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Pour la première fois dans l’Histoire du Mali, un Touareg s’apprête à briguer la magistrature suprême en 2012. A 37 ans, Almansour Ag Mahmoud, qui veut être utile à son pays en accomplissant au plus haut niveau son devoir de génération, estime que sa déclaration d’intention n’est guère prématurée car, pour lui, 2012 se prépare aujourd’hui. C’est pourquoi il a mis en branle ses réseaux, ce qui pourrait aboutir à la création d’un parti dont il se garde de révéler le nom pour plus d’efficacité. L’enfant de Raz-el-ma s’est confié à nous.

Les Echos : Qui est au juste Almansour Ag Mahmoud ?

Almansour Ag Mahmoud : Je suis né le 9 juillet 1971 à Raz-el-ma, cercle de Goundam, région de Tombouctou. J’ai fait mes études entre Raz-el-ma et Bamako.

Les Echos : Pouvez-vous nous parler de votre parcours politique ?

A. A. M. : Je n’ai pas tout à fait un parcours politique. Je n’ai pas fait la politique ouvertement. Je m’étais toujours intéressé à cette question de loin. Cela revient à dire que je suis l’évolution politique du pays mais aussi celle internationale. Cependant, je ne me suis jamais présenté comme candidat aux élections législatives ou communales.

Les Echos : Qu’est-ce qui vous pousse alors à faire une déclaration d’intention à l’élection présidentielle de 2012 ?

A. A. M. : Naturellement, c’est un rêve que j’ai. Depuis mon enfance j’ai nourri cette ambition pour deux raisons essentielles : j’aime le Mali avant tout et j’ai vraiment envie de le servir loyalement et dignement. Fondamentalement, je veux laisser quelque chose pour le Mali. Le patriotisme est ma motivation principale. La vie n’aura de sens pour moi si je ne laisse pas un héritage à mon pays.

Les Echos : Ne pensez-vous pas que votre déclaration d’intention constitue une candidature prématurée puisqu’on est en 2008 ?

A. A. M. : J’ai fait une déclaration d’intention certes, mais elle n’est pas prématurée. Il faut reconnaître que la magistrature suprême n’est pas quelque chose que l’on construit aussi facilement. Les stratégies sont différentes. Ma déclaration d’intention je l’ai déjà faite de bouche à oreille, ensuite j’ai voulu cette interview dans vos colonnes. Bien sûr que je vais informer d’autres journaux mais ce sera un peu plus tard.

Les Echos : Seriez-vous sous les couleurs d’un parti politique, de la société civile ou vous seriez-vous un candidat indépendant tout court en 2012 ?

A. A. M. : Je serais candidat mais pas sous la bannière d’un parti politique. Je serais soit indépendant ou je verrais en fonction de mes stratégies les opportunités qui s’offrent à moi. En réalité, j’ai l’intention d’avoir mon propre parti. S’il est plus avantageux pour moi de former le parti avant 2012, je le ferais, mais s’il est plus avantageux d’être indépendant, je le serais. J’ai beaucoup de respect pour les partis politiques, mais ce qui compte pour moi c’est de voir comment atteindre le but.

Les Echos : Quelles sont les stratégies que vous comptez développer pour peaufiner votre candidature à l’élection présidentielle de 2012 ?

A. A. M. : Il s’agit à la fois pour moi de rassembler les gens et avoir un canevas précis. Il y a des moments où les partis politiques favorisent l’avènement d’un homme à la présidence. Il y a des moments aussi où il est plus facile pour un candidat d’y arriver indépendant.

Les Echos : Des contacts sont-ils déjà noués pour ce faire ?

A. A. M. : Bien sûr que j’ai des contacts avec des amis. J’ai des amitiés partout : au sud, à l’ouest, à l’est, au nord, au centre du pays. Tous mes amis d’ailleurs le savent. Les contacts continuent. J’ai des amis et des soutiens aussi.

Les Echos : Que comptez-vous faire concrètement pour donner un sens et un contenu à votre déclaration d’intention dans les prochains jours ?

