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Le champ politique appartient à ceux qui savent imaginer plus, disent les spécialistes de la science politique. Les responsables des partis politiques signataires de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès l’ont compris vite et c’est ce qui explique la création de cette plate-forme regroupant 14 formations politiques autour de la réélection du Président de la République. Ce dernier, conscient de ce cadeau en or qu’on vient de lui offrir sur un plateau d’argent, ne pouvait aucunement refuser de cautionner un tel appui à la veille des élections générales de 2007.

Seulement, voilà, le faisant, certains pensent que ATT prive ses partenaires d’hier de l’ACC de son label, celui-là même qui leur permettait de légitimer leur existence sur un terrain politique dont ils avaient peu à apporter. En effet, avec un nombre peu élevé de députés à l’Assemblée Nationale, idem pour les conseillers nationaux, essentiellement formé de partis qui détiennent le record du plus faible taux d’éligibilité sur toute l’étendue du territoire national, le regroupement ACC ne faisait en fait que de se cacher derrière le nom du président ATT, consécutif au soutien de façade qu’il a eu faire pour le candidat Amadou Toumani Touré en 2002.

Soutien de façade, puisqu’on ne sait pas qui de l’ACC et du Mouvement Citoyen a pesé lourd dans la propulsion du Général candidat au second tour des présidentielles de 2002. Soutien de façade, puisque, si l’ACC avait une assise solide, ATT n’aurait pas eu besoin de faire appel au groupement Espoir 2002, piloté à l’époque par le RPM d’Ibrahim Boubacar Kéïta. Faudrait-il prendre le risque de refuser l’idée de la formation de l’ADP autour de sa personne pour compter sur l’ACC qui n’est, en fait, que l’ombre de lui-même ?

Non, ATT a vu juste ! Ce qu’il pouvait de mieux, c’était d’accepter l’offre de l’ADP, créée autour des poids lourds de la classe politique malienne. La condition d’acceptation de l’Alliance ADP a été que celle-ci accepte de s’ouvrir aux partis désireux de l’ACC d’y adhérer. Ici, nous avons volontairement décidé de mettre le Mouvement Citoyen à la touche, puisque cette Association, et les jeunes travaillent d’arrache-pied pour proposer une force alternative à ATT.
Aussi, face à la multiplication d’associations de soutien à ATT, le CENA de Djibril Tangara va participer à la campagne du président de la République au même titre que les autres associations. Cela est tellement clair que la jeunesse MC a décidé de prendre son destin en main et entend battre campagne pour ATT à sa façon.

Revenons donc au regroupement ACC qui, sentant sa mort prochaine, s’est fragmenté. Les plus malins sont partis rejoindre l’ADP bien avant sa signature. D’autres, ayant su qu’ils ne feront que prêcher dans le désert au cas où ils résisteraient à l’option souhaitée, ont vite fait de rejoindre les rangs des partis membres de l’ADP. Reste maintenant les récalcitrants de l’ACC comme le PARENA de Tiébilé Dramé.

Ce dernier, non content que son Président ait été entendu par la justice concernant sa gestion de l’organisation du Sommet Afrique-France, joue au petit malin. Malin donc qui aura le dernier mot. Tiébilé a même déclaré qu’il ne participerait pas à un gouvernement d’ATT dans le contexte actuel des choses. Alors même que le chef de l’Etat ne lui a rien promis dans ce sens. Puisque lors de l’audience à eux accordée par ATT à leur demande, ce sont les leaders du Parena qui ont d’entrée de jeu déclaré qu’ils ne sont pas partants pour un gouvernement. Des propos qui étonnèrent le chef de l’Etat qui a demandé à savoir qui leur avait dit qu’il changerait son gouvernement.

Ce qui est sûr, cette déclaration du parti du bélier blanc peut-être appréciée de diverses manières.
En effet, participer à un gouvernement relève d’abord du fait de rendre service à son pays au delà de toute considération personnelle ou politique. L’ex-ministre des Affaires Etrangères de la période transitoire et celui des zones Arides et Semi-arides d’AOK, est-il fâché au point qu’il refuserait de rendre service à son pays ? Ceci n’étant pas l’objet de notre débat, revenons à nos moutons. Quel sort réserver aux partis de l’ACC signataires de l’ADP ?

La question mérite d’être posée quand on sait la détermination de certains partis à s’arroger tout au sein de la plate-forme. C’est le cas, par exemple, de l’ADEMA et de l’URD, deux partis qui s’estiment avoir plus de légitimité que les autres au sein de l’Alliance, compte tenu de leur poids sur l’échiquier politique national. Une grande place au gouvernement à l’ADEMA au détriment des autres membres de l’ADP ? Et qui sait ce que mijote, à son tour, le Président de l’URD, le Pr Younoussi Touré ?

Tous ces questionnements se justifient aujourd’hui quand on sait que le président de la République subit une pression sans précédent de certains responsables de l’ADP par rapport à un éventuel remaniement ministériel. A en croire que le Président de la République se demande lui-même dans quel plat il a mis les pieds, car ces loups politiques l’embêtent sérieusement et le mettent dans une situation compromettante. Une chose est claire, le partenariat ATT-ADP a déjà atteint un point de non-retour, sinon le locataire de Koulouba se désengagerait complètement de ce marché de dupes fait de chantage, d’acharnement et de harcèlement.

Dans ces conditions, on se doit bien de douter de ce que sera l’après-présidentielle. L’ADP restera-t-elle intacte ? Si elle doit se décomposer, le groupement ACC pourra-t-il se reconstituer ? ATT ne risque-t-il par le retournement contre lui de certains caciques de l’ADP déjà orientés vers la reconquête du pouvoir en 2012 ? Après tout, bien que légitimes, ces questions, ATT a-t-il à s’en faire quand on sait que son mandat n’excédera pas ce second quinquennat ?

Seuls ses amis de l’ACC et du Mouvement Citoyen risqueront de se retrouver sous l’eau de l’orage politique après les présidentielles de 2007, pour ne pas dire après son deuxième mandat, peut-être bien qu’ils résisteront aussi au dernier assaut des poids lourds politiques dans leur combat de glaive pour 2012. Tout dépendra alors de la perche que leur tendra leur mentor, ATT, avant la fin de son combat pour le bien-être du peuple malien. En attendant, l’ADP vient de ravir la vedette aux compagnons d’hier du président. Un désaveu non !

Adama S DIALLO

19 janvier 2007.