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La guéguerre URD-Adéma-Pasj sur fond de fraude lors de l’élection législative partielle à Ansongo a tourné à l’avantage de l’Union pour la République et la démocratie. La victoire du candidat de l’URD avec la majorité absolue des suffrages se passe donc de commentaire.

Malgré tout, il est évident que les deux partis politiques qui ont la majorité absolue à l’Assemblée nationale ont tout intérêt à collaborer. Aujourd’hui, s’ils étaient réellement conscients de leur force politique, ils pourraient obliger le président de la République à choisir un chef de gouvernement en leur sein.

Est-ce pourquoi certains leaders de la Ruche avaient vu d’un mauvais œil la candidature de leur militant à Ansongo et auraient même souhaité qu’il ne se présente pas afin de préserver la bonne entente avec l’URD ? Ceci pour des raisons évidentes de stratégie électorale. En fait, dans les régimes de démocratie pluraliste, il n’est pas évident qu’un Premier ministre non soutenu par son parti à l’Assemblée soit à l’abri d’une révocation. Il est vrai que notre constitution a mis des verrous contre la possibilité de faire démettre le gouvernement par une motion de censure.

Alors que dans certains pays comme la France, la majorité absolue est nécessaire pour adopter une motion de censure, notre pays exige la majorité qualifiée des deux tiers. Daba Diawara et son équipe ont donc là matière à réflexion si on veut restaurer la crédibilité des partis politiques.

Le président ATT a une propension avérée à choisir des premiers ministres qui, comme lui, ne sont issus d’aucun parti politique, ce qui ne rentre pas forcément dans la structuration des systèmes démocratiques. Ces systèmes sont conçus de manière à désigner un Premier ministre issu des rangs du parti majoritaire conforté par une coloration politique majoritaire à l’hémicycle. Il est vrai aussi que l’Adéma-Pasj et l’URD se sont laissés piéger par ATT.

Leur appartenance à l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et ensuite à la majorité présidentielle a été le carcan qu’ils ont porté et qui les empêche de briguer, avec l’appui de leur potentiel politique, la Primature. Encore faudrait-il que l’Adéma et l’URD s’entendent comme larrons en foire pour ne pas briser leur force commune. Selon nos sources, le président de l’Assem-blée nationale, Dioncouda Traoré, aurait pressenti les risques de cassure dans la dynamique engagée entre les deux partis politiques.

Il aurait même rappelé que l’URD l’a aidé à gagner la bataille du perchoir. En le disant, il fait une grosse impasse sur l’appui des formations de l’opposition qui ont tenu à faire prévaloir le fait partisan lors du vote pour la désignation du président de l’Assemblée nationale. Donc, cette remarque du président de l’Adéma-Pasj est une pure stratégie politique du moment. Il a perçu l’importance de continuer à collaborer avec l’Union pour la République et la démocratie.

D’autant plus qu’avec la victoire de l’URD à la législative partielle d’Ansongo, il est clair que ce parti reste un allié politique de taille. De bonne guerre, l’Adéma a accusé son adversaire électoral du jour, l’URD, de fraude, mais il reste évident que ce conflit sera très passager pour ne pas dire sans ombrage sur les prochaines alliances entre les deux formations. La bataille des élections municipales approche à grands pas.

Ils s’attèlent déjà, à travers les renouvellements à la base, à conforter leurs avancées politiques. Si actuellement, le pouvoir peut se réjouir du fait qu’il faut absolument une majorité qualifiée à l’Assemblée nationale pour renverser le Premier ministre, il n’en demeure pas moins que ce pourcentage n’est pas hors de portée des partis politiques, si, de surcroît, l’opposition décidait de voter pour la motion de censure.

Dans ce cas, ATT n’aurait plus aucun parapluie pour le protéger contre la tempête qui remporterait Modibo Sidibé et son gouvernement sur son passage. Ce qui, au demeurant, reste tout à fait conforme aux principes d’un vrai régime de démocratie pluraliste. Et non d’un système politique où les courtisans et les opportunistes ont pris le pas sur le mécanisme de fonctionnement réel des institutions. C’est à ce titre que l’Adéma et l’URD, à force de s’accrocher à leurs intérêts immédiats ont perdu de vue leurs vrais atouts politiques. Ils ont de ce fait, raté le coche.


Baba Dembélé

08 Septembre 2008