A. A. M. : Pas dans les prochains jours. Peut-être dans les tout prochains mois. Je verrais d’abord si le parti politique est plus avantageux pour moi et que j’arrive à le faire rapidement, là je ferais une présentation devant l’opinion nationale par l’intermédiaire de la presse. Je ferais passer des idées en premier lieu. A ce moment-là, le peuple sera libre de choisir la direction qui lui convient. Et il est clair que si les Maliens voient un programme adéquat, des intentions bien mesurées et patriotiques, ils doivent aller vers cela.

Les Echos : Autour de quoi sera bâti votre programme ?

A. A. M. : Mon programme n’est pas totalement achevé. Mais, il sera basé sur l’unité et la cohésion dans le pays. Il sera aussi articulé autour du développement des infrastructures routières. C’est ce qui va faire du peuple un tout. Qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, de l’énergie… le programme tiendra compte de toutes les questions d’intérêt national.


Les Echos : S’il vous arrivait de créer un parti politique, quel sera le nom de votre formation ?

A. A. M. : Je ne vous dirais pas tout de suite le nom. Mais si je dois créer un parti politique, ce sera un parti d’abord bien implanté dans le pays et un parti ouvert. Il faut s’ouvrir aux autres nations. Donc, il sera d’abord un parti malien, enraciné dans le Mali, dans la tradition et qui respire l’air du monde. Je dis par exemple : « le rêve africain est la lumière du village planétaire ». Cela compte deux choses importantes : le premier facteur d’abord est qu’il ne faut pas sous-estimer les capacités de l’Afrique et du Mali en particulier dans le monde. Le second facteur, c’est que nous sommes aujourd’hui dans le monde qui forme un tout. Donc, si je dois faire un parti politique, c’est un parti qui sera très inclusif en rassemblement et respectueux des valeurs universelles.

Les Echos : Si ATT se présente à un troisième mandat, allez-vous maintenir votre candidature ?

A. A. M. : Je la maintiendrais. Ma candidature n’a pas de relation avec une personne quelconque. Elle est inspirée de mes propres possibilités, de mes propres moyens, de mes propres potentialités, de mes propres chances, de mes opportunités et de mon moral. Il n’y a aucune relation entre ma candidature et une quelconque personne. Si de par le passé, je ne me suis pas présenté c’est parce que je n’avais pas l’âge d’abord.

Les Echos : Y a-t-il des chances qui s’offrent à vous ?

A. A. M. : J’ai des chances parce que je connais très bien le Mali. Je connais le Mali du Nord, je connais le Mali du Sud. De l’Est aussi bien que de l’Ouest et du Centre. J’ai été éduqué dans ce pays et j’ai appris toutes les cultures maliennes : touareg, sonrhaï, bambara. Ça c’est déjà un atout. Je suis connecté sur toutes les communautés du pays.

Les Echos : Vous avez suivi les Etats généraux sur la corruption, le Forum national sur l’éducation… Qu’en pensez-vous ?

A. A. M. : Ce sont des pas en avant. Mais il y a aussi d’autres pas à marquer pour l’avenir. Moi je ne m’arrêterais pas là. Je vais jusqu’à éradiquer totalement la corruption dans notre pays et de façon pacifique en sensibilisant et en enseignant à chaque individu son devoir vis-à-vis de la nation, ramener la discipline dans les écoles.

Les Echos : Pensez-vous qu’il est possible de trouver une solution définitive à la crise du Nord.

A. A. M. : La solution existe. Je crois qu’elle se trouve surtout dans la communication à travers les médias. Sous Alpha Oumar Konaré et sous ATT des efforts ont été consentis. Mais, nous ne devons pas perdre de vue que le Sahara est très grand. Cela est un autre problème parce que les endroits qui sont vides sont vraiment propices au développement du banditisme.

Les Echos : Dans votre vision, quel choix et quelle place comptez-vous faire aux jeunes et aux femmes ?

A. A. M. : La force de la nation repose sur les jeunes. A ce titre, la place principale leur revient parce qu’on ne peut rien faire sans eux. Il faut reconnaître aussi que la femme souffre partout. Pourtant, elle a de lourdes tâches. Elle s’occupe du foyer, des champs, de l’entretien de la maison. Il faut vraiment faire en sorte que les femmes soient soutenues pour qu’elles puissent avoir plus de droits. Le Mali a toujours été une nation très forte et très équilibrée.

Propos recueillis par

Mohamed Daou

18 Décembre 2008