieurs thèmes. Quatre d’entre eux peuvent être distingués : l’alphabétisation des familles et l’apprentissage intergénérationnel ; l’alphabétisation pour la santé préventive et le vih/sida ; l’alphabétisation pour l’indépendance de l’apprenant et enfin la place et le rôle des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la promotion de l’alphabétisation.

Le mandat du Mali au conseil exécutif de l’Unesco s’achève cette année. Une preuve de plus que notre participation à cet important organe de l’Unesco aura été de qualité, est la confiance que l’organisation a placée en notre pays en nous confiant l’organisation de la Conférence régionale africaine.

Cette Conférence régionale qui prend fin mercredi, s’inscrit dans le cadre de la décennie des Nations-Unies pour l’alphabétisation et l’initiative de l’Unesco appelée « savoir pour pouvoir« .

Ces thèmes majeurs ne sont pas fortuits. Les Nations-Unies ont lancé en février 2003 à New York la décennie pour l’alphabétisation, désignée comme un des piliers fondamentaux de la réussite éducative, de la prospérité et du développement durable.

L’alphabétisation est effectivement d’une très grande importance pour l’acquisition par chaque enfant, jeune et même adulte, des compétences de base leur permettant de faire face aux difficultés qu’ils sont susceptibles de rencontrer dans la vie.

Elle représente, à n’en pas douter, une étape essentielle de l’éducation de base qui est un moyen indispensable de participation à la vie active. Toutes ces bonnes raisons n’empêchent pas le monde d’abriter plus de 770 millions d’adultes, majoritairement des femmes, qui n’ont pas acquis cette importante compétence.

A ceux-là, il faut ajouter près de 100 millions d’enfants scolarisables qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. La plupart d’entre eux vivent dans les régions pauvres dont la nôtre.

Les discussions sur le thème de l’alphabétisation seront donc longues, car elles porteront sur des facteurs comme la pauvreté qui favorise l’analphabétisme. La scolarisation reste encore un défi majeur en Afrique au sud du Sahara, une région pourtant à très forte fécondité. On estime la population d’âge scolaire de cette région à 34 millions d’enfants entre 2000 et 2015.

Malheureusement si des mesures vigoureuses ne sont pas prises, d’ici l’an 2010, les spécialistes estiment qu’au moins 10 % des enfants scolarisables seront orphelins du sida, donc n’auront que peu ou pas de chance d’aller à l’école.

Il s’avère donc urgent d’instruire le plus grand nombre pour la préservation de l’alphabétisation.
Il y a quelques jours seulement l’Unesco et l’Agetic avaient initié ici à Bamako les responsables des centres multimédia communautaires à l’utilisation efficiente de leur outil de travail (radio) à la vulgarisation de l’apprentissage du grand public.

La conférence de Bamako intervient d’ailleurs en prélude au forum qui se tiendra du 13 au 15 septembre prochain à Dakar dit « Dakar X 7 ». Sept ans après le lancement de l’EPT dans la capitale sénégalaise, la communauté internationale revient dans cette ville pour évaluer sans faiblesse le chemin parcouru, afin de situer les handicaps majeurs qui persistent et trouver les moyens de les surmonter d’ici 2015.

C. DIAWARA- L’Essor

11 septembre 2007